Discrimination et harcèlement auprès de travailleurs autochtones sur le chantier de Keeyask

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Modérateur

le 30/08/2018 à 08:29

Publié le mercredi 29 août 2018 à 18 h 07

Hydro-Manitoba fait face à de nouvelles allégations de racisme envers des Autochtones, de problèmes de gestion et de consommation d'alcool et de drogues. Le rapport d'une firme indépendante révèle un climat de travail difficile sur le chantier de la centrale hydroélectrique Keeyask, à environ 725 km au nord de Winnipeg.

Un texte de Denis-Michel Thibeault

« Les Blancs ont commencé à me traiter de fauteur de troubles, de mangeur de phoque, de squaw et de Pocahontas. […] Les Blancs amènent plus de Blancs avec eux et les Autochtones sont négligés, rejetés et remplacés par des amis », affirmait l’une des personnes citées dans le rapport.
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À l'automne 2016, le regroupement responsable de la gestion de la construction de la centrale a retenu les services d'une firme de consultants indépendante et autochtone pour entreprendre une évaluation de la culture en milieu de travail.

« La discrimination et le harcèlement sont bel et bien présents sur le chantier de Keeyask, peut-on lire en conclusion du rapport. Nous avons constaté que beaucoup de personnes apportent leurs préjugés raciaux au travail et que, lorsque l’environnement devient difficile, ces préjugés s'expriment par de la violence verbale. »
Allégations de racisme

Les commentaires répertoriés dans le rapport démontrent de nombreuses tensions raciales envers les travailleurs autochtones.

« Les maudits Indiens, ils font juste se plaindre », « Laissez les Indigènes travailler. C’est la seule raison pour laquelle ils sont ici » ou encore « Je ne veux pas dire à Hydro que je suis Métis. Je ne veux pas être embauché uniquement pour répondre à un quota. Je n’ai pas honte. Je veux qu’on me juge pour mes compétences », peut-on lire dans le rapport.

Les enquêteurs relatent aussi que beaucoup d’employés de la centrale donnent au chantier le surnom de « Keeyask-atraz ». « De nombreux participants ont également exprimé leur inquiétude quant à l’atmosphère du camp principal qui ressemble à une prison », est-il écrit.
Présence de drogues et d'alcool

Lors de leur passage, les consultants ont aussi observé le retrait du guichet automatique et la présence de l’escouade canine de la GRC. « Cela indique des préoccupations quant à la présence et à l'utilisation de drogues et d'alcool sur le site », estiment-ils.

Les bagages de chaque employé qui arrivent sur le chantier de la centrale sont systématiquement fouillés, mais il n'y a pas de fouille corporelle.

Selon le règlement, si on découvre qu'un employé a pris de la drogue ou de l’alcool, il sera immédiatement expulsé du chantier et pourrait être suspendu de tout projet d’Hydro-Manitoba pendant un an.

Cependant, le rapport indique que les choses étaient différentes pour les patrons. « Nous avons entendu de la bouche de plusieurs participants que, malgré le fait que les agents de sécurité aient observé la présence de bouteilles d'alcool vides dans les chambres de gestionnaires, aucun d'eux n’a été renvoyé », soulignait le rapport.
Deux poids, deux mesures

Un employé dit même avoir été victime de racisme par un gestionnaire qui était ivre sur les lieux de travail.

« Les patrons prêchent une chose, qu’ils ne font même pas eux-mêmes. Ils n’ont aucune tolérance. Je suis victime de harcèlement », affirmait une personne interrogée.

« Tout est comme un secret. Les compagnies sous-traitantes ne croient pas aux plaintes d'intimidation, de harcèlement ou de racisme dans le milieu de travail. La personne qui se plaint devient la source du problème », ajoutait une autre personne.
Des changements amorcés

Le rapport des consultants comprenait 64 recommandations visant à améliorer la culture dans le chantier de construction de Keeyask et à réduire les cas de discrimination et de harcèlement. Selon Hydro-Manitoba, 63 des 64 recommandations ont été adoptées et la mise en œuvre de la recommandation finale est en cours.

« Les mesures continuent de mener à un changement de culture positif sur le chantier », affirme un porte-parole d’Hydro-Manitoba.

« Nous continuons à suivre les résultats de la mise en œuvre de toutes les recommandations et travaillons avec nos partenaires et sous-traitants pour trouver des solutions à ces problèmes complexes et difficiles », ajoute le porte-parole.

Des informations ont été recueillies pendant quatre semaines auprès de 180 participants par le biais d'entretiens en personne, de conversations téléphoniques et d'un sondage en ligne. Un examen approfondi de la documentation et des processus liés aux plaintes sur le lieu de travail a aussi été conduit.

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