Comme au XIXe siècle...

La nouvelle tente prospecteur peut accueillir six campeurs.

Photo: fournie par le Parc national d'Oka

 

Simon Diotte
La Presse

(OKA) Après une semaine de fou, l'arrivée au parc national d'Oka, à 18h pile, s'apparente à une délivrance. Au cours des 24 prochaines heures, on n'a qu'une seule mission en tête: décrocher de la vie quotidienne, en effectuant un pèlerinage au Calvaire d'Oka, expédition qui sera suivie d'une nuitée dans une tente prospecteur toute neuve, chauffée par un bon vieux poêle à bois. Une virée version XIXe siècle!

Situé à l'intérieur du parc, le Calvaire d'Oka fut le site de pèlerinage le plus important de la grande région de Montréal entre 1850 et 1900. Aujourd'hui, face à la désertion des pèlerins, les raquetteurs prennent la relève. Tous les vendredis et samedis de l'hiver, le parc national d'Oka organise des randonnées de groupe en soirée pour redécouvrir ce site historique, datant de 1742, dont le but était d'évangéliser les Amérindiens.

 

À 19h30, raquettes aux pieds (incluses dans le forfait, qui coûte 14,18$), notre petit groupe, accompagné par la garde-parc naturaliste Monique Théoret, part à l'ascension de cette colline, d'une altitude de 150 m, en empruntant le sentier La Montée (3,6 km). Comme son nom l'indique, ça monte! Heureusement d'ailleurs, car on a un besoin urgent de brûler des calories pour nous réchauffer, le mercure étant au plus bas.

 

En chemin, la pleine lune nous éclaire suffisamment pour que l'on éteigne nos lampes frontales. On constate, peu à peu, que notre vision nocturne s'améliore. Pourquoi? «C'est grâce au pourpre rétinien, explique notre guide. C'est une molécule que produit notre rétine pour améliorer la vision de nuit. Il faut 20 à 30 minutes pour qu'elle fasse le maximum d'effet». Les cerfs de Virginie, eux, possèdent une membrane réfléchissante, le tapetum lucidum, qui leur procure une excellente vision nocturne en tout temps. En plus de profiter du grand air, cette balade sert de prétexte pour approfondir nos connaissances sur la faune et la flore du parc.

 

Le point culminant de l'aventure, c'est lorsqu'on arrive au Calvaire, où se trouvent les trois chapelles historiques. D'ici, la vue est magnifique. Notre regard embrasse le village d'Oka, le lac des Deux-Montagnes gelé et les municipalités de Vaudreuil et Hudson, sur l'autre rive. Pour profiter de l'instant présent et nous garder au chaud, la guide sort son thermos et nous offre une tasse de tisane à la triple de roche, une fougère qui pousse dans le parc. Quelle bonne idée!

 

Après le Calvaire...

 

Prochaine étape: essayer les nouvelles tentes prospecteurs du parc, beaucoup plus spacieuses que les anciennes. Elles peuvent désormais accueillir six campeurs. La grande amélioration: on peut se tenir debout dans toute la superficie habitable. Avec le poêle à bois, on peut ainsi profiter du camping hivernal, sans que ça soit un calvaire.

 

À partir du stationnement de la salle communautaire, il faut marcher 500 m, sur sentier enneigé, pour rejoindre le village de tentes, six au total. On charrie nos bagages sur nos épaules et dans un petit traîneau, que le parc nous fournit. Avec leur éclairage au plafond, leur détecteur de CO2 et leur extincteur à feu, l'équipement des tentes prospecteur modernes rendrait jaloux les coureurs des bois de jadis. Même le plancher, sur lequel on va étendre nos matelas de sol (fournis), est isolé.

 

Grand confort... mouais. En expérimentant ce mode d'hébergement rustique, on constate néanmoins quelques irritants. Aucune chaise ne se trouve à l'intérieur des tentes, bien que l'espace ne manque pas. Donc, impossible de s'asseoir, les deux pieds sur la bavette du poêle. Autre irritant: on dort par terre. Résultat: dans le gros froid hivernal, on sentait peu la chaleur du poêle. Pour une bonne nuit, un sac de couchage hivernal s'avère donc indispensable. Finalement, les toilettes les plus proches se trouvent à la salle communautaire. Marcher un demi-kilomètre de nuit pour aller se soulager, disons qu'on peut rêver à mieux.

 

Mais bon, du camping, en mode coureur des bois, exige quelques sacrifices. Mes solutions pour une nuitée plus agréable: apportez de bons matelas de sol, vos chaises pliantes, sans oublier un petit pot de chambre! La réservation d'une tente coûte 66$ par nuit.

 

Info: www.sepaq.com/pq/oka