Hécatombe au XVIe siècle de Marie-France Bornais

Auteur primé de nombreux ouvrages pour la jeunesse, Camille Bouchard explore les événements qui ont secoué la France, l’Espagne et les peuples autochtones de la Floride du XVIe siècle dans son roman historique Un massacre magnifique.

Écrit avec une langue riche aux accents d’autrefois, le roman pour adultes raconte comment Gaspard de Coligny renvoie en Floride une poignée de huguenots sous la gouverne de René Goulaine de Laudonnière, dans une tentative d’établir une colonie. L’expérience tourne à la catastrophe et une troisième expédition se prépare, menée par Jean Ribault. Tous ces rêves s’écroulent lors d’un massacre épouvantable qui n’a laissé qu’un survivant. Et c’est lui — sous le nom de Côme Mulot dans le roman — qui prend la parole.

« C’est une histoire vraie. Côme Mulot m’a été inspiré par un personnage réel », annonce Camille Bouchard en entrevue téléphonique de son VR stationné à Victoria, au Texas. « C’est un marin français qui a survécu au massacre, qui est retourné en Europe et qui a expliqué ce qui s’était passé. L’Histoire n’a rien retenu de ce personnage, même pas son nom. Je me suis dit que j’allais le garder, lui donner un nom – Côme Mulot – et qu’avec lui, on allait suivre tout ce qui s’est passé pendant les trois tentatives de colonisation en Floride, entre 1562 et 1565. »

Camille Bouchard a été intrigué par cette tentative de colonisation de la Floride par les Français pendant qu’il faisait sa recherche pour Pirates. « Je suis tombé sur l’anecdote par hasard et je me suis demandé pourquoi nous, au Québec, on ne sait pas ce qui s’est passé entre le dernier voyage de Jacques Cartier et l’arrivée de Champlain. On a l’impression que la France s’est complètement désintéressée de l’Amérique. Or, c’est faux. »

Le récit, finement ciselé, un petit bijou de littérature, est narré par le jeune Côme Mulot, devenu pour les besoins du roman dessinateur et assistant de Jacques Le Moyne, peintre imagier de la colonie. L’histoire décrit le fort Caroline, le quotidien difficile des colons, les mœurs des Floridiens, et révèle la troublante romance entre Côme et Myanna, l’hermaphrodite de la nation Satouriona.

Vieux français

Plongé dans l’étude de documents anciens pour écrire les cinq tomes de sa série à succès Pirates, Camille Bouchard a choisi d’utiliser un style et des mots d’ancien français, qui collent parfaitement à son histoire, pour Un massacre magnifique. Le résultat est délicieux. Son récit palpitant, aux dialogues vivants et aux descriptions colorées, est enjolivé d’expressions aujourd’hui oubliées comme « par la malapeste! », « assavoir », « acertes » ou « la main dextre ». C’est si bien mené que la lecture n’en est pas compliquée pour autant.

« C’est beau le vieux français, hein? Pour moi, c’est un beau défi à faire comme auteur et un bel artifice à utiliser pour embarquer davantage mon lecteur dans la période qui est décrite dans le roman. Il y a un effort à faire de la part du lecteur : je ne dis pas que c’est une lecture facile. Mais comme auteur – et comme lecteur – je trouve ça stimulant. »

Avec tout le talent qu’on lui connaît, Camille Bouchard décrit parfaitement la vie maritime à l’époque, lui qui pourtant déteste l’eau et n’embarquerait pour rien au monde sur un voilier. « Je ne suis pas un marin du tout. Au contraire, j’ai peur de l’eau. Je ne monte pas sur les bateaux : c’est une de mes phobies.

Tout ce que je connais de la marine, je l’ai lu dans des documents. Je n’ai jamais navigué sur un voilier et ça m’étonnerait fort que tu me vois un jour jouer les casse-cou sur un voilier, dans les grosses vagues de l’Atlantique! »