Journée internationale des peuples autochtones : « Soit on se mobilise, soit on disparaît »

may49
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Modérateur

le 08/08/2018 à 09:18

Publié le 08/08/2018 à 06h05

Christophe Pierre aka Yanuwana Tapoka, jeune Kali'na, âgé seulement de 25 ans, porte-parole de l'association Jeunesse Autochtone de Guyane et vice-président du Grand conseil coutumier, est devenu cette année la figure des luttes amérindiennes. À l'occasion de la journée internationale des peuples autochtones, qui se tiendra ce jeudi, ce jeune sage décrypte pour nous les enjeux auxquels les Amérindiens guyanais font face.

Aujourd'hui, les six peuples amérindiens de Guyane ne seraient plus que 10.000 à vivre entre la forêt amazonienne, le littoral et les deux fleuves du Maroni et de l’Oyapock. Récemment, leur combat contre le projet de mine d’or à ciel ouvert, baptisé Montagne d'or, les a poussés sur le devant de la scène médiatique.

Porté par des investisseurs canadien et russe, ce méga projet prévoit d'extraire 85 tonnes d’or pendant douze ans, sur une surface de 800 hectares situés sur le versant du fleuve sacré de la Mana. Pour défendre leur position, une délégation de l'association Jeunesse Autochtone de Guyane s'était même déplacée jusqu'en métropole en juin. Yanuwana Tapoka s'était alors illustré comme voix de ces peuples premiers.

Yanuwana Tapoka Christophe Pierre, porte parole de l'association Jeunesse Autochtone de Guyane. Photo DR
Comment décririez-vous la situation des Amérindiens de Guyane ?

« La situation des Amérindiens a gagné en visibilité depuis une trentaine d’années. Depuis le discours de Félix Tiouka, nous n'avons pas arrêté notre ascension. Nous militons toujours pour avoir le droit d'être reconnu en tant que peuple, notamment en essayant de faire appel à la convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail relatives aux peuples indigènes et tribaux. Mais beaucoup d'autres causes se sont rajoutées à notre combat.»

Quelles sont les nouvelles problématiques que vous rencontrez ?

« Évidemment il y a le projet de la Montagne d’or, qui menace des sites sacrés, nos forêts et nos lieux de vie ; l'orpaillage illégal, qui pollue nos eaux et notre nourriture constituée essentiellement de la pêche et, maintenant, les projets de forages pétroliers par Total sur nos côtes. Il faut se battre contre tout ça ! On attend de voir quelles décisions seront prises, on espère le meilleur tout en se préparant au pire. On est juste des petits villageois et on va à la confrontation avec de grandes puissances, pour sauver nos terres et la santé de nos enfants. »

Avez-vous déjà remarqué des changements dans votre environnement ?

« Oui, bien sûr, les saisons changent. Ici, il y a des tempêtes alors qu'il n'y en avait pas en période sèche. Il n'y a presque plus de plages. Il y a quelques secousses, des tremblements de terre alors que l'on n'est pas censé être sur une zone sismique. Les enfants sont de plus en plus asthmatiques, alors que ça n'existait pas avant. Nos eaux et poissons sont pollués, beaucoup d'entre nous ont des cancers alors qu'avant personne n'en avait. Quand je vois ma grand-mère, à 90 ans, elle est en pleine forme alors que tous ses enfants sont malades... »

Quel est votre programme pour la journée internationale des peuples autochtones ?

« Une grande mobilisation aura lieu à Cayenne, c'est l'occasion de faire le point sur nos actions et de parler et échanger avec la population (comme le veut la devise de l'association : « apprendre, partager, protéger », NDLR). Il y a un véritable éveil en Guyane, la population nous soutient, aujourd'hui nous occupons une grande place. Ce qu'il faut comprendre, c'est que nous n'avons pas le choix : soit on se mobilise, soit on disparaît. Notre équilibre se trouve dans la longévité de notre peuple et pour ça, il faut se battre. Un peuple qui ne se bat pas s'est oublié. »

Marion Boisjot

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