L'aigle et l'enfant

Fin des années 20, une vallée perdue dans le Grand Nord, aux frontières du monde arctique. Là, un jeune aigle, Kraa, apprend à vivre seul et se prépare à devenir le maître des lieux. A part lui et la faune locale, une poignée d’autochtones survit sur leur terre. Ils n’ont rien changé à leurs habitudes millénaires. Et, cet endroit est comme un paradis terrestre aux accents sauvages. Hélas, le sous-sol regorge de matières premières : or, diamants, pétrole. Et, toute la cupidité du monde va déferler dans la vallée sous la forme d’aventuriers avides et de bâtisseurs d’empires comme William Klondike. Ils vont soumettre et broyer les sauvages comme le constate avec horreur et effroi le jeune indien Yuma. Sa famille est massacrée jusqu’au dernier, jusqu’à sa petite sœur, Mana. Kraa a tout observé en silence avec l’intérêt du prédateur. Yuma l’a aidé alors qu’il était blessé. Entre l’aigle et l’enfant va se nouer un lien d’essence chamanique, une fraternité étrange et instinctive mise au service d’une lutte farouche contre l’envahisseur. Quel peut être l’issue d’un tel combat ?

Un lien surnaturel

Délaissant un moment Canardo, Benoît Sokal fait un retour remarqué et remarquable avec l’histoire poignante d’un aigle et d’un enfant seuls contre tous. Après la conception de jeux vidéo, il souhaitait écrire un récit avec un oiseau dans des grands espaces sauvages. Son attrait pour la nature relève de la recherche d’un paradis originel, de la quête d’une part d’enfance. Kraa (La vallée perdue) parle d’abord de la vengeance d’un enfant rendu fou par la perte violente d’êtres chers. Cette vengeance est vouée à l’échec malgré l’alliance de Yuma avec un prédateur. Kraa parle de lien surnaturel entre humain et animal. Au propre, Kraa raconte l’histoire. Ce sera le seul témoin silencieux. Comme il l’avait fait avec L’Amerzone (Canardo) et avec Le vieil homme qui n’écrivait plus, Sokal nous émeut. Il touche une corde sensible grâce à un récit parfaitement bien construit. Ses personnages sont plus vrais que nature. Il n’y a aucun temps mort et les rebondissements succèdent aux coups de théâtre. On se passionne pour le destin de Yuma et de Kraa, pour cette lutte de David contre Goliath. Non seulement Sokal dessine des décors somptueux qui sont la marque des grands auteurs, mais ses personnages sont habilement croqués. Côté animaux, il n’a de leçons à recevoir de personne après avoir animé Canardo si longtemps. Les couleurs sombres ajoutent au mystère.

Une grande histoire réaliste aux accents écologiques empreinte de fortes émotions…

Marc Bauloye

Kraa T1 La vallée perdue Sokal Casterman