Livre : "La note américaine" : l'histoire cachée

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le 29/06/2018 à 07:32

Adrien Corbeel
Publié le jeudi 28 juin 2018 à 17h35

L'Histoire est remplie de zones d'ombre. Des pans gigantesques manquent à notre vision du passé, souvent en raison de l'irrémédiable passage du temps. À cela s'ajoute le fait que tout ne peut pas être abordé par les historiens : des événements et des sujets seront préférés à d'autres, injustement. D'autres ont pratiquement été effacés des mémoires. C'est le cas par exemple de la tribu amérindienne des Osages, dont la tragique histoire est inextricablement mêlée — entre autres — à celle du FBI, mais dont le nom est considérablement moins connu que celui du Dahlia Noir, de J. Edgar Hoover ou encore de John Dillinger. Dans son roman de non-fiction "La note américaine", le journaliste David Grann tente de réparer cette injustice, en mettant en lumière l'histoire sanglante d'une Amérique qu'on ne voit pas dans tous les manuels scolaires.

Comme tant d'autres tribus amérindiennes, les Osages ont subi de nombreux affronts au cours de leur histoire. Autrefois une des tribus les puissantes du Midwest, elle a vu sa population malmenée et bafouée au cours du XIXe siècle, avant d'être relocalisée de force sur un territoire "indien" en Oklahoma. Mais, revers du destin, leurs nouvelles terres se sont révélées extraordinairement riches en or noir, et très vite cette minorité s'est retrouvée à la tête d'un empire pétrolier colossal ; une aberration dans un pays dominé par une population blanche. Celle-ci n'a pas tardé pas à réagir, leur retirant par des moyens politiques plusieurs de leurs droits. Forcés sous la tutelle de personnes blanches, les Osages ont ainsi vécu pendant de nombreuses années dans une situation paradoxale : prodigieusement riches, mais privés de la liberté d'en jouir à leur guise. Le pire est cependant à venir. Entre 1921 et 1925, plusieurs dizaines d'Osages meurent soudainement, victimes de maladies mystérieuses et d'accidents suspects, dont la nature criminelle ne laisse aucun doute.
Une culture de l'assassinat

Dans son livre, Grann dresse le portrait d'une Amérique encore ancrée dans une mentalité du Far West, où régnait une véritable culture de l'assassinat. L'appât du gain, la corruption des pouvoirs, et un racisme profond à l'égard des Amérindiens y dominaient en maîtres, aidée par une justice qui était au mieux incompétente, et au pire complice. Mais c'est aussi l'image d'une Amérique changeante que nous propose l'auteur, qui raconte comment l'intervention du FBI, alors encore dans ses prémices, a permis d'apporter un semblant de justice. Sous la coupe d'un J. Edgar Hoover empressé de faire ses preuves, le bureau passera malheureusement à côté de bien de choses, et l'ampleur totale de la catastrophe humaine restera inconnue. L'Histoire fera le reste, effaçant de la mémoire collective ces crimes atroces.

Fruit d'un travail de recherche et d’enquête colossal, "La note américaine" tente d'inverser la tendance. Sous la plume de David Grann, le passé est vivace, riche en portraits forts. Comme celui de Tom White, agent spécial du FBI, dont les actions et l'honnêteté ont été essentielles dans la résolution de l'enquête. Ou encore celui de Mollie Burkhart, qui a perdu toute sa famille dans le massacre. Dans la tradition du non-fiction, Grann se permet une certaine liberté dramatique, imaginant par exemple des dialogues dont il ne possède vraisemblablement pas la preuve, afin d'enrichir quelque peu l’efficacité du récit. Mais il garde toujours la vérité en ligne de mire, bien conscient de l'importance de la tâche : tenter de redonner leur place dans l'Histoire aux Osages, et à ce pan de leur passé qui les a profondément marqués.



"La note américaine" de David Grann, traduit de l’anglais par Cyril Gay, Editions du Globe, publié le 8 mars 352 pages.

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