Les Bois-Francs, c'est quoi?

May
May

le 22/07/2010 à 07:21

Publié le Juillet 19 2010

J'ai vraiment sursauté à la lecture de La Nouvelle Union en apprenant le projet de la division du territoire pour la prochaine carte électorale. Il me semble que ceux qui ont préparé ce projet devraient s'informer quand vient le temps des appellations!



Beaucoup de personnes se demandent, «C'est où les Bois-Francs? C'est quoi la région des Bois- Francs? Comment en est-on venu à appeler la région Les Bois-Francs?»



Les Bois-Francs, c'est une partie des Cantons de l'Est. Les Cantons de l'Est, eux, ce sont les terres qui ont été arpentées à partir de 1792 entre la rivières Richelieu à l'ouest, la rivière Chaudière à l'est, la frontière américaine au sud et les terres du régime seigneurial au nord. (Dans la région, les terres seigneuriales s'arrêtent environ à 7 ou 8 milles de l'autre coté de l'autoroute 20)



Quand on a arpenté ces terres, on les a divisées selon le système de distribution en usage en Angleterre: les townships (qu'on traduira par cantons). Un canton, en moyenne, possède 100 milles carrés. Il possède généralement une forme rectangulaire de 9 milles de front par 12 de profondeur. On lui donne un nom anglais pour rappeler l'Angleterre (de tous les Cantons de l'Est, Arthabaska est un des rares, sinon le seul, à ne pas posséder de nom anglais).



Le plus souvent, une bonne partie d'un canton est donnée à des spéculateurs anglais, amis des dirigeants de la colonie ou à une puissante compagnie forestière (dans les Cantons de l'Est, la British American Land fut longtemps toute puissante).



Ces cantons sont destinés à des colons de langue anglaise et de religion protestante. On fera donc tout pour attirer dans les cantons de l'Est les Loyalistes américains qui quittent les États-Unis après la Guerre d'Indépendance américaine et aussi des colons originaires d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande.



Afin de décourager la venue de Canadiens français catholiques, les chemins passeront loin des seigneuries : le chemin Craig passera à St-Paul, Tingwick, Danville, etc.) et le Chemin Gosford passera dans la région du Lac Nicolet.



Cependant, le plan ne fonctionne guère dans la région, les colons anglais préférant s'établir ailleurs. Mais à partir des années 1815, il y a un manque de terres le long du St-Laurent. Les seigneuries sont surpeuplées. Les Canadiens français, possédant des familles nombreuses, crèvent littéralement de faim le long du fleuve. À partir de 1825 (arrivée de Charles Héon le premier blanc à s'implanter à St-Louis de Blandford), il y a un débordement des colons français de la région de Nicolet, Bécancour, Gentilly, Les Becquets, Deschaillons. En longeant les rivières ou des sentiers de chasse, ils pénètrent dans ce qui constituait la réserve de chasse des Abénakis de Wolinak et d'Odanak. Cette réserve avait été divisée en cantons à la fin du 18e siècle et au début du 19e.



Les Amérindiens, malgré certains incidents malheureux, vont même guider les Blancs à pénétrer dans la région. C'est qu'en plus du manque de chemins, il y avait un obstacle de taille: la savane. Elle s'étendait sur une longue bande marécageuse allant de Val-Alain jusqu'à St-Lucien et sur une largeur de 10 à 20 milles. Elle est constituée de sols meubles, non drainées, de tourbières. Plusieurs personnes y sont mortes de froid ou d'épuisement D'autres y ont perdu les rares bêtes qu'elles possédaient et amenaient ici. Le meilleur moment pour traverser cette savane était l'hiver, l'eau et les marécages étant gelés.



Cette savane est un des restes de la Mer de Champlain. Il y a environ 10 000 ans, la région était recouverte d'immenses glaciers. Ils ont fondu sur une période d'environ 2 500 ans. En fondant, ils ont permis à l'eau de mer de s'engouffrer du Sud des Grands Lacs jusqu'au Lac St-Jean, créant ainsi une mer intérieure. Cette mer nous a laissé la Savane de Stanfold (Princeville) et les terres des atokas, des coins où il reste très difficile d'entretenir les routes (l'autoroute 20 et la Route 122 entre St-Albert et Victo est construite en bonne partie dans la tourbière). Par contre, la mer a laissé des sédiments qui ont constitué des sols riches et aussi des bancs de sable fantastiques. (Denis St-Pierre m'a déjà dit que lors des travaux d'aqueduc sur les rues De Bigarré et Girouard, ils ont trouvé de la terre noire sur une profondeur de plus de 16 pieds. Paul Brunelle qui a fait construire l'usine Pepsi Cola au coin des boulevards Industriel et des Bois-Francs Nord m'a dit que la bâtisse reposait sur 70 pieds de sable)



Attirés par les bonnes terres les colons sont de plus en plus nombreux. Le terme Bois-Francs va apparaître pour la première fois dans un document officiel en 1838 lorsque Mgr Joseph Signay, évêque de Québec, nomme l'abbé Denis Marcoux vicaire à Gentilly «et avec pour mission de visiter les colons des Cantons de Blandford (St-Louis), Stanfold (Princeville), Somerset (Plessisville), Arthabaska (Arthabaska, Victoriaville et St-Norbert), Bulstrode (St-Valère) et Warwick, en un mot tous les habitants des Bois-Francs, désignation ordinaire aujourd'hui de ces nouvelles places».



Le nom de Bois-Francs aurait été donné par les premiers colons souvent incapables de prononcer Eastern Townships. Ils ont simplement décrit les lieux qu'ils voyaient remplis de hêtres, érables, merisiers, ormes, etc.



Quelques années plus tard on va rajouter à l'expression les cantons de Chester (Chesterville et St-Hélène) Tingwick (St-Rémi et Tingwick) Halifax (St-Ferdinand et Ste- Sophie) et Horton (Ste-Clotilde).



Les cantons des Bois-Francs, tous de dénomination anglaise (sauf Arthabaska), seront peuplés de colons à presque 100% francophones et catholiques, ce qui fait que des cantons (comme Kingsey) où l'on retrouvait des colons anglophones et protestants en plus grand nombre et qui avaient eux-aussi les mêmes espèces forestières ne feront pas partie des Bois-Francs.



Le terme Bois-Francs n'a jamais été reconnu comme tel par un décret ou loi pour désigner une région géographique bien précise. C'est l'usage et l'histoire qui vont en tracer les frontières aux 10 cantons d'origine.



Vers 1950, le Comité d'Initiatives des Bois-Francs avait crée les cinv Villes soeurs en vue d'attirer ici industries, commerces, touristes, etc. Chaque ville avait son nom: Arthabaska était la capitale des Bois-Francs, Victo la reine, Plessisville la perle, Princeville la princesse, Warwick la porte et St-Louis le berceau. On avait des activités communes (la parade de la St-Jean-Baptiste changeait de ville chaque année, des ligues sportives, institutions, etc.). On avait même étendu le territoire jusqu'à Lyster! (il couvrait presque le territoire de la CSBF actuelle).



Cependant depuis une vingtaine d'années, avec l'apparition de nouvelles structures administratives, notamment les MRC, et les changements de frontières des comtés provinciaux et fédéraux, les gens ont tendance à considérer que la région de Victoriaville et la MRC d'Arthabaska constituent les Bois-Francs, alors que la région gravitant autour de Plessisville s'identifie de plus en plus comme celle de l'Erable.



Jacques Brière, ex-président de la Société d'histoire et de généalogie de Victoriaville et de la Société d'histoire de la région d'Arthabaska.

Jacques Brière

http://www.lanouvelle.net/Opinion/Tribune-libre/2010-07-19/article-1591923/Les-Bois-Francs,-cest-quoi%3F/1

Répondre à ce message

Vous n'êtes pas autorisé à poster un message sur le forum.