Montréal commémorera la présence historique des Autochtones sur la rue Peel

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le 29/08/2018 à 07:15

Publié le mardi 28 août 2018 à 21 h 12

La Ville de Montréal profitera du réaménagement de la rue Peel pour y créer un parcours linéaire afin de souligner la présence historique des Mohawks dans la métropole québécoise. Le directeur général de l'organisme Montréal autochtone voit cette volonté de rendre hommage aux Premières Nations comme une bonne nouvelle, même s'il reste beaucoup à faire pour donner une présence forte aux Autochtones sur le territoire montréalais.

Un texte de Jean-François Villeneuve

Selon les plus récents plans inclus dans l'ordre du jour de l'assemblée du conseil municipal de juin, on devrait y retrouver l’intégration d’un motif particulier dans les grilles de fonte des arbres de la rue Peel. Celui-ci serait inspiré des milliers d’artefacts autochtones découverts dans les dernières années lors de fouilles archéologiques dans le secteur. Des tessons de poterie, des fragments de pipes en céramique et des restes d’aliments ont été récupérés sous la rue Peel. Selon la Ville, ces objets montrent que le site était occupé au XVe siècle par des Iroquoiens du Saint-Laurent.

Des éléments commémoratifs devraient être intégrés au mobilier urbain en quelques endroits, ainsi qu’un espace où devraient être installés des sièges de fonte, représentant des sphères de dialogue entre les premiers habitants des lieux et les non-Autochtones. Pour rappeler les potagers des Premières Nations, on retrouverait de nouveaux aménagements horticoles le long de la rue Peel.

Certains des éléments de ce projet pourraient s’arrimer avec ceux de la promenade Fleuve-Montagne, située quelques rues plus à l’est. Selon le Conseil du patrimoine de Montréal, il faudra aussi composer avec les particularités de deux autres projets de réaménagement du secteur, ceux du square Dorchester et de l’avenue des Canadiens-de-Montréal.
Des travaux au square Dorchester, en bordure de la rue Peel, au centre-ville de Montréal.
Des travaux au square Dorchester, en bordure de la rue Peel, au centre-ville de Montréal. Photo : Radio-Canada/Jean-Francois Villeneuve

Questionné plus en détail sur le coût spécifique des éléments commémoratifs ou la teneur de ceux-ci, le Service des communications de la Ville de Montréal a refusé d’accorder une entrevue sur le sujet, puisque plusieurs des composantes du projet sont encore en cours de conception.

Le parcours, qui s’inspirera en partie de la promenade Fleuve-Montagne inaugurée pour le 375e anniversaire de Montréal en 2017, devrait voir le jour en 2019, selon les échéanciers de la Ville.
En partenariat avec les Mohawks

Pour mener à bien le projet de commémoration, les instigateurs ont invité des représentants autochtones à participer à son élaboration, dont le Conseil des Mohawks de Kahnawake. Ces discussions s’inscrivent « dans la démarche de réconciliation entreprise par la Ville de Montréal en 2016 », selon une réponse de la Ville fournie par courriel.

Directeur général de l'organisme Montréal autochtone et originaire de Kanesatake, Philippe Meilleur estime que ce dialogue entre Montréal et des représentants mohawks montre que le projet est sur la bonne voie. « Quand on part d’artefacts et qu’on parle avec les gens de la communauté en question, c’est approprié », dit-il.

Il y a une sensibilité archéologique, une reconnaissance de l’histoire.
Philippe Meilleur, directeur général de Montréal autochtone

Selon lui, la volonté d’axer la commémoration sur la présence historique des Iroquoiens dans ce secteur de l’île de Montréal justifie cette approche avec le partenaire mohawk. Si l’oeuvre commémorative avait été voulue actuelle, le projet et les discussions auraient dû être intertribaux et impliquer des membres de plusieurs communautés inuites et des Premières Nations. « On est de 20 à 30 000 Autochtones à Montréal, on y retrouve plus d’une trentaine de nations. Il n’y a pas que des Mohawks. »
Manque d'éléments commémoratifs autochtones à Montréal

Si Philippe Meilleur trouve le projet de la rue Peel louable, il critique tout de même le peu de place qui est fait à Montréal pour souligner la présence des Premières Nations. « Je ne suis pas dans la mouvance de vouloir arracher des statues, affirme-t-il. Je crois que c’est en ajoutant du contenu et des espaces positifs et actuels qu’on réussira à faire une plus grande place aux Autochtones. »

Selon lui, il faudrait un lieu dédié spécifiquement aux dizaines de milliers d’Autochtones qui habitent la métropole québécoise. « Il existe la Place des Arts pour les spectacles, mais il manque un espace à nous pour faire des événements. Certains lieux grands publics sont solennels, mais nous on n’en a pas. On n’a pas d’église, par exemple. »

Un lieu qui serait en demande, selon lui, serait un espace naturel aménagé et géré par des Autochtones. « Actuellement, il a le Jardin des Premières-Nations, où il y a un petit emplacement, un sweat lodge, mais ce n’est pas ouvert à tous, il faut payer l’entrée [au Jardin botanique]. » Il déplore aussi l’absence de cours d’eau à cet endroit, ce qui est très important pour certaines communautés. L’impossibilité d’utiliser les berges du fleuve pour y aménager des espaces de regroupement est tout autant problématique, selon lui.
L'une des pages du traité de la Grande Paix de Montréal, ratifié en 1701 entre la France et 39 nations autochtones.
L'une des pages du traité de la Grande Paix de Montréal, ratifié en 1701 entre la France et 39 nations autochtones. Photo : Bibliothèque et Archives Canada

« Ou sinon, il pourrait carrément y avoir une esplanade avec des marqueurs culturels comme des plaques et des statues de personnes importantes », poursuit-il. La Grande Paix de Montréal a été signée ici, rappelle-t-il, spécifiant qu’il n’y a pas de lieu commémoratif dans la ville pour souligner ce traité historique ratifié entre la France et 39 nations autochtones en 1701.
Encore un an de chantier

La conception du projet s’inscrit dans le cadre d’importants travaux évalués à 65 millions de dollars. Au terme de ceux-ci, la rue Peel sera complètement réaménagée en surface et les systèmes d'aqueduc et électrique souterrains seront aussi remis à niveau. Les travaux ont commencé en 2017 et devraient se terminer en 2019.

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