Photographie : Libre opinion - Et les autochtones de chez nous ?

May
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le 21/10/2010 à 06:54

André-Michel - Peintre ethnographe 21 octobre 2010 Actualités en société
Mme Michèle Dionne, votre ouvrage Missions est louable, comme votre engagement au profit de la Croix-Rouge. Les photographies sont expressives et d'autant plus prenantes que vous vous êtes attachée à mettre en valeur l'être humain, les expressions, les sourires, les regards tristes des gens qui ont souffert et qui souvent souffrent encore — elles ne nous laissent pas indifférents.

La lumière, le cadrage des photos et le sorti des couleurs sont d'une facture professionnelle. Qu'une partie des profits provenant des ventes du livre, soit 10 dollars par livre en plus de vos droits d'auteur, soit versée à la Croix-Rouge canadienne, division Québec, prouve votre désintéressement pour les gains.

Une chose est malgré tout dérangeante. Pourquoi mettre en valeur la beauté et la misère des autres alors que chez nous, chez vous, dans le Québec que votre mari gouverne, il y aurait matière à faire un livre aussi extraordinaire? Encore plus original et qui se vendrait à travers le monde. Savez-vous que si le Canada se classe en première position, selon l'indice du développement humain des Nations unies, les populations autochtones canadiennes sont reléguées au 63e rang — une position dont les conditions socioéconomiques ressemblent plutôt à celles des pays d'où proviennent vos photos. C'est une réalité inexcusable que votre entourage et vous semblez avoir oubliée.

Votre prochain livre devrait avoir comme sujet les Premières Nations d'ici. De la part de la première dame du Québec, ce serait l'occasion de sensibiliser les citoyens aux problèmes sociaux, culturels et économiques que ces peuples vivent. Lors de l'inauguration de l'une de mes expositions à l'étranger, j'ai déjà dit: «Plus on parle d'un peuple, plus il sera difficile de le faire disparaître.» Avec votre prochain livre, vous feriez aussi oeuvre utile en fixant avec votre appareil les visages de ces gens et en le diffusant auprès des Québécois qui ne se rendent jamais dans les réserves pour échanger avec les premiers habitants de notre pays.

Fréquentant les communautés depuis 40 ans pour les dessiner, je peux vous affirmer que faire le tour des «réserves» ne vous laissera pas indifférente. Les quelque 18 000 membres des Premières Nations vivant à Montréal seront aussi des sujets qui vous ramèneront à la réalité du Québec avec le manque criant de ressources communautaires et de lieux de rassemblement qui accentue le phénomène d'acculturation.

Pourquoi avoir oublié ces nations qui éprouvent des problèmes de discrimination, de racisme, d'emploi et d'autres maux autant que les peuples que vous avez visités et aimés? Pire, ces citoyens à part entière sont en perte de leurs racines. Je suis certain que les revenus des ventes de vos livres seraient les bienvenus pour plusieurs Centres d'amitié autochtones. Alors, Madame, mettez-vous à l'ouvrage, il n'est jamais trop tard pour faire le bien chez vous.


http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/298424/libre-opinion-et-les-autochtones-de-chez-nous

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