Histoire La Pharmacopée Ancestrale

Histoire  La Pharmacopée Ancestrale

 

Actuellement on parle beaucoup de thérapies alternatives, de médicaments à base de plantes. Mais d'ou viennent-elles ? Qui les a découvertes? Depuis quand sont elles utilisées ? Et par qui ?

Voila beaucoup de questions.

De l'Amazonie aux contreforts andins des chercheurs recensent les plantes médicinales utilisées par les communautés indignées et luttent pour sauver leur savoir millénaire de l'oubli.
De Taïwan en passant par Kalahari ou le Burkina Faso je vais essayer de vous faire faire un voyage à l'aide de plusieurs articles, au cœur des savoir ancestraux qui suscitent la curiosité des scientifiques occidentaux et la convoitise des certains laboratoires pharmaceutiques mais aussi l'espoir de divers pays.

Vous pouvez vous aussi  ajouter vos articles, vos idées, votre point de vue,

 Concernant ce sujet

MACHIGUENGA ETHNOBOTANIQUE :

 

UNE ÉTUDE COMPARATIVE DE DOUZE ANS

 

Les Machiguenga ont la connaissance de plus de trois cents espèces des plantes médicinales qui sont efficaces pour traiter une grande variété de problèmes de santé, y compris des maladies communes telles que la diarrhée, la fièvre, le mal de tête, les blessures et les infections fongiques aussi bien que pour des usages plus ésotériques tels que dissiper des cauchemars, pour calmer un conjoint fâché, pour empêcher des bébés de pleurer la nuit et pour améliorer les qualités des chasseurs et de leurs chiens de chasse 
 
  
 
 
Glenn Shepard a vu plusieurs personnes efficacement guéries des piqures de serpents en utilisant des herbes. Il a même  été guéri de lésions tenaces de la "leishmaiase tropicale"  en utilisant des médecines traditionnelles  Machiguenga.

 
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Il est certain que plusieurs de ces remèdes aient des propriétés empiriques qui justifient leur utilisation dans la médecine Machiguenga. De ces derniers, certains peuvent avoir des demandes de médecine globale.

Les médecines des herbes traditionnelles ont apporté au monde des drogues importantes telles que l'aspirine, la quinine, le curare, la réserpine, l'atropine, la morphine et plus récemment des drogues telles que le vinblastine et le taxol pour le cancer. Beaucoup de chercheurs espèrent que de nouvelles drogues importantes attendent pour être découvertes dans les forêts tropicales des tropiques.

La connaissance médicinale du peuple autochtone et tribal est une source importante pour guider la recherche pharmacologique. Pourtant des indigènes ont été rarement récompensés pour leurs contributions.
  Il y a eu discussion  récemment au sujet des droits de propriété intellectuelle des communautés indigènes (IPR) pour une telle connaissance traditionnelle. Mais la législation courante favorise les intérêts des entreprises privés anonymes et des nations occidentales  plutôt que ceux des communautés indigènes. Ceci constitue une forme d'"biopiracy" à sens unique dans  la quelle  la connaissance indigène est considérée libre et public, tandis que la connaissance des chercheurs pharmaceutiques est privée et protégée par la législation des brevets. Des avances ont été faites en protégeant les droits des pays tropicaux sur des ressources biologiques de leurs territoires nationaux, mais les droits  des indigènes, leurs ressources propres et territoires est rarement pris en considération.
Glenn Shepard a commencé à lancer un plan à long terme d'étude ethnobotanical qui inclura un contrat formel garantissant le retour des avantages aux communautés indigènes. Jusqu'ici, aucun accord n'a été fait entre les  Machiguenga ou le parc de Manu avec  quelque organisation ou  chercheur au sujet de l'étude pharmacologique des médecines  Machiguenga. Jusqu'à ce que de tels accords soient formalisés et approuvés par les communautés locales, un chercheur responsable doit faire attention à ne pas éditer des informations prématurément spécifiques sur les plantes originaire et leurs utilisations, puisque ce serait une violation de la propriété intellectuelle des indigènes, et une violation des principes moraux de
 base d'ethnobiologie moderne, un nouvel ethnobiologie pour le vingt et unième siècle
 
 
 
Pour ces raisons, Glenn Shepard a focalisé sa recherche récente pas sur l'analyse pharmacologique des médecines indigènes, mais sur la façon dont les indigènes perçoivent les propriétés curatives de leurs plantes médicinales. Les Machiguenga et les Yabashta - Yaminahua ont été choisis pour cette étude comparative parce que, les territoires adjacents,  appartiennent à différentes familles de langue et n'ont pas agi l'un sur l'autre jusque récemment. Glenn Shepard a prêté une particulière attention à la façon dont les deux groupes ont classifié les propriétés médicinales des plantes telles que le goût, odeur, couleur, texture, et ainsi de suite.
Étonnamment, les deux sociétés se sont avérées pour avoir des idées très différentes au sujet des propriétés curatives des plantes. Le Machiguenga classifient leurs médecines la plupart du temps selon les propriétés toxiques (amertume, âcreté, causticité) qui maîtrisent et expulsent des maladies. Les thés amers sont importants pour (l'administration des herbes). L'ethnomedicine de Yabashta est basé  sur  les "signatures" liées à leurs utilisations médicinales : les plantes  pour des douleurs pointues, rose  pour "l'œil rose", les plantes avec la sève rouge pour le  traitement du sang, et ainsi de suite. Ces médecines ne sont presque jamais prises comme thés, mais sont plutôt appliquées en tant que plâtres chauds. L'amertume, si crucial dans la médecine  Machiguenga, est à peine une issue dans la médecine de Yabashta. Ceci ne signifie pas que les médecines de Yabashta ne fonctionnent pas. En fait, le Yabashta ont un certain nombre de plantes intéressantes utilisées pour traiter des tumeurs, particulièrement les tumeurs de sein, et pour la grossesse des contraceptifs  et  des stimulants.
En étudiant comment les indigènes comprennent leurs propres médecines, nous gagnons en perspicacités dans la façon dont la médecine humaine pourrait avoir évolué. Nous pouvons trouver des indices pour découvrir de nouvelles médecines pour notre propre société. Nous gagnons également une meilleure appréciation de la grande diversité culturelle des peuples d'Amazone et de la diversité biologique des forêts tropicales, et en perspicacités dans la façon dont ceux-ci peuvent être préservés.


http://www.pbs.org/edens/manu/native2.htm

Les Nouveaux Visages de la Médecine Traditionnelle
De
Cyrille Louis

 

Chamans de Sibérie, herboristes des Andes, acupuncteurs chinois « tradipraticiens » d’Afrique noire ou magnétiseurs du midi de la France : longtemps dénigrées – et souvent muselées- par la science occidentale, les médecines traditionnelles vivent aujourd’hui une seconde jeunesse. Ces techniques accessibles et relativement peu coûteuses dans les pays du sud, sont désormais perçues dans les sociétés développés comme une alternative à l’approche médicale hospitalo-universitaire. Signe de ce changement, l’organisation mondiale de la santé (OMS) multiplie actuellement les initiatives pour en promouvoir, à travers un plan d’action 2002-2005, « l’intégration dans les systèmes de santé tout en garantissant l’efficacité et l’innocuité des thérapeutiques utilisées. »
Il faut dire que dans les pays pauvres, où les structures sanitaires sont le plus souvent exsangues et les soignants peu nombreux, guérisseurs et autre « tradithérapeutes » apparaissent comme la solution face aux grands problèmes de santé publique. On estime ainsi que 80% de la population africaine se traite en première intention en recourant à la médecine traditionnelle. Et pour cause : tandis que l’Ouganda, par exemple, compte cent fois plus de guérisseurs (1 pour 200 habitants) que de médecins diplômés (1 pour 20 000), on estime que les Ghanéens ne consacrent chaque année que 6 dollars en moyenne à leur dépenses de santé – soit le prix d’un unique traitement antipaludéen commercialisé par l’industrie pharmaceutique. Selon un rapport publié en 1998par le programme international Roll Back Malaria 60%des petits maliens souffrant de fièvres récurrentes seraient ainsi exclusivement traités par les guérisseurs.
La misère, cependant, n’explique pas tout. En chine par exemple, il est vraisemblable que le prestige de la médecine traditionnelle et sa profonde intrication dans les modes de vie  de la population contribuent largement au fait qu’elle compte, aujourd’hui encore pour 40% des soins délivrés. A lui seul le pays recenserait quelques 525 000 « tradipraticiens », 2 500 hôpitaux spécialisés en phylothérapie, acupuncture ou moxibustion – une technique de cautérisation lente par application d’une poudre obtenue en broyant des feuilles d’armoise et 170 instituts de recherche consacrés à l’étude de recherche consacrés à l’étude de ces pratiques.
Dans les pays riches, l’intérêt pour les médecines alternatives va également croissant. « Souvent surnommées « douces » par des populations qu’effraye une dure technique faisant abstraction des sentiments tant du médecin  que de son malade, ces médecines complémentaires ont introduit dans les sociétés industrialisées ce souci de l’autre qui constitue le fondement de l’éthique. » analyse l’anthropologue Claudine Brelet (Médecines du monde, robert Laffont 2002). A ce jour, on recense ainsi 15 000 acupuncteurs en Europe, tandis qu’une part importante des populations australiennes (48%), canadienne (70%) ou française (75%) déclare avoir consulté un « tradithérapeute » au moins une fois dans sa vie – notamment pour traiter des problèmes des dos, de refroidissement, de vertèbres, d’anxiété ou de dépression .Soucieux de garantir l’innocuité de ces outils thérapeutiques alternatifs par une véritable politique d’évaluation plusieurs pays occidentaux se sont récemment dotés de structures de recherche spécialisées. Aux Etats-Unis, le Centre national pour les médecines alternatives et complémentaire dispose ainsi d’un budget annuel de 2,7 milliards de dollars (un peu moins de 2,5 milliards d’euros). Il faut dire que l’enjeu est de taille : « le préjugé selon lequel la médecine traditionnelles est sans danger n’est pas exact », souligne en effet Vladimir Lephakine, directeur général adjoint du centre de surveillance de l’OMS à Uppsala, en Suède. Rien qu’en 2002, 854 notifications d’effets indésirables liés à des médicaments traditionnels ont été recensées n’en Chine. Or la recherche académique sur les propriétés de ces produits demeurait, encore tout récemment, embryonnaires : entre 1966 et 1996, les articles sur la médecine alternative ne représentaient en effet que 0,4% des publications recensées par la banque de données américaines Medline.
Sanitaire, l’enjeu est également commercial. On estime en effet que le marché mondial des herbes médicinales pèse actuellement quelque 60 milliards de dollars et se développe à grande vitesse. Un développement qui, comme l’a abondamment démontré plusieurs cas de bio piraterie en Amérique du Sud, s’opère souvent en contradiction avec le respect de la biodiversité et la protection de la propriété intellectuelle. « de plus en plus, déplore l’OMS. Il apparaît que les connaissances en matière de médecine traditionnelle sont privatisées, adaptées et brevetées par des scientifiques et des industriels sans compensation pour les gardiens de ce savoir – et sans leur consentement informé ».

 

Lu dans le Figaro du 3 Août 2004

Ouagadougou, des racines contre la misère
Par Cyrille
Louis

 

Aux premières fièvres, Idrissa est allé consulter le guérisseur de son village. Sans succès ; avec le temps, les crises se sont faites plus fréquentes, pour bientôt se doubler de violents maux de ventre et, parfois d’interminables diarrhées. Alors, le jeune homme a pris la route, et s’est rendu au plus proche dispensaire, à une journée de voyage de chez lui. Mais là encore, les médecins ont échoué à le soulager. Si bien que le 23 novembre 2001, il s’est résolu à laisser derrière lui sa famille et ses champs pour traverser les quelques 200 Kms de brousse qui séparent sa province peule, située au nord du Burkina Fasso, de la capitale.
Depuis ce jour, Idrissa vit dans la banlieue de Ouagadougou à l’abri d’une courette ombragée au sol de terre battue, coincée entre la maison du « tradithérapeute » Moussa Konfé et la case qui lui sert de cabinet médical. »Je suis venu voir M. Konfé parce qu’on sait, jusque dans ma province, qu’il est capable de soigner les maladies les plus résistantes. » Raconte en langue moré ce grand jeune homme, qui, malgré son visage émacié, affiche aujourd’hui un regard serein et reposé. « Grâce à lui ma santé s’améliore régulièrement et je sens que je pourrai bientôt rentrer chez moi » Comme Idrissa, trois autres patients au long cours ont établi leurs quartiers chez le guérisseur pour bénéficier de ses soins – en plus d’une quinzaine de malades qu’il déclare recevoir quotidiennement.
Moins ce qu’il s’est engagé à faire en acceptant de collaborer à la nouvelle politique de santé publique, élaborée, ces dernières années, par le gouvernement Burkinabé.

 

Un Annuaire des Guérisseurs

 

Mal aéré par un ventilateur souffreteux, le bureau d’Eloi Sonné étouffe sous la paperasse accumulée depuis la création en octobre 2002, d’une direction de la promotion de la médecine et pharmacopée traditionnelle au sein du ministère de la santé. Sa mission favoriser l’intégration des « tradithérapeute » au sein d’un système sanitaire qui s’affaisse sous le poids de la misère. Au Burkina Fasso, ou les dépenses annuelles de santé par habitant représentent à peine l’équivalence de 27 dollars, on recense en effet moins de quatre médecins pour 100 000 habitants – tandis que l’espérance de vie ne dépasse pas 41 ans.
« «  Dans ce contexte très difficile, nous avons compris ces dernières années qu’il est impossible d’affronter les grands défis de santé publique sans nous appuyer sur toutes les forces disponibles. » explique Eloi Somé. Or les « compris », jadis contraints de pratiquer dans la clandestinité par les colonisateurs français, sont aujourd’hui omniprésents : le gouvernement en recense 40 000 et le commerce des plantes médicinales au Burkina Fasso représenterait chaque année, selon une récente étude  menée par la banque mondiale un chiffre d’affaire de plus de 10 milliards de francs CFA (environ 15 millions d’euros)
« Le problème, c’est qu’il nous faut surmonter la méfiance des guérisseurs pour les convaincre, par exemple, de ne pas utiliser certaines pantes toxiques et de respecter des normes d’hygiène. » précise Théophile Kamanga ouedraogo, président de l’antenne burkinabé de l’association panafricaine Prometra, ce jeune homme joue en quelque sorte le rôle d’intermédiaire entre les fonctionnaires du ministère et les guérisseurs. Grâce notamment, à sa médiation, Eloi Somé et ses collaborateurs ont déjà procédé au recensement de quelques 800 « compris » qui ont accepté de compléter puis de renvoyer des fiches de renseignement sur leur activité.
A terme, le Burkina Fasso devrait accoucher d’un système d’agrément visant à exclure les « charlatans ». A commencer par ceux dont les services sont vantés sur les ondes radiophoniques, que le ministère tient tout spécialement dans sa ligne de mire. « On ne peut plus laisser ces personnes sans scrupule abuser de la naïveté des malades », s’indigne Eloi Somé. D’après les données fournies par le recensement les plus exigeants réclameraient jusqu’à 15 000 francs CFA par consultation (environ 23€) – certains étant présentés comme des fonctionnaires à la retraite ou des commerçants en faillite qui invoquent un « don de Dieu » pour appâter le client.

 

Des plantes contre le VIH

Echoué en bordure d’une piste à la sortie de Ouagadougou, le dispensaire Sainte-Camille héberge un programme pilote de recherche auquel participent pour l’heure 200 burkinabés séropositifs. Objectif : tester l’efficacité de médicaments à base de plantes visant à améliorer l’état général de patients qui n’ont pas encore développé une phase aiguë de la maladie.
« Il s’agit d’explorer une piste qui nous permettra peut être un jour de contourner une partie du problème posés par le prix des médicaments antirétroviraux ». Explique Joseph  Dabogo Sia, médecin dépêché dans ce centre médical de Ouagadougou pour superviser le programme. Défait, on estime que seule 675 malades – sur les 350 000 porteurs du VIH recensés au Burkina Fasso par l’organisme Onisida –bénéficient  actuellement d’une trithérapie. Une situation qui, malgré la récente signature d’un accord entre le ministère Burkinabé de la santé et le fabricant indien des médicaments génériques Cipla, ne devrait s’améliorer qu’en partie : à terme, le traitement aujourd’hui commercialisé pour le prix de 40 000 francs Cfa (61€) ne bénéficiera en effet qu’à 50 000 malades selon les projections officielles.
Financé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le projet mené à Sainte-Camille vise dans un premier temps à évaluer cinq cocktails de plantes conçus, dan le plus grand secret, par plusieurs « tradipraticiens » choisis en fonction de leur réputation dans le pays. A chaque visite, les patients subissent toute une batterie d’examens biologiques –notamment une mesure de la charge virale et un comptage des lymphocytes CD4, qui permettent de déterminer le degré de l’avancement de la maladie. « Lorsque le nombre de CD4 tombe en dessous de 200 par millilitre de sang, on essaye de trouver une solution pour placer le patient sous trithérapie, explique Joseph Dabogo Sia. Au-dessous, on prescrit les produits traditionnels dont certains, ont, jusqu’à présent, montré une certaine efficacité à combattre les diarrhées, les dermatoses, et même à faire remonter le taux de CD4. »
Faute de moyen pour étudier ces produits selon les normes internationales, les résultats actuels sont considérés comme très préliminaires, quoique encourageants. En outre, le mode d’action de ces plantes médicinales demeure inconnu, de mêmes que les effets éventuels d’une interaction avec des médicaments antirétroviraux. « Mais il apparaît désormais clair que l’Afrique peut tirer profit de sa pharmacopée traditionnelle pour tenter de résoudre à sa manière une partie de ses problèmes de santé publique –sans attendre d’avoir es moyens de s’offrir un jour le même système de santé que les pays riches. » estime Théophile Kamanga Ouedraogo.

 

Un jardin Pharmaceutique

 

C’est à une trentaine de kilomètres de Ouagadougou et de son vacarme que se niche, au cœur d’un écrin invisible depuis la grande route, le jardin de la coopérative Phytosalus. Là une quarantaine de salariés travaillent toute l’année à la culture et à la récolte de quelque 150 variétés de plantes médicinales, puis à leur transformation et à leur conditionnement. Pêle-mêle, le laboratoire produit des traitements à base de dalbergia (contre le paludisme), de ricin (contre les dermatoses) de sanseviera (antiseptique) ou d’aloé vera (contre le cancer). L’objectif étant de fournir aux habitants de la capitale des médicaments efficaces contre les pathologies les plus fréquentes à des tarifs abordables.
« Nous œuvrons pour la santé de la population et particulièrement des plus démunis », explique Thomas Campaoré, directeur adjoint du dispensaire Phytosalus de Ouagadougou, où sont commercialisés ces produits naturels. Assurées par des radiesthésistes, leurs consultations y sont gratuites mais les médicaments facturés entre 200 et 5 000 francs Cfa (environ 30 centimes à 8E). L’objectif de la coopérative étant d’en assurer l’évaluation en collaboration avec le ministère de la Santé, afin d’obtenir à terme des autorisations de mises sur le marché en bonne et due forme – pour l’heure facultatives.
Et une protection légale de leurs recettes contre l’éventuel appétit de laboratoires concurrents

 

Lu dans le figaro du mardi 3 août 2004-08-20
Thérapies alternatives à travers le monde, la science du XXIe siècle tente de comprendre, voire de s’approprié, les savoirs ancestraux.

 

 

 P.S. : Le commerce des plantes médicinales au Burkina Faso représenterait chaque année un chiffre d’affaires de plus de 15 millions d’euros

 

Main basse sur les plantes médicinales
Par Cyrille Louis.

 

Malgré la signature en 1992, de la convention de Rio sur la diversité

Biologique – le texte vise à protéger les communautés indigènes

Détentrices de savoirs ancestraux contre toute tentative de pillage -,

On ne compte plus les affaires de bio piraterie dénoncées ces

Dernières années par divers peuples d’Amérique du sud, d’Afrique ou

D’Asie. Dans un rapport publié en 1999, l’organisation non

gouvernementale Rural Advancement Foundation International recense

Ainsi pas moins de 147 cas d’appropriation suspecte attribués tant à

Des universitaires qu’à des chercheurs de l’industrie pharmaceutique.

En voici quelques exemples.

 

Un brevet sur le margousier d’Asie
Mieux connu en inde sous le nom de « neem », cet arbre est utilisé

Depuis plusieurs millénaires pour ses  propriétés médicinales et

Insecticides. Les médecines traditionnelles du sous-continent

Emploient pêle-mêle ses graines, son écorce, ses racines et son fruit

Pour traiter des maladies virales, respiratoires, parasitaires ou

Dermatologiques. Conséquence : ce végétal attise depuis plusieurs

Décennies la convoitise des firmes pharmaceutiques. Au début des

années 90, le département américain de l’agriculture a ainsi tenté

D’obtenir un brevet international sur un composé de la plante afin de

Développer in produit fongicide. Démarche finalement rejetée par les

Autorités européennes, mais qui a fini par aboutir aux Etats-Unis et

au japon.

 

Rapt avorté de Curcuma Longa

La médecine ayurvédique (1) utilise depuis plusieurs siècles la racine

orangée de cette plante pour ses vertus cicatrisantes et

anti-inflammatoires, notamment dans le traitement des entorses et

autres lésions internes. Or, en 1995, deux chercheurs de l’université

du Mississipi ont déposé un brevet portant spécifiquement sur

l’utilisation de ce végétal comme cicatrisant sur les plaies externes

–en laissant entendre que cette application n’avait pas été étudiée

par la médecine indienne. Cette démarche, si elle s’était révélée

concluante, aurait interdit aux firmes indiennes de commercialiser des

pommades anti-inflammatoires à base de « Curcuma Longa ». Mais le

gouvernement de New Delhi a contesté cette appropriation et obtenue

son annulation, y compris par les juridictions américaines.

 

Hold-up sur le « Viagra » andin.

Traditionnellement utilisée comme aphrodisiaque par les Péruviens, la

maca (Lepidium meyenii), plante crucifère jadis en voie d’extinction,

fait actuellement l’objet d’une féroce bagarre entre plusieurs

sociétés américaines intéressées par le développement de médicaments

contre les dysfonctions érectiles. Pour tenter de s’approprier de

possibles bénéfices, ces firmes ont déposé des brevets basés sur des

procédés d’extraction prétendument novateurs. Démarche qui pourrait,

en cas de succès, avoir pour conséquence de spolier les communautés

indigènes.

 

 

Lu dans le Figaro du 05 Août 2004

 

(1) La Médecine Ayurvédique (étymologiquement science de la

vie), utilisée en Inde, pendant les derniers 5.000 ans, est un système

de diagnostic thérapeutique, comprenant des remèdes, qui combinent les

thérapies naturelles, avec une approche très personnalisée pour le

traitement de plusieurs pathologies.

La Bolivie se bat contre le pillage biologique

 

VOLEURS DE PLANTES

A la recherche de nouvelles molécules, des scientifiques étrangers n’hésitent pas à soutirer aux chamans leurs secrets ancestraux de guérisseurs pour ensuite déposer des brevets pharmaceutiques.

La Paz envoyé spécial

Dans les paniers de don Miguel Cuellar, il y a  d’insoupçonnables trésors. Ecorce de cuchi, graisse de tigre, graisse de chèvre. Trois ingrédients qu’il mélange pour obtenir une pommade cicatrisante. Et des feuilles séchées, des champignons, des bulbes et des racines…Pour bénéficier de ses soins, les malades viennent de plusieurs centaines de kilomètres alentour. Il a établi son laboratoire dans cette baraque en torchis où se côtoient magie et chimie de tout un arsenal de plantes médicinales et de graisses animales. La pharmacopée traditionnelle.

C’est ici, dans la région d’Izozog, à l’est de la Bolivie, que ses ancêtres guaranis ont cultivé un savoir unique. Qu’ils ont gravi les sentiers escarpés à la recherche de drogues souveraines. « J’avais 5 ans lorsque mon oncle a décidé de me transmettre sa connaissance médicinale des plantes, dit don Miguel. Pendant quinze ans il m’a tout expliqué, tout appris. » La soixantaine, le visage carré, don Miguel est aujourd’hui l’un des chamans les plus réputés de Bolivie. Et se sent menacé, comme tous les chamans des trente-sept communautés indigènes de Bolivie. Don Miguel redoute le pillage par les laboratoires des pays riches. « Des représentants de sociétés étrangères sont venus ici plusieurs fois. Ils voulaient savoir comment j’utilise mes plantes pour soigner mes malades. J’ai parlé franchement. J’ai donné beaucoup de mes secrets. » Qu’a-t-il eu en échange ? A peine un merci : « Maintenant nous n’avons plus besoin de toi, nous avons les plantes, nous savons à quoi elles servent…Nous n’avons plus besoin de toi, don Miguel. »

 

 L’OR VEGETAL

Comme la plupart des chamans, il en savait peut-être trop. Que les trois quarts des médicaments modernes sont issus de la flore sauvage. L’industrie pharmaceutique a toujours puisé dans les herbiers amazoniens, andins ou de chaco oriental de la Bolivie, comme dans le reste de l’Amérique latine, de l’Asie ou encore de l’Afrique…

Il sait aussi que l’inventaire des richesses  végétales est loin d’être terminé. Et que, plus on s’éloigne des pôles, plus le nombre de ces plantes si prisées augmente. Don Miguel est un intuitif. Il a vite compris pourquoi les « gens de la science moderne » se sont intéressés à lui ou à d’autres  guérisseurs. « Parce qu’ils cherchent les molécules de demain, celles qui soigneront les cancers ou les maladies à virus. » Celles, surtout, qui rapporteront   beaucoup d’argent. « Et pour ça, ils ont besoin de gens comme moi » dit-il. Un intérêt à sens unique. » Une fois qu’ils savent, ils repartent. Font des manipulations génétiques de nos plantes. Déposent un brevet du principe actif. Et deviennent les propriétaires, à l’autre bout du monde, de ce que nous savons et de la végétation qui nous entoure. »

A la Paz, les autorités boliviennes commencent aussi à s’inquiéter du vol systématique des ressources génétiques. La prise de conscience a commencé il y a quelques années. En 1995, le gouvernement découvre le biopiratage d’une plante originaire de Bolivie, l’apelawa. Cette variété du quinoa, utilisée par les paysans aymaras et quechas pour soigner la stérilité masculine, vient alors d’être brevetée. Par la société américaine Hoesing Pedro Avejera-Betarte, du Vaipo, le ministère des peuples indigènes et du développement durable, résume ainsi cet épisode.

« Les chercheurs américains n’avaient fait aucune découverte pour inventer l’apelawa quinoa. Ils se sont contentés de venir la cueillir ici en Bolivie et d’en décortiquer la séquence génétique pour devenir les propriétaires du principe actif nutritionnel et médicinal. »  L’épilogue, cette fois,  a été plutôt heureux. « On l’a su, on est parvenu à faire annuler le brevet. Mais Pedro Avejera-Betarte sait qu’il lutte à armes inégales. Et s’interroge : « combien d’autres brevets de plantes biopiratées en Bolivie ont été déposés à notre insu ? » Il sait qu’in Bolivie, les histoires de biopiraterie végétale se ressemblent souvent.

 

L’APPAT DU BILLET VERT
Récemment, les Aguaratis, une population indigène d’Izozog, ont vu débarquer un supposé éthnobotaniste. L’homme proposait une misère – 1 boliviano, environ 1 francs – contre chaque plante médicinale que les Aguaratis lui donnaient. Et une majoration de 10 bolivianos à ceux qui en livraient le principe thérapeutique. « Lorsque les responsables de la communauté aguarati ont su ce qui se passait dans leurs villages, il était déjà trop tard », assure Annie Oehlerich, représentante d’Ibis, une ONG danoise qui s’illustre dans la défense des intérêts des communautés boliviennes. « Le « savant » étranger s’était volatilisé avec quelques plantes en poche. »

Un tel cas illustre toute la difficulté pour les peuples indigènes à protéger leurs