La nuit sur les ondes

 

 

Josée Lapointe

La Presse

 

Récipiendaire du prix Giller en 2007, La nuit sur les ondes a été un best-seller au Canada anglais et on comprend pourquoi. Grands espaces, hiver, caribous et explorateurs mythiques: plusieurs éléments du roman d'Elizabeth Hay, qui se déroule à Yellowknife en 1974, sont justement très «canadiens». Mais au-delà de cette identité assumée, la romancière a su créer un climat et une véritable tension, tout en abordant des sujets qui restent très actuels.

Extrêmement bien traduit par l'écrivaine Hélène Rioux, La nuit sur les ondes se passe dans le microcosme d'une station de radio du Grand Nord. Les liens, amitiés et inimitiés sont exacerbés par la proximité. Il y a entre autres Harry, star déchue de la radio réfractaire à la télé, légèrement alcoolique, directeur par intérim de la station. Eleanor, réceptionniste au grand coeur qui a des tentations mystiques. Gwen, jeune femme peu assurée qui a tout à apprendre. Et Dido, mystérieuse beauté qui suscite le chaos et s'enfonce dans une relation malsaine.

 

Cette année à Yellowknife, de l'été lumineux à l'hiver qui n'en finit plus, se déroule sur fond d'enquête publique, la commission Berger, sur la construction d'un pipeline le long du fleuve Mackenzie. Elizabeth Hay ayant elle-même travaillé comme animatrice à CBC Radio à Yellowknife de 1974 à 1984, on sent que les témoignages de centaines d'autochtones, leurs conditions de vie misérables et leur rapport à cette terre nordique l'ont inspirée.

 

Même si l'auteure a su prendre cette matière pour créer une histoire puissante, on ne peut s'empêcher de faire le lien avec l'actualité, entre autres le forage dans l'Arctique et son impact sur les communautés et la nature si un accident comme celui de la plateforme Deepwater Horizon, au large de la Louisiane l'été dernier, devait survenir. Surtout, l'ampleur et le sérieux de l'enquête du juge Berger laissent songeur quand on compare à ce qui se fait maintenant, que l'on parle d'exploration gazière ou de la construction d'un nouvel échangeur.

 

Malgré sa valeur historique, La nuit sur les ondes est d'abord un livre fascinant sur les relations humaines, qui prennent une autre allure dans un environnement aussi aride et grandiose que celui du Grand Nord. On peut reprocher à la romancière de tourner autour du pot et de prendre un peu trop son temps avant d'arriver au noeud du livre, mais celui-ci en vaut la peine: pendant six semaines, quatre amis-collègues-amoureux partiront en expédition sur les traces de l'explorateur John Hornby. Un voyage de portage éprouvant qui les changera à jamais, on s'en doute: là où ils vont, les lacs sont encore gelés au mois de juillet et une rencontre avec un grizzly fait partie des probabilités.

 

Elizabeth Hay décrit avec passion la majesté de ce paysage vierge du bout du monde, la beauté de la végétation et, en digne femme de radio, les sons de la toundra, comme celui des caribous, «le cliquetis de leurs sabots, les ahanements de leur nage et le bruit sourd de leur mastication». Les explorateurs modernes de La nuit sur les ondes se rempliront de ce spectacle, et les lecteurs trouveront assurément leur bonheur dans ce livre parfois exotique, mais surtout instructif et prenant


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