Sécurité, remous et repos

# 25/06/2010 à 07:22 May

Marie-Hélène Comeau
jeudi 24 juin 2010

Hou! Ha! »

L’appel était lancé. Troublant. Un cri semblant sorti des profondeurs des entrailles de la terre. Il résonnait en écho sur les murs du Centre des art du Yukon le 10 juin dernier.
« Hou! Ha! »

Cet appel bondissait dans l’immense pièce. Il voyageait dans la salle, enveloppant les curieux qui s’étaient rendus au vernissage de la nouvelle exposition de la galerie.
« Hou! Ha! »

Il était lancé à l’unisson par une vingtaine de jeunes au rythme des émotions qu’il évoquait chez ces étudiants du programme Sundog Retreat Carving Program. Ces derniers répondaient par ce cri rassembleur à l’appel de leur instructeur, l’artiste Tlingit Wayne Price. Ce cri rassembleur évoquait les nombreuses semaines qu’ils avaient passées l’an dernier à la création d’un énorme canot de cèdre. Ce dernier, l’instant d’un été, est en ce moment présenté à la galerie d’art du Centre des arts du Yukon.

L’été dernier, 19 jeunes sculpteurs yukonnais, la plupart issus des communautés autochtones, ont travaillé à la création de ce canot de cèdre de 30 pieds de long. Ils ont partagé leur quotidien pendant huit semaines, dans un atelier improvisé sur une île à proximité de Whitehorse.

L’artiste Wayne Price a rappelé dans son discours de présentation à quel point dans ce contexte l’art a eu des propriétés curatives. Par son travail d’artisan, l’étudiant a pu se découvrir, se façonner et voir ses racines identitaires se développer.

Un constat simple et pourtant à des années lumières des discours modernes liés à l’art contemporain. Ce dernier fait les yeux doux à l’innovation, parfois le spectaculaire, mais surtout l’inédit. Il se raffine, se peaufine au rythme des nouvelles découvertes technologiques, se détournant alors sans remords de l’essence même de l’art. Du coup, pendant la soirée, l’artiste Tlingit n’a pas manqué de faire l’éloge de cette essence salvatrice contenue dans l’acte de créer. Un acte intimement lié entre l’artisan et sa culture.

Il a également confié que chaque copeau ciselé du billot de cèdre de 13 000 livres avait été conservé. Car chaque copeau, avaient-ils décidé, allait représenter l’esprit d’un ami, d’un membre de la famille ou de la communauté qui avait succombé au fil des ans à des obstacles trop lourds à surmonter.

Une fois le projet terminé, alors, un feu de joie nourri de ces copeaux a pu rester allumé pendant quatre jours entiers. À leur façon, les étudiants qui participaient au programme aidaient ces esprits malheureux à se libérer et à prendre leur envol de façon symbolique.
Quelle belle histoire dirions-nous? Quelle jolie façon d’aider une jeunesse en déroute en la reconnectant avec son passé tout en lui permettant de mieux aborder l’avenir!
Un scénario parfait digne d’Hollywood?

Et pourtant, plus que jamais la structure du programme innovateur du Yukon semble battre de l’aile. Au printemps, on apprenait avec surprise et consternation que les subventions, permettant à l’organisme Sundog Retreat Carving Program de fonctionner ne sont plus au rendez-vous. Le directeur du programme Andrew Finton, celui qui a conçu et créé ce projet avec son épouse Heather en 2004, doit maintenant renoncer à son salaire. Ce sacrifice permettra à l’organisme de survivre pendant encore quelques mois. Mais ce ne sera pas assez et les artistes et les étudiants en sont conscients.

Cette inquiétude teintée de tristesse résonnait également ce soir-là sur les murs du Centre des arts du Yukon. Ce cri du coeur, profond et rocailleux n’épargnait personne sur son funèbre passage.
http://journaux.apf.ca/auroreboreale/index.cfm?Id=53195&Sequence_No=53194&Repertoire_No=-1424426091&Voir=journal&niveau=3

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