Rapport dévastateur sur les droits des enfants du Nunavik

Mise à jour le mercredi 27 juin 2007

Nunavik

Rapport accablant

Enfants autochtones

Les enfants et les adolescents inuits qui sont victimes d'abus au Nunavik sont complètement laissés à eux-mêmes, et ils ne bénéficient pas des services de protection qu'ils sont en droit de recevoir en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse.

C'est ce qu'indique un rapport d'enquête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec publié mercredi.

La conclusion de l'enquête est accablante pour les services gouvernementaux québécois. Elle révèle que les services sociaux de première ligne sont quasi inexistants, faute de personnel, et les organisations du réseau de protection de la jeunesse sont continuellement en mode de gestion de crise.

L'étude, qui a été menée durant une période de quatre ans auprès des services de la protection de la jeunesse dans la baie d'Ungava et la baie d'Hudson, fait également part des problèmes sociaux que le peuple inuit vit depuis les dernières décennies: violence familiale, consommation abusive d'alcool, toxicomanie, chômage, surpeuplement des logements et taux de suicide élevé.

Selon la Commission, cette situation fait en sorte que les moins de 18 ans, qui représentent environ la moitié de la population du Nunavik, vivent souvent dans des conditions de vie tout à fait inadaptées à leurs besoins de protection et de sécurité.

Ainsi, un nombre important d'enfants est victime de maltraitance physique, psychologique et sexuelle. En outre, 25 % des enfants nés entre 2000 et 2004 ne vivent pas avec leurs parents, mais ont été adoptés selon le mode d'adoption traditionnel, sans aucun contrôle ou soutien de l'État. Une partie d'entre eux sont fréquemment déplacés d'une famille à l'autre. Le rapport cite le cas d'un enfant qui a fait l'objet de 14 déplacements.

« L'analyse des dossiers et les entrevues réalisées nous ont permis d'apprécier une détérioration importante, une aggravation des programmes sociaux, d'où l'importance d'agir rapidement », a affirmé la vice-présidente de la Commission, Sylvie Godin.

Appel au premier ministre Charest

Rapport sur les enfants du Nunavik

Devant de tels constats, la Commission a présenté 21 recommandations à l'intention des services concernés et a demandé l'intervention personnelle du premier ministre du Québec, Jean Charest, pour qu'il se saisisse du dossier et qu'il assure la coordination des actions gouvernementales. Elle a aussi lancé un appel urgent à la mobilisation de tous les membres de la communauté au Nunavik afin d'assurer la protection et la sécurité de ses enfants.

La Commission s'est engagée à faire un suivi pour évaluer la mise en oeuvre de ses recommandations dans un an.

Ce n'est pas la première fois que les piètres services sociaux donnés aux jeunes du Nunavik sont dénoncés. Deux rapports publiés en 1996 et en 1998 déploraient la consommation de drogue, les agressions physiques ou sexuelles et les nombreux suicides sur le territoire.

Réaction du ministre Pelletier

Le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, des Affaires autochtones et de la région du Nord-du-Québec, Benoît Pelletier, a qualifié la situation d'« horreur ». Il a affirmé que le gouvernement donnera suite, de concert avec les autorités locales, aux recommandations présentées par la Commission.

Afin d'apporter les correctifs qui s'imposent à l'application de la Loi sur la protection de la jeunesse, les accompagnateurs mandatés par le ministère de la Santé et des Services sociaux ont effectué 10 visites au Nunavik entre octobre 2005 et mai 2007, a-t-il précisé. « Cette mesure d'exception se poursuivra; elle sera dorénavant liée à une nouvelle série de mesures », a déclaré M. Pelletier.

 

 

 

Nunavik: Rapport, conclusions d'enquête et recommandations

Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec

Audio et Vidéo

Prenez le temps de lire le rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec.

May

Le mercredi 27 juin 2007


L'enfance, un enfer pour les jeunes du Nunavik

plus de la moitié des enfants vivent dans un milieu où la consommmation abusive d'alcool et la violence sont présents chez une ou plusieurs personnes vivant sous le même toit (phototéque La Presse)

 



Presse canadienne

Montréal

Quiconque a déjà fait état des joies et de l'insouciance de l'enfance n'a jamais vécu au Nunavik, cet immense territoire du Grand Nord québécois, où l'enfer définit le quotidien de l'enfance.
 

 
Un rapport d'enquête rendu public mercredi par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec dresse en effet un constat d'horreur et réclame des interventions urgentes des ministères de la Santé et des Services sociaux, de la Justice et des Affaires autochtones, en plus de demander au premier ministre lui-même de s'investir personnellement dans le dossier.

Dans cette région où plus le moitié de la population a moins de 18 ans, les enquêteurs ont analysé la situation de 139 enfants ayant fait l'objet de quelque 650 signalements.

Or, selon le rapport, les Directions de protection de la jeunesse sont en perpétuelle état de crise et les services sociaux de première ligne sont quasi-inexistants.

Le rapport indique notamment de nombreux enfants ont fait l'objet de plus d'un signalement, certains jusqu'à 16 fois, dont près du quart pour abus sexuels, mais que plusieurs n'ont pas été retenus parce que les parents ont refusé de coopérer ou parce que l'enfant avait des liens avec le personnel ou la direction des DPJ.

Plus de la moitié des enfants vivent dans un milieu où la consommation abusive d'alcool et la violence sont présents chez une une plusieurs personnes vivant sous un même toit. La surpopulation des logements est d'ailleurs un autre problème signalé dans la région, où une famille sur quatre est en attente d'un logement.

Le taux de violence familial est 10 fois plus élevé au Nunavik que la moyenne canadienne et 10 % des jeunes de 15 à 19 ans consomment de la cocaïne et inhalent des solvents.

En fait, la violence familiale, la consommation abusive d'alcool, la toxicomanie et le taux de suicide ont pris des proportion endémiques au Nunavik et les ressources pour y faire face sont soit inexistantes ou insuffisantes.

La Commission lance donc un appel urgent à la mobilisation de tous les membres de la communauté au Nunavik afin d'assurer la protection et la sécurité de ses enfants, notant avec dépit qu'ils ne bénéficient pas des services de protection qu'ils sont en droit de recevoir en vertu de la loi.

Le mercredi 27 juin 2007


Le sort d'enfants du Nunavik horrifie Benoît Pelletier

 


Photo Julie Grenier, collaboration spéciale


 

Presse Canadienne

Montréal

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Benoît Pelletier, se dit horrifié des conclusions d'un rapport d'enquête sur les traitements réservés aux jeunes du territoire du Grand Nord québécois.

 

 

 
La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec dresse en effet un sombre constat de la situation des enfants ayant fait l'objet de signalement à la Direction de la protection de la jeunesse.

Le ministre Pelletier a indiqué mercredi que le gouvernement allait échanger sur cette situation avec les Inuits eux-mêmes, ajoutant que Québec est ouvert à mettre en œuvre l'ensemble des recommandations de la commission.

Le rapport révèle que dans cette région où plus de la moitié de la population a moins de 18 ans, les enquêteurs ont analysé la situation de 139 enfants ayant fait l'objet de quelque 650 signalements.

Or, selon le rapport, les Directions de protection de la jeunesse sont en perpétuel état de crise et les services sociaux de première ligne sont quasi-inexistants.

Le rapport indique notamment de nombreux enfants ont fait l'objet de plus d'un signalement, certains jusqu'à 16 fois, dont près du quart pour abus sexuels, mais que plusieurs n'ont pas été retenus parce que les parents ont refusé de coopérer ou parce que l'enfant avait des liens avec le personnel ou la direction des DPJ.

Plus de la moitié des enfants vivent dans un milieu où la consommation abusive d'alcool et la violence sont présents chez une ou plusieurs personnes vivant sous un même toit. La surpopulation des logements est d'ailleurs un autre problème signalé dans la région, où une famille sur quatre est en attente d'un logement.

Le taux de violence familial est dix fois plus élevé au Nunavik que la moyenne canadienne et dix pour cent des jeunes de 15 à 19 ans consomment de la cocaïne et inhalent des solvants.

En fait, la commission constate que la violence familiale, la consommation abusive d'alcool, la toxicomanie et le taux de suicide ont pris des proportions endémiques au Nunavik et les ressources pour y faire face sont soit inexistantes ou insuffisantes.

La Commission lance donc un appel urgent à la mobilisation de tous les membres de la communauté au Nunavik afin d'assurer la protection et la sécurité de ses enfants, notant avec dépit qu'ils ne bénéficient pas des services de protection qu'ils sont en droit de recevoir en vertu de la loi.

 

http://www.aborinews.com/

Le jeudi 28 juin 2007


Pas facile d'être jeune et inuit

 


Pendant quatre ans, les cas de 139 enfants du Nunavik ayant fait l'objet de quelque 650 signalements ont été regardés à la loupe par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec.
Photo Isabelle Dubois, archives La Presse


 

Sophie Ouimet-Lamothe

La Presse

 

Des enfants qui se suicident à 12 ans. Des filles enceintes à 13 ans. Un taux de décrochage qui frise les 95%. Nous ne sommes pas dans un pays du tiers-monde, mais au Nunavik, dans le nord du Québec. Selon un rapport rendu public hier, les jeunes de la région ne reçoivent pas la protection à laquelle ils ont droit en vertu de la loi.


 

 
 
Quatre ans. C'est le nombre d'années qu'a pris la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec pour réaliser son enquête. «Nous avons effectué un travail de recherche complexe, parce que nous voulions respecter la réalité culturelle», explique Sylvie Godin, vice-présidente de la Commission.

Un délai trop long, selon Philippe Jodouin, un psychologue qui a travaillé pendant huit ans au Nunavik. «C'est incroyable que ça ait pris autant de temps, déplore-t-il. Plein de jeunes sont morts, en quatre ans.»

 

Recommandations

 

Les cas de 139 enfants, ayant fait l'objet de quelque 650 signalements, ont été scrutés. L'enquête lève le voile sur la situation peu reluisante des jeunes de moins de 18 ans au Nunavik, qui forment près de la moitié de la population. La Commission énonce une série de recommandations à la fin du rapport.

Elle demande à la communauté de se mobiliser pour mettre les intérêts des enfants au coeur des priorités. La Commission veut aussi que le premier ministre du Québec, Jean Charest, s'occupe personnellement du dossier. Elle veut ainsi assurer une bonne coordination des trois ministères impliqués, ceux de la Santé et des Services sociaux, de la Justice et des Affaires autochtones.

Québec a réagi à la publication du rapport par voie de communiqué. «Le gouvernement donnera suite, de concert avec les autorités locales, aux recommandations présentées par la Commission», peut-on lire. Parti en vacances, Philippe Couillard, le ministre de la Santé et des Services sociaux, n'a pas commenté le rapport.

Jeannie May, directrice de la régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik, approuve les recommandations. «J'espère que ce rapport ouvrira les yeux du gouvernement, affirme-t-elle. Nous l'utilisons comme un outil positif, pour travailler avec la communauté et avec le gouvernement.»

Dans un an, la Commission fera un suivi de ses recommandations. «On pourra alors apprécier la différence», dit Mme Godin.

 

La pointe de l'iceberg

 

M. Jodouin trouve les recommandations réalistes. Il approuve l'enquête, mais ce n'est que la pointe de l'iceberg, selon lui. «Vous n'avez rien dans le rapport. Vous n'avez pas les histoires salées, les histoires d'enfants brûlés avec des mégots de cigarette. On vit un Darfour présentement au Québec», affirme-t-il.

Il est sceptique face à l'action du gouvernement. «Nous devons continuer à taper sur le clou, lance-t-il. Il ne faut pas que M. Couillard s'en sorte comme ça!»

 

Manque de ressources

 

Élisapie Isaac, chanteuse du duo Taima, est originaire de Salluit, au Nunavik. Il y a un peu plus de sept ans, elle a déménagé à Montréal. «Les enfants, même s'ils sont inuits, ont le droit d'être protégés, croit-elle. Quand il n'y a pas un seul psychologue dans les villages, c'est un signe que les jeunes, ce n'est pas la priorité.»

M. Jodouin abonde dans son sens. «J'ai travaillé à la commission scolaire. J'étais le seul psychologue pour 14 villages. Ça montre qu'il y a un manque flagrant de ressources», conclut-il.