La Guilde: génies du verre et talents nordiques

may49
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le 20/11/2017 à 06:26

Publié le 19 novembre 2017 à 08h00 | Mis à jour le 19 novembre 2017 à 08h00

En septembre dernier, la Guilde a déménagé à l'angle des rues Sherbrooke et Crescent, en face du Musée des beaux-arts de Montréal. Pour l'occasion, l'organisme à but non lucratif spécialisé en art autochtone propose deux expositions: l'une sur le verre en art contemporain et l'autre sur le génie des Inuits.

On l'a toujours connue comme la Guilde canadienne des métiers d'art. L'institution fondée en 1906 a procédé, ces derniers mois, à une cure de jouvence, raccourcissant son nom, déménageant dans de superbes locaux et poursuivant l'actualisation de son approche éducative et artistique.

La Guilde a été créée par deux femmes de la bourgeoisie anglophone de Montréal, Alice J. Peck et Martha May Phillips, alors soucieuses de soutenir l'artisanat et d'aider les communautés, notamment celles issues de l'immigration récente.

À partir des années 40, la Guilde a pris un virage en incluant les communautés autochtones, leur permettant de vendre leurs objets d'artisanat à Montréal.

«La Guilde était très reconnue, explique Karine Gaucher, responsable de la programmation et des communications à la Guilde. Bien des clients riches de Montréal et de Westmount y achetaient des objets faits par des autochtones.»

«Pour changer la façon de faire un peu colonialiste qui prévalait à l'époque, on essaie aujourd'hui de travailler avec les artistes autochtones en leur donnant carte blanche», explique Karine Gaucher, de la Guilde.

La Guilde veut également casser l'image de l'art autochtone traditionnel et exposer des oeuvres d'artistes amérindiens vraiment contemporaines, qui font par exemple appel à la vidéo ou à la réalité virtuelle. Parallèlement, l'organisme embrasse de plus en plus le volet contemporain des métiers d'art, comme on le constate avec l'exposition Matière incandescente.

Le verre contemporain

Pour cette nouvelle ère de la Guilde, les commissaires Elena Lee et Karine Gaucher ont rassemblé des oeuvres d'artistes verriers canadiens qui surprennent par leur variété et donnent une bonne idée de la polyvalence du verre.

Comment ne pas être étonné par l'installation Mimi a un crabe dans les yeux, d'Ito Laïla Le François? Sa sculpture rappelle l'hétérogénéité chimérique de celles de David Altmejd. Constituée de verre soufflé, de tissus, de galets, de coquillages, de bois et de fourrures, elle est une ode à l'amitié, en même temps qu'une recherche sur la complexité de l'identité.

Pour Deux points touchés simultanément m'allument. Trouvez-les!, Carole Frève a associé le verre au cuivre et à des circuits électriques! Original. Montréalaise d'origine catalane, Montserrat Duran Muntadas évoque de son côté - avec des pièces de verre soufflé liées à du tissu rembourré - l'incapacité, pour certaines femmes, de procréer. Son oeuvre, Dizygotes, explore l'intimité autant qu'elle suggère un cri de détresse.

Verre marin

Artiste réputé, Sébastien Duchange a mis en lumière, dans cette exposition, l'élégance que le verre peut induire. Pour son Mercy Anchor, la matière en fusion a été soufflée à la canne de verrier pour façonner une ancre, une bouée ou les anneaux d'une chaîne, tous reliés au monde de la marine. Des pièces extrêmement délicates qui témoignent d'un talent inouï.

Autre exemple de grande dextérité: les verres soufflés de sa comparse de l'atelier Sébomari, Marie-Hélène Beaulieu, notamment un Ginkgo V d'une grande beauté qui réfère à la fragilité de l'existence. Regardez de près ses réalisations, on y découvre un des fruits de la vie...

Fascinée par l'impact des vêtements sur notre quotidien, l'Ontarienne Tanya Lyons présente Blossoming, un kimono pourvu de branches de cornouiller qui bourgeonnent de fleurs délicates en verre. Une réflexion sur les moyens de défense tant de l'homme que de la nature.

Parmi les autres artistes verriers, on retrouve des oeuvres de Susan Edgerley, Annie Cantin, Maryse Chartrand, Brad Copping, Caroline Ouellette, Tyler Rock, Jean-Simon Trottier, Patrick Primeau et Donald Robertson.

Art inuit

Parallèlement, la Guilde présente, jusqu'à l'automne prochain, Inuit Qaujimajatuqangit: Art, architecture et savoirs ancestraux, une exposition reliée à une intégration d'art dans un nouvel édifice. Une station de recherche scientifique sur l'Arctique est en cours de construction à Ikaluktutiak (Cambridge Bay). Pour y intégrer des oeuvres d'art, un concours a été lancé sur le territoire inuit canadien par la firme montréalaise d'architecture EVOQ, spécialisée dans les projets nordiques et qui a conçu la station.

La Guilde présente une sculpture et une cinquantaine de maquettes graphiques provenant des artistes inuits retenus lors de ce concours, notamment Ningiukulu Teevee, Bobby Nokalak Anavilok et Tim Pitsiulak, malheureusement mort l'an dernier.

Symboles inuits, bestiaire pictural, portraits, scènes de la vie quotidienne, outils et autres pièces créés par les Inuits, ces dessins illustrent combien les chasseurs de l'Arctique ont contribué, par leurs connaissances et leurs expériences, au progrès et à l'avancée des sciences et des technologies. Une façon, donc, de souligner leur génie créatif et leur empreinte sur le monde.

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Matière incandescente (jusqu'au 25 novembre) et Inuit Qaujimajatuqangit: Art, architecture et savoirs ancestraux (jusqu'au 8 septembre 2018), à la Guilde (1356, rue Sherbrooke Ouest, Montréal).

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