«Sur la terre des Sioux. Red Cloud, une légende américaine»

 

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Trop peu médiatisée, la collection Terre indienne des éditions Albin Michel recèle pourtant de véritables pépites qui redonnent au peuple amérindien la juste place qu’il mérite dans l’histoire américaine.  «Sur la terre des Sioux. Red Cloud, une légende américaine» retrace la biographie d'un chef prestigieux, mais moins populaire au sein du grand public que Geronimo, Sitting Bull ou Crazy Horse. Un leader qui occupe pourtant une place de premier plan dans le drame qui s’est joué dans l’Ouest, entre Indiens et l’armée américaine. Une méconnaissance qui résulte de plusieurs facteurs. «D’abord, il s’est battu essentiellement contre des Indiens, ensuite, ses combats n’ont pas laissé de traces écrites, ni de témoins vivants.»  

Bob Drury et Tom Clavin, deux journalistes américains, retracent la prise du pouvoir et la destinée de ce chef de guerre dont l’autobiographie, longtemps disparue et récemment redécouverte, a permis de mieux comprendre son combat pour une terre sans cesse violée par l’invasion des Blancs. Avec plus de 85 ennemis tués, Red Cloud était loin d’être un saint, tout comme son peuple d’ailleurs. La vision du Nouveau western est tronquée. Oui, les Indiens ont été spoliés, massacrés. Mais non, ils n’étaient pas paisibles. Plutôt de féroces guerriers. Le livre le prouve une fois encore avec le récit de terribles combats menés entre tribus hostiles, avec viols, massacres, tortures. Il ne faisait pas bon tomber entre les mains de son adversaire. Une horreur découverte ensuite par les colons et les militaires américains. Les blessés et les morts étaient mutilés de façon atroce. De quoi alimenter davantage les raids vengeurs et d'autres tueries.
Intelligent et stratège doué, Red Cloud a compris que l’alliance avec d’autres tribus était préférable, et unique moyen pour endiguer le déferlement de colons sur les terres sacrées.  Son discours est resté célèbre :  «le Grand esprit a nourri et élevé l’homme blanc comme l’Indien.  Il m’a élevé sur cette terre et elle m’appartient. L’homme blanc a été élevé de l’autre côté des mers et c’est là-bas que se trouve sa terre.  Depuis qu’ils ont traversé la mer, je leur ai fait de la place. Dorénavant, je suis cerné par les Blancs. Il ne me reste que peu de terre. Mais le Grand Esprit m’a dit de la garder. »
Des propos jamais pris en compte par Washington, et foulés par les nombreux convois de colons en terre indienne. Sans parler des traités, bafoués, l’encre encore humide. Comme le précisent les auteurs, «Red Cloud faisait la guerre pour arrêter la multiplication des incursions des Blancs sur les terres de chasse des Sioux – ni plus, ni moins.» Et, force est de constater qu'il s’y connaissait en tactiques militaires. Toujours, il a surpris les militaires américains avec la conduite de véritables campagnes pensées et orchestrées de main de maître. «Un chef stratégique qui apprenait à tirer parti d’une victoire, art jusqu’alors inconnu des hommes rouges.» Red Cloud fut d’ailleurs victorieux dans son combat contre l’armée américaine dans une véritable guerre débutée en 1866.
Parmi les nombreux affrontements livrés entre les deux camps, un massacre est resté dans l’histoire américaine, comme un choc presque comparable à celui de Little Big Horn : celui resté sous le nom de bataille de Fetterman. Survenue en décembre 1866, elle a opposé une troupe de 80 soldats américains menés par le capitaine Fetterman à plusieurs centaines de guerriers sioux et cheyennes. Les soldats furent massacrés jusqu’au dernier.
Spécialiste de la guerre de harcèlement, Red Cloud a également ravagé la piste Bozeman avec une tactique de guérilla meurtrière pour les colons et les forts isolés. Des faits racontés en détails par les auteurs de cette biographie qui évite l’hagiographie et qui souligne le mépris constant des militaires pour les Indiens. À l’instar du général Sherman : «nous n’allons pas laisser quelques Indiens voleurs et dépenaillés se mettre en travers du progrès

Un chef de guerre mort paisiblement à 88 ans dans son lit, sans jamais avoir pu comprendre les Blancs – leurs motivations, leur cupidité, leur insatiabilité. Intelligent jusqu’au bout, il s’est adapté au mode de vie des Blancs, sans pour autant l’approuver.

«Nous étions aussi libres que le vent et, comme l’aigle, n’obéissions à aucun être humain.» (Red Cloud)

Philippe Degouy

«Sur la terre des Sioux. Red Cloud, une légende américaine», par Bob Frury et Tom Clavin. Collection terre indienne. Éditions Albin Michel. 442 pages, 27 euros

Couverture : éditions Albin Michel


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