L’histoire de la seigneurie de Sillery racontée

May
May

le 23/11/2010 à 18:13

Marie-France Bornais

23/11/2010 11h52

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L’historien Michel Lavoie vient de recevoir le prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie Études et essais pour C’est ma seigneurie que je réclame, ouvrage qui fait la lumière sur la lutte des Hurons de Lorette pour la seigneurie de Sillery, de 1650 à 1900.
Courtoisie


Après une superbe carrière en affaires, Michel Lavoie en connaît une seconde, tout aussi brillante, à titre d’historien. Sa thèse de doctorat, décrivant la lutte des Hurons de Lorette pour la seigneurie de Sillery, vient de remporter le prix littéraire du Gouverneur général dan la catégorie Études et essais.


« J’ai travaillé à la direction chez IBM Canada, puis j’ai été conseiller en gestion chez Lafontaine, Gauthier et Shatner pendant cinq ans. Ensuite, j’ai décidé de me retirer des affaires et de retourner à l’université pour me pencher sur ma passion de longue date : l’histoire », raconte en entrevue le lauréat de Saint-Raphaël de Bellechasse.

Michel Lavoie s’est rendu jusqu’au doctorat, obtenu à l’Université Laval. « J’ai soutenu ma thèse en 2006 et C’est ma seigneurie que je réclame est issu de ma thèse de doctorat. » Son travail, publié aux Éditions du Boréal, a été récompensé mardi par le prix littéraire du Gouverneur général du Canada. « Je ne m’attendais pas du tout à accéder à cette reconnaissance-là! », s’exclame-t-il.

Les Indiens et l’État

Son livre s’adresse aux gens qui s’intéressent à l’histoire entre les Indiens et l’État. « On suit, depuis 1650, l’arrivée des Hurons dans la région de Québec, la concession de la seigneurie de Sillery. On suit pas à pas le destin des revendicateurs et de ceux qui s’y opposent. Vous voyez toute la partie politique et juridique qui surgit autour d’un bout de territoire. Il y a de l’action! », assure-t-il.

« J’ai écrit ce travail en ayant derrière la tête des raisons citoyennes. Ça touche les questions autochtones, toute la question des revendications territoriales de la seigneurie de Sillery. Les Hurons n’ont jamais abandonné cette idée. Moi, comme citoyen, je me suis demandé si je pouvais contribuer à la compréhension que les gens pourraient avoir de ce genre de revendications.

Apporter un éclairage

« La vraie question, dans le fond, c’est comment se fait-il qu’après plus de 400 ans de cohabitation, on en soit encore à entretenir des rapports coloniaux entre l’État canadien et les autochtones du Canada? Les Amérindiens sont soumis à la Loi sur les Indiens, sont encore dans des réserves où c’est très difficile de devenir entrepreneur, où c’est très difficile de s’inscrire à travers l’économie. Ce sont encore des pupilles de l’État. En tant qu’homme d’affaires, contribuable, citoyen, je pense que c’est bon qu’on s’interroge sur ces questions et qu’on tente d’y apporter un peu d’éclairage », soutient-il.

Michel Lavoie, aujourd’hui professeur associé au département d’histoire de l’Université de Sherbrooke, rappelle que les Hurons ont commencé à revendiquer la seigneurie de Sillery quand le dernier missionnaire a quitté le village de la Jeune Lorette, en 1791. « Ils n’ont jamais cessé de le faire. Il y a eu des hauts et des bas, mais ils continuent de le faire encore aujourd’hui. »

Michel Lavoie ne veut pas porter de jugement de juriste sur la question, mais il tire la conclusion que les autorités coloniales, d’abord françaises, anglaises et plus tard canadiennes, savaient qu’il y a eu usurpation de la seigneurie de Sillery par les missionnaires qui étaient les tuteurs des Indiens, donc des Hurons. « Ils se sont approprié en temps que tuteur le bien de leur pupille. La loi française ne permettait pas ça, la loi anglaise non plus et certainement pas la loi canadienne. »

Régler le débat

Les Hurons ont-ils des droits? « Historiquement, je suis obligé de vous dire que je pense que oui, mais parce que je ne suis pas juriste, je ne connais pas la mécanique juridique que ça pourrait enclencher. » Son livre relancera peut-être le débat. « J’espère que oui, parce qu’il faudra finir par régler ces questions qui viennent empoisonner les rapports. »

http://lejournaldequebec.canoe.ca/journaldequebec/artsetspectacles/lecture/archives/2010/11/20101123-115244.html

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