Le pensionnat indien raconté aux enfants

Camille Séguy

Les livres pour enfants de Nicola Campbell : Shi-shi-etko et La pirogue de Shin-chi. En médaillon : Nicola Campbell.
Les livres pour enfants de Nicola Campbell : Shi-shi-etko et La pirogue de Shin-chi. En médaillon : Nicola Campbell.

L’auteure Nicola Campbell a grandi avec les souvenirs d’école résidentielle de sa famille.
Elle en a fait des livres pour enfants.

La jeune Shi-shi-etko et son petit frère, Shin-chi, sont deux enfants autochtones du Canada au temps où tous ces enfants étaient systématiquement envoyés dans les écoles résidentielles, loin de chez eux.
Les deux premiers livres de l’auteure Nicola Campbell,
Shi-shi-etko suivi de La pirogue de Shin-chi, publiés en français aux Éditions des Plaines, abordent ce difficile sujet dans des mots simples et adaptés aux enfants. (1)
« Ces deux personnages sont fictifs, mais leurs histoires sont basées sur des éléments d’histoires que j’ai entendues, confie Nicola Campbell. Les membres de ma famille me racontaient quand ils ne pouvaient pas parler sa langue ou qu’ils voulaient s’enfuir du pensionnat indien. J’ai grandi avec ces histoires. »
En effet, elle-même de descendance salish de l’intérieur et métisse, Nicola Campbell a pu observer dans son quotidien les conséquences des écoles résidentielles indiennes. Plusieurs membres de sa famille, dont sa mère et son grand-père, ont été envoyés dans ces pensionnats.
« Trois enfants de la fratrie de ma mère ont été envoyés dans les écoles résidentielles, et les cinq autres ont été placés dans des familles d’accueil, indique-t-elle. C’était la norme au Canada à cette époque. »
C’est pourquoi, quand Nicola Campbell, alors étudiante en beaux-arts à l’Université de Colombie-Britannique en spécialité Écriture jeunesse, a dû écrire une histoire pour son cours, c’est cette histoire qu’elle a commencé à raconter, celle d’une fillette autochtone qui cherche à emmagasiner autant de souvenirs possibles de sa culture car elle doit partir pour le pensionnat indien.
« Ça s’est fait tout seul, confie-t-elle. Je ne pensais pas que ça allait être publié un jour. C’était mon premier livre, j’ai mis trois ans à l’écrire. »
Encouragée par une tante métisse elle-même écrivaine pour enfants, elle a poursuivi son travail d’écriture sur le même thème avec un second livre, La pirogue de Shin-Chi, qui raconte la vie à l’école résidentielle.
« Je voulais montrer une année à l’école résidentielle, explique l’auteure. Je voulais que ce soit une histoire qui fasse prendre conscience aux lecteurs de ce qui s’est passé, tout en restant accessible aux enfants. »
La tâche de raconter cette histoire de famille n’a toutefois pas été toujours facile. « J’étais très émue quand je travaillais sur ce second livre, confie Nicola Campbell. C’était dur d’imaginer une communauté sans enfants. J’ai mis près de deux ans à écrire les premiers paragraphes. Mais ma famille m’a toujours soutenue. »
En plus des récits de sa propre famille, pour rédiger ses deux livres, Nicola Campbell a rencontré un groupe d’aînés autochtones afin d’avoir leurs impressions sur l’histoire et sur les illustrations de Kim LaFave.
Elle a aussi assisté à une conférence des survivants des écoles résidentielles, où elle a pu leur demander leur avis.
« Je voulais que mon histoire soit pertinente pour tout le monde, affirme-t-elle. Ce n’était pas facile. Rien que dans ma famille, ma mère était dans un pensionnat indien anglican et mon beau-père dans un pensionnat indien catholique. »
Elle souligne d’ailleurs que cette volonté de précision a été incorporée aux illustrations de Kim LaFave. « Kim LaFave a pris beaucoup de temps pour rendre visite à ma famille, voir les lieux et chercher des images historiques des écoles résidentielles », se réjouit Nicola Campbell.
Aujourd’hui, Nicola Campbell travaille sur un troisième livre pour enfants d’inspiration autobiographique, qui racontera son enfance sur la ferme de son grand-père.
« En un sens, cette troisième histoire montrera les conséquences des écoles résidentielles, conclut Nicola Campbell, comment cela a affecté nos communautés. Les écoles résidentielles ont totalement changé notre mode de vie. »

(1) Shi-shi-etko (2005) et La pirogue de Shin-chi (2008) sont publiés aux Éditions des Plaines et traduits en français par Diane Lavoie.

Editeur : La Liberté

http://journaux.apf.ca/laliberte/index.cfm?Sequence_No=58093&Id=58093&niveau=3&Parent=1551677169&Voir=journal