Jeffery Amherst et les Autochtones : un parc renommé à l'Île-du-Prince-Édouard

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le 18/02/2018 à 06:56

Publié le samedi 17 février 2018 à 20 h 37

Un parc national à l'Île-du-Prince-Édouard qui porte le nom du controversé général Jeffery Amherst est renommé pour que sa désignation représente l'histoire des Micmacs, en plus de celles des Français, des Acadiens et des Anglais.
Radio-Canada avec La Presse canadienne et CBC

Le parc Port-la-Joye–Fort-Amherst, près de Charlottetown, porte maintenant le nom de lieu historique national de Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst.

Le nom micmac « Skmaqn » (qui se prononce Ska-MAA-kine) signifie « le lieu d'attente ». Au 18e siècle, les dirigeants micmacs et français s’y réunissaient chaque année pour renouveler leur alliance militaire.

L’héritage historique du général anglais Jeffery Amherst est controversé. Sa correspondance démontre un complot pour mener une guerre bactériologique contre les Autochtones par le moyen de couvertures infectées du virus de la variole.

L’histoire entière, bonne et mauvaise

Matilda Ramjattan, cheffe de la Première Nation de Lennox Island, à l’Île-du-Prince-Édouard, se réjouit de ce changement qui était réclamé depuis longtemps.
Matilda Ramjattan, cheffe de la Première Nation micmaque de Lennox Island.
Matilda Ramjattan, cheffe de la Première Nation micmaque de Lennox Island. Photo : Radio-Canada/Pat Martel

La nouvelle dénomination, croit-elle, est une occasion d’en apprendre plus sur l’histoire. « Skmaqn, le lieu d'attente, amène la question pourquoi Skmaqn ? Pourquoi ce nom ? Alors les gens vont commencer à penser à l’histoire [du lieu], qui attendaient-ils ? », dit Mme Ramjattan.

« Nous voulons nous assurer que notre histoire entière est racontée, la bonne, la mauvaise et l’hideuse », explique-t-elle.
John Joe Sark
Keptin John Joe Sark. Photo : CBC/Randy McAndrew

Keptin (Capitaine) John Joe Sark, un aîné micmac qui demande depuis des années que l’on retire le nom de Jeffery Amherst du lieu historique national, n’était pas enchanté de la décision du gouvernement de conserver le nom du général anglais.

« C’est une insulte et une honte d’avoir un nom micmac qui côtoie celui du général Amherst, car le but du général était d’exterminer les peuples autochtones », dit-il.

La cheffe Ramjattan rejette cette idée. Elle ne voulait pas le retrait du nom d’Amherst, afin que l’histoire complète soit apprise et retenue.

« Je n’aime pas un endroit qui s’appelle "Fort Amherst" uniquement, mais je ne veux pas que l’on perde une partie de l’histoire, car si l’on efface cette partie de l’histoire, on pourrait se condamner à la répéter, et ce n’est pas ce que je veux », dit Mme Ramjattan.

L'an dernier, une porte-parole de Parcs Canada avait indiqué que l'endroit ne commémore pas et ne célèbre pas les actions du général Jeffery Amherst. La porte-parole Audrey Champagne justifie la décision de conserver le nom Amherst par le lien qui associe le lieu avec le siège du gouvernement britannique au milieu du 18e siècle.

Qui était le général Jeffery Amherst ?
Étampe représentant le général Amherst
Le général Jeffery Amherst, gouverneur général et commandant en chef des forces britanniques en Amérique du Nord de 1758 à 1764 Photo : Bibliothèque et Archives Canada/Joshua Reynolds

Après une éclosion de variole à Fort Pitt (aujourd’hui Pittsburgh aux États-Unis), le général Amherst suggère de donner aux Autochtones des couvertures infectées par le virus, afin de leur transmettre la maladie mortelle.

Il suggère dans sa correspondance au colonel Henri Bousquet, un mercenaire suisse de l’armée britannique, d’« envoyer la variole aux tribus d’Indiens mécontents ». Il écrit : « Nous devons en cette occasion utiliser tous les stratagèmes en notre pouvoir pour les réduire [en nombre] ».

Dans une autre missive à Bousquet, Amherst écrit en 1763 : « Vous feriez bien d’essayer d’inoculer les Indiens au moyen de couvertures, ainsi que d’essayer toute autre méthode qui pourrait servir à éradiquer cette race exécrable. Je serais très heureux que votre idée de les prendre en chasse avec des chiens puisse être appliquée, mais l’Angleterre est trop loin pour envisager cela. »

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De nombreuses villes portent le nom d’Amherst en Amérique du Nord, dont Amherst en Nouvelle-Écosse, ainsi que des établissements d’enseignement prestigieux comme Amherst College, au Massachusetts.

En 2017, la Ville de Montréal a annoncé que la rue Amherst changerait de nom, ce qui avait été suggéré à plusieurs reprises au cours de la décennie précédente.

Traitement des Autochtones et déportation des Acadiens

Catherine McKenna, la ministre fédérale qui est responsable de Parcs Canada, souligne que la décision de modifier le nom du lieu historique est faite « dans un esprit de réconciliation » et avec l’appui de la Confédération des Mi'kmaq de l'Île-du-Prince-Édouard.

« À ce lieu, nous pouvons en apprendre sur les expériences vécues des Mi'kmaq, des Acadiens, des Français et des Britanniques, y compris les pages sombres de l'histoire du Canada telles que le traitement des peuples autochtones et la déportation des Acadiens », a indiqué la ministre.
Monument rappelant la Déportation des Acadiens, au parc national de Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst, à l'Île-du-Prince-Édouard.
Monument rappelant la Déportation des Acadiens, au parc national de Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst, à l'Île-du-Prince-Édouard. Photo : Getty Images/brytta

Les Micmacs ont « beaucoup de mérite » dans l’adoption d’un compromis à ce sujet, souligne Harry Holman, de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. Il dit que le nom que porte maintenant le site Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst a « une grande signification » à la fois pour les Autochtones et les Acadiens.

« Nous croyons que c’est un pas en avant majeur en matière de réconciliation », estime M. Holman.

La Commission passe en revue les sites historiques à travers le pays, pour voir si leur nom ou l’affichage qui est proposé aux visiteurs reflète équitablement l’histoire.

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le 18/02/2018 à 07:08

Un leader micmac insulté par le nom d’un parc

a Presse canadienne 17 février 2018

CHARLOTTETOWN — Un membre du conseil traditionnel micmac, John Joe Sark, qualifie de «grave insulte» l’ajout d’un terme autochtone à côté du nom Amherst dans la dénomination d’un site historique de l’Île-du-Prince-Édouard.

Le leader spirituel de la nation micmaque dénonce la décision de Parcs Canada d’ajouter le mot «skmaqn» dans le nom du lieu historique national de Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst près de Charlottetown.

La ministre responsable de Parcs Canada, Catherine McKenna, a fait l’annonce officielle de la nouvelle dénomination par voie de communiqué vendredi.

Pour John Joe Sark, le fait d’accoler un mot micmac au nom de Jeffrey Amherst est dénigrant pour son peuple, alors que le général britannique a ordonné ou suggéré la distribution de couvertures infestées de variole aux Micmacs dans les années 1700.

Catherine McKenna a soutenu, vendredi, que le mot «skmaqn», qui veut dire «le lieu d’attente», tirerait son origine du milieu du XVIIIe siècle alors que les leaders micmacs et français se retrouvaient chaque année pour renouveler leur alliance militaire.

D’après le communiqué de Parcs Canada, la ministre dit avoir obtenu l’appui de la Confédération des Mi’kmaq de l’Île-du-Prince-Édouard afin que la Commission des lieux et monuments historiques du Canada adopte le nouveau nom.

L’an dernier, une porte-parole de Parcs Canada avait indiqué, par courriel, que l’endroit ne commémore pas et ne célèbre pas les actions du général Jeffery Amherst.

La porte-parole Audrey Champagne justifie la décision de conserver le nom Amherst par le lien qui associe le lieu avec le siège du gouvernement britannique au milieu des années 1700. Une justification que John Joe Sark juge historiquement fausse.

L’ancien maire de Montréal, Denis Coderre, a annoncé en septembre qu’elle retirera le nom Amherst d’une de ses rues, et le Amherst College, au Massachusetts, a décidé l’an dernier de ne plus faire référence au militaire britannique dans ses documents ou à titre de mascotte.

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