Florent chez les Montagnais

May
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le 08/06/2009 à 06:46

le 07 juin 2009

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Didier Fessou
Le Soleil


(Québec) Publié par Boréal, le dernier roman de Gérard Bouchard, Uashat, est une histoire fascinante, mais il empeste le penser correct.
Si les Indiens sont des zombies, c'est de la faute aux Blancs!


Avant de dépecer la bête, un mot sur la couverture.



Uashat, c'est le nom de la réserve indienne de Sept-Îles. C'est là que ça se passe. L'illustration de la page couverture montre un type de végétation que vous n'y verriez pas.


Là-bas, c'est le royaume du sable et de l'épinette noire.


Pourquoi faut-il que les éditeurs négligent des détails aussi importants que la bonne illustration?


Donc, un nouveau roman de Gérard Bouchard.


Écrit de manière savoureuse mais incompréhensible pour un immigré de fraîche date. Et un vieil importé comme moi, familier avec le patati-patatois local, a dû recourir au «Meney» pour comprendre.


Explication : l'auteur écrit comme il cause. Avec des mots de tous les jours, par exemple enfarger, et des mots du dimanche, par exemple hydrant. Ça donne : il s'est enfargé dans un hydrant.


Surprenante façon de dire qu'il a trébuché sur une borne-fontaine!


Mais là ou ça devient crampant, c'est lorsqu'il gosse des néologismes : picope, troque, bomme, trimpe, flailler...


À l'occasion, Gérard Bouchard est malavenant. Spécialement quand il règle ses comptes avec Louis Hémon.


Savez-vous pourquoi il n'y a plus de grenouilles au Lac-Saint-Jean? Parce que le Français les a toutes bouffées, batince!


Bon, d'accord, c'est quoi l'histoire?


Celle de Florent, un jeune étudiant souffreteux que son prof de socio a dépêché à Sept-Îles faire le recensement des familles d'Uashat, leurs liens de parenté, leur mode de vie, la disposition du mobilier dans les maisons, l'heure des repas, etc.


Nous sommes en 1954.


Grâce à l'Iron Ore, la modernité et la prospérité s'épanouissent à Sept-Îles.


Ceux qui mènent le bal trouvent que la présence des Montagnais en plein coeur du progrès, ça fait désordre. Pensez, des sauvages qui occupent les meilleurs espaces sur le bord de la baie. Pas d'eau, pas d'électricité, un ramassis de taudis, des chiens errants... Il a même fallu entourer la réserve d'une ceinture de barbelés pour contrôler les vendeurs de boisson!


Tout le monde essaie de convaincre les Montagnais d'aller s'installer à Malioténam, une dizaine de miles plus loin. Là, le gouvernement est en train de leur con­struire une belle réserve avec eau, électricité, église, centre communautaire, école et tout le bazar.


Même l'évêque de Haute-Rive (sic), un certain Mgr Latulipe (re-sic), s'en mêle. Et menace d'excommunier ceux qui refusent de déménager.


C'est ça l'histoire.


Racontée de façon très linéaire : Florent tient son journal et, jour après jour, y consigne ce qu'il voit et ce qu'il ressent.


Avec bien du pathos. Et quelques personnages pittoresques. Grand-Père, le vieil homme chez qui Florent vit. Le père Guinard, un Oblat qui a passé 40 ans sur la Côte. Mme Gertrude, l'infirmière du dispensaire qui, elle aussi, a consacré sa vie aux Indiens, etc.


Ajoutez à ça une histoire de cul assez salace avec Sara. Florent est fou amoureux d'elle, mais pas elle. La p'tite maususse!


Et quoi encore? Les chicanes entre Indiens, l'ouverture d'une salle de billard, l'incendie du centre communautaire, la descente de cloche de l'église, l'interdiction d'enterrer les morts dans le cimetière, etc.


Ce récit, c'est un rapport de sociologue à peine romancé et très émotif. Un rapport sur le choc entre deux cultures. Ce qui est dénoncé dans ce livre a bel et bien eu lieu.


C'était il y a 55 ans.

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/arts-et-spectacles/livres/200906/06/01-863731-florent-chez-les-montagnais.php

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