Jeremy Dutcher : le ténor qui fait renaître la voix de ses ancêtres L'écoute se termine dans 6 jours

may49
may49
Modérateur

le 16/06/2018 à 06:55

Artiste
Jeremy Dutcher
Album
JEREMY DUTCHER: WOLASTOQIYIK LINTUWAKONAWA

MEHCINUT
ESSUWONIKE
EQPAHAK
ULTESTAKON
KOTUWOSSOMIKHAL
SAKOMAWIT
OQITON
NIPUWOLTIN
POMOK NAKA POKTOINSKWES
QONUTE

KOSELWINTUWAKON

Date de publication

15 juin 2018
Genre
Classique
Par Frédéric Cardin

Ce que vous vous apprêtez à écouter est franchement inusité et très séduisant à la fois. Préparez-vous à être agréablement dépaysé! Le chanteur, pianiste et compositeur Jeremy Dutcher, de la nation malécite de Tobique, au Nouveau-Brunswick, arrive avec un album teinté d’une magnifique magie : Wolastoqiyik Lintuwakonawa, qui veut dire « nos chansons malécites ».
Jeremy Dutcher - Mehcinut (Official Audio)

Dutcher est un jeune artiste formé académiquement au chant classique (il est ténor). Sur le chemin des retrouvailles avec ses racines ancestrales, il est tombé sur des enregistrements datant de plus de 110 ans, conservés dans les archives du Musée canadien de l’histoire, à Gatineau, et gravés à l’époque sur rouleaux de cire!

Les connaissances musicales de Dutcher l’ont amené à entrevoir des façons étoffées de donner une seconde vie à ces lignes mélodiques immémoriales; comme une renaissance, voire une résurrection, d’esprits trop longtemps oubliés.

La voix de Dutcher, un beau ténor agréable qu’il évite de rendre « opératique », se marie génialement avec un ensemble à cordes, un piano, une soprano et une lutherie électronique utilisée avec parcimonie et raffinement.

Vous aimerez aussi :

Le Studio de musique ancienne de Montréal (SMAM) qui chante la musique de la Nouvelle-France à Odanak

Jeremy Dutcher parle de son album Wolastoqiyik Lintuwakonawa (en anglais) :
NMC Artist in Residence: Jeremy Dutcher

Des extraits d’enregistrements originaux (miraculeusement récupérés et récemment numérisés par les archives du Musée) font renaître d’outre-tombe un peuple et une langue presque disparus aujourd’hui. Il ne reste en effet qu’une centaine de locuteurs de la langue malécite en ce moment, ce qui rend d’autant plus précieux cet album entièrement chanté dans cette langue dont la vie ne tient qu’à un fil. Dutcher en éparpille certaines bribes à travers la fabrique « moderno-impressionniste » (teintée de néoclassicisme, d’électro-pop et même de jazz) de Wolastoqiyik Lintuwakonawa. On a parfois l’impression qu’il a aussi été inspiré par le Jesus Blood Never Failed Me Yet de Gavin Bryars.

À écouter également :

Entrevue : Natasha Kanapé Fontaine et la sensibilité des artistes autochtones

De la première à la dernière pièce, l’auditeur est guidé avec douceur et respect à travers des racines injustement négligées de notre pays; des racines qui, en cette période de questionnements identitaires, apparaissent férocement indispensables pour assurer notre propre avenir.

Au-delà de ces considérations purement politico-philosophiques, il s’agit d’un sapré bel album, enrobé d’une lumière délicate et apaisante, jetant doucement ses rayons sur un univers mélodique à la fois intemporel (dans ses résonances harmoniques) et très actuel (dans son revêtement instrumental). Un des albums de l’année au Canada? Je crois bien que oui.

Superbe interprétation de la pièce Pomok Naka Poktoinskwes, extraite de l’album Wolastoqiyik Lintuwakonawa, donnée lors d’une session First Play Live, à CBC :

Jeremy Dutcher | Pomok Naka Poktoinskwes | First Play Live

Vous aimerez également

La webradio Autochtone

écouter sur le site et voir les vidéos

Répondre à ce message

Vous n'êtes pas autorisé à poster un message sur le forum.