Panorama réaliste du paysage autochtone

may49
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Modérateur

le 31/03/2018 à 07:07

Publié le vendredi 30 mars 2018 à 22 h 16

C'est l'histoire d'une rencontre. Celle d'un non-Autochtone en quête d'un rapprochement avec les premiers habitants de ce pays. Une pièce présentée au théâtre Espace Libre, à Montréal, qui s'intitule La cartomancie du territoire, avec Philippe Ducros, Kathia Rock et Marco Collin. Regard sur cette production qui s'intéresse entre autres à la notion du temps qui diffère entre les cultures.

Un texte de Sophie-Claude Miller

La voix d’une femme se fait entendre. Elle énumère des numéros de bingo en langue innue pendant que le public termine de se placer. Les comédiens entrent en scène, le décor est assez sobre, habité de chaises déplacées tout au long des 13 tableaux.

L’immense panorama offert par la projection à l’arrière-scène est obnubilant. Les projections d'Eli Laliberté proposent des images fixes typiques de la vie en communauté autochtone. À d’autres moments, les spectateurs ont l'impression d’être eux aussi sur la route. Le paysage est un personnage central de cette oeuvre, comme l’explique Philippe Ducros, auteur et metteur en scène de la pièce en plus d'y jouer.

« Ce territoire-là, qui est un peu l’âme des nations, c’est ce qui nous porte, c’est ce qui nous façonne. Et donc moi, j’ai voulu le montrer, le territoire. Je voulais que le territoire devienne un personnage. » Il souhaitait présenter des images de celui-ci, tant dans son industrialisation que dans sa beauté et sa poésie, ajoutant que « des choses merveilleuses, ça fait des images qui sont très belles, très poétiques, mais je trouvais ça important qu’on le voie, qu’on soit en contact "avec ça" ».
Philippe Ducros assis sur une chaise et, derrière lui, une projection d'un panorama de la route 138 qui découpe une montagne enneigée et la vue sur le fleuve Saint-Laurent sur la Côte-Nord, dans la pièce de théâtre « La cartomancie du territoire ».
Philippe Ducros dans la pièce de théâtre « La cartomancie du territoire ». Photo : Maxime Côté

Pendant l’hiver 2015, Philippe Ducros a sillonné le territoire des 11 nations autochtones du Québec. Il cultivait l’intuition qu’en allant à la rencontre des Autochtones, il les comprendrait mieux. Il cherchait aussi à démystifier la perception du temps que beaucoup s’imposent, tout comme lui. Ses semaines de 80 heures de travail l’avaient mené à l’épuisement.

La perception du temps chez les Autochtones est différente de celle des non-Autochtones. Un fait évident, déjà connu et confirmé par les spectateurs.

Lors de leurs échanges, de jeunes universitaires non autochtones présents dans la salle semblaient trouver qu’il y avait des longueurs et que les propos étaient parfois intenses.

Espaces autochtones a demandé à un groupe de jeunes Atikamekw de la communauté d’Opitciwan, lors de leur passage à Montréal dans le cadre d’un atelier de théâtre, s’ils avaient trouvé la pièce longue et les textes durs. Ils ont affirmé que non et ont dit avoir beaucoup aimé la pièce. Ils ont mentionné que les propos et le rythme représentaient bien la réalité autochtone.

Basée sur de nombreuses rencontres avec diverses communautés, la création théâtrale et vidéographique qu’est La cartomancie du territoire est un dialogue pertinent et sans oeillères.

La musique de Florent Vollant tient aussi une place de choix dans la création. L’interprète Kathia Rock chante également sur scène et donne lieu à des moments fort émouvants, tant par ses chants que par sa façon de jouer le texte de Philippe Ducros.

Je sais, dehors c’est noir, mais dedans je connais, le mal de vivre, les fenêtres bouchées, l’ADN blessé, les plaies de lit, les beuveries hurlantes des nuits d’hiver où il fait tellement froid que les oiseaux tombent en vol. Je ne peux pas espérer juste au bingo. Je veux sortir, vivre, vaincre… Mais pour ça, il faut prendre l’autoroute. Jouer à la grosse loterie, le bingo des trucks qui nous passent dessus. Risquer sa vie pour ne pas mourir. Chercher ailleurs comment aimer, comment s’aimer.
Extrait du texte joué par Kathia Rock dans « La cartomancie du territoire »

Marco Collin, Philippe Duclos et Kathia Rock, pensifs devant une pierre au sol, et derrière eux, une route enneigée d'une communauté autochtone dans la pièce de théâtre « La cartomancie du territoire ».
Marco Collin, Philippe Duclos et Kathia Rock dans la pièce de théâtre « La cartomancie du territoire » Photo : Maxime Côté

Les productions Hôtel-Motel présentent La cartomancie du territoire à l’Espace Libre jusqu’au 7 avril 2018.

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