Le Tourisme Autochtone au Québec

Rappel : Quelques 71 000 autochtones vivent au Québec, en comptant les communautés Inuit du Nunavik, la région la plus septentrionale de la province. On dénombre onze groupes indigènes (dix amérindiens et un inuit), dispersés sur une zone géographique qui s’étend sur un million de kilomètres carrés de terres vierges. Il y a trois grands groupes linguistiques, le principal étant l’algonquin, qui regroupe huit tribus nomades parlant chacune une variante de la langue : les Abenakis, les Atikameks, les cris et les Naskapis. La seconde famille linguistique est l’iroquois, pratiqué par les nations Mohawks et Huron-Wendat, et la troisième est l’inuit.


Loin des circuits touristiques partir au pays des chercheurs d’or, passer une nuit dans une cabane ou partager des souvenirs de chasses avec des Amérindiens ou bien embarquer pour une croisière organisée par les Inuits et découvrir les terres menacées par le réchauffement climatique. Voilà une façon  de visiter le Québec.
Découverte écologique, voyage ethnoculturel, raid aventure, le tourisme autochtone est devenu très tendance.
Pour le Canada le tourisme dit autochtone est une importante ressource économique qui ne brasse pas moins de 500 millions de dollars par an et devrait enregistrer une croissance de 50% d’ici 2020.
Le Québec bénéficie aujourd’hui de l’engouement pour ce type de tourisme, notamment de la part des Européens et des Américains.
Depuis une dizaine d’années, les nations Autochtones se sont reliées au reste du monde par l’intermédiaire des outils technologiques. Les chefs des communautés ont pris conscience de la demande « d’authenticité » qui attire tant de personnes. Il n’y a en effet rien d’étonnant à ce que les citoyens du monde, de plus en plus concentrés, dans des zones urbaines, rêvent d’explorer ces espaces naturels, où l’homme est en phase avec les mouvements de la planète et où la faune abonde. Pour certains, ces échappées ont tous les caractères du tourisme spirituel. Le monde « civilisé » ne s’y intéresse pourtant que depuis peu. Le nombre de touristes qui viennent au Québec témoigne de cette reconnaissance tardive, et les 95 partenaires du tourisme autochtones québécois, commencent à sentir le décollage de leurs activités ; pour la simple et bonne raison, que le tourisme Autochtone répond exactement  à ce que cherchent ces voyageurs ;
L’hospitalité est un critère fondamental pour toutes distinctions touristiques. Les communautés Amérindiennes ont  bien des longueurs d’avance sur n’importe quelle station touristiques classiques. Car les gens des Premières Nations ont toujours entretenu leur tradition d’accueil, recevrant les bras ouverts chez eux (nombreux d’entre vous on déjà pu le constater) dans leurs villages les gens de passage. Ce marché de riche dispose d’une offre inépuisable d’expériences passionnantes, mêlant aventures, vie au grand air et loisirs. Entre les rencontres humaines, les cérémonies et les fêtes sacrées, il n’y a pratiquement aucune limite à ce que peut vivre un voyageur, seul ou en groupe, parti à la découverte des nombreux attraits des Premières Nations

Lors de ces voyages on vous propose un voyage très nature

 

Loin des circuits en pullman et des croisières qui s’amusent, le tourisme autochtone propose à une clientèle en manque de nature une expérience des grands espaces assorties d’une découverte culturelle

En voilà un exemple  expérimenté par Gregory B. Gallagher

Pendant des siècles, les colons ont ignoré la réalité culturelle des Premières Nations d’Amérique du Nord. Aujourd’hui, les choses ont  changé. On rêve maintenant de ramener des souvenirs d’une expérience viscérale, impliquant aussi bien le corps que l’esprit, ancrés dans un cadre naturel et imprégnés dur respect de l’environnement et des gens qui y vivent. Ce type de voyage est profondément intime et avant le départ, chacun doit s’y préparer très sérieusement.


 
Wemindji est une communauté située à la bouche du fleuve de Maquatua le long de la côte est de James Bay.. Avec une population de 1.200 Wemindji est l'une des neuf communautés de Cree situées dans le Québec nordique

 

 Il y a quelques temps, j’étais de passage dans le village cri de Wemindji *, une bourgade de 1253 âmes posée en bordure de la rivière Maquata qui, non loin de là, va se jeter dans la baie James Le chaman (*) du village  m’invite à assister à une cérémonie du lever du soleil. Je ne suis pas vraiment du matin et du coup, j’hésite un peu. Mais je finis par accepter et je me promets de ne pas remettre la tête sous la couverture. Quand mon réveil sonnera à cinq heures moins le quart, demain matin.
En réalité j’ai les yeux grands ouverts avant même que la sonnerie ne retentisse et, sautant du lit, je m’habille en un clin d’œil et file vers le lieu de rendez-vous, sur la berge, à coté d’un grand tipi. Je ne suis pas le premier et en fin de compte, nous serons seize ce matin là. Notre chaman*, lui arrive avec vingt bonnes minutes de retard et gare son 4x4 dans un crissement de pneus. Je jette un coup d’œil furtif à son poignet : non, il n’a pas de montre. A croire que ses jours et ses nuits sont règles par quelques horloges interne mystique. Il transporte ses instruments cérémoniels dans une couverture noire et rouge nouée en ballot par des lanières de cuir. Il  descend de sa camionnette sans un mot et nous gratifie d’un petit signe de tête en passant. Puis il commence ses préparatifs tandis que notre petit groupe attend en bavardant, tasse de café à la main.
Monsieur chaman*  a en fait un nom : il s’appelle Earle. Nous l’observons du coin de l’œil. Une bulle de sécurité semble l’envelopper lorsqu’il décroche sa hachette de sa ceinture, s’agenouille et se met à couper du petit bois pour le feu cérémoniel. Cette phase préparatoire se joue en solo, sans fanfare, et doit se dérouler à l’abri des objectifs photographiques. Earle nous prévient qu’avant de commencer il nous dira à quel moment nous pourrons faire crépiter les flashes.
Il manie sa machette luisante de ses grandes mains calleuses, d’un geste rapide et précis. Son regard ne quitte jamais la bûche de cèdre dont il débite les copeaux pour faire du bois d’allumage. Il tourne et retourne la bûche, choisissant méticuleusement l’endroit où il veut prélever chaque éclat. Earle continue à aire cogner sa lame jusqu’à ce que sa pile de petits bois ressemble exactement à ce qu’il avait prévu : un cône en forme de tipi, prêt à être allumé. Il demande le silence et craque une allumette sous le tas de bois de cèdre. Il étend sa couverture noire et rouge près du feu, révélant ses instruments cérémoniels : une grande plume d’aigle, un coutelas de chasse dans son étui de cuir, un petit bouquet d’herbe à bison, un long calumet de bois avec un fourneau de pierre rouge, sa petite hachette, une boite d’allumettes au logo de la Eddy company et une blague à tabac en daim contenant du Kanikanik, un mélange de tabac et d’herbes. Par la suite, il ajoutera à sa panoplie un tambourin et une mailloche. Beaucoup de tribus des Premières Nations utilisent de la racine de poussé dans leur mélange de Kanikanik , une plante appréciée depuis les temps les plus reculés pour ses vertus antirhumatismales et astringentes. Earle, lui a choisi de l’armoise de l’ouest, cueillie dans les grandes pairies canadiennes. Cette herbe de choix sert à bénir les instruments rituels intervenant dans les cérémonies de ‘l’onction » qui sont passés un a un dans la fumée que dégage le Kanikanik sur le feu. Si quelqu’un dans l’assistance entretient des pensées négatives, alors on brûle un champignon de la région pour les éloigner. Le bois de cèdre commence à brûler et Earle nous entreprend de nous expliquer le sens de chacune des phrases de cette très ancienne coutume de salut au soleil levant. A peine a-t-il entamé son monologue qu’au loin les premières lueurs de l’aube éclairent la ligne d’horizon.

Un calme impressionnant s’est installé tout autour de nous. Même les oiseaux se sont tus. Earle est un homme de forte stature, qui fait son bon mettre quatre vingt et doit peser plus de cent kilos. Il a des yeux brun foncé et sa voix grave et profonde résonne lorsqu’il entonne ses incantations sur un ton calme et doux. Notre petit groupe resserre le cercle autour de lui et un sentiment d’intimité se crée. Nous avons soudain l’impression de ne faire plus qu’un avec Earle, le feu, la rivière, les arbres, le ciel, la faune et avec les autres membres de l’assistance.

Earle attrape son calumet posé sur la couverture, prend sa blague en daim et commence à tasser le Kanikanik , dans le fourreau de pierre rouge, le bourrant assez pour permettre à chacun de tirer une bouffée de tabac aromatisé. La pierre rouge est dédiée à l’aigle, l’oiseau qui vole le plus haut que tous les autres au monde et dont la plume évente constamment le feu de cèdre au début de la cérémonie.
Earle nous demande de prononcer une prière pour rendre grâce à cette nouvelle journée tandis que nous commençons à fumer le calumet, le passant à notre voisin d gauche. Il nous invite à rendre hommage aux « sept directions », les quatre points cardinaux : le nord (l’air), l’est (le feu), le sud (la terre), et l’ouest (l’eau) ; et les trois      directions sacrées : la Terre, l’Univers et le Créateur (ou le Grand Mystère).
Pendant ce rituel solennel, j’observe avec un certain amusement ces seize individus (des hommes pour la plupart, branchés et urbains) qui cherchent maladroitement à prendre le long tuyau en bouche, essaient de tirer dessus assez fort pour que le kanikanik  continue de se consumer mais, en novice, ne savent pas trop s’il faut aspirer fort ou doucement, et ce, tout en essayant de remercier à voix basse les énigmatiques « sept directions ».
La plupart des participants semblent se prêter de bonne grâce au jeu, fermant les yeux, prenant une mine grave et sincère pour tenter de respecter à la lettre les instructions d’Earle. Je ne peux m’empêcher de me demander comment nous autres, citadins, avons réussi à perdre tout contact avec la Nature au point d’avoir l’air aussi maladroits et gauches lorsque nous effectuons un geste aussi simple que fumer une pipe avec un groupe de spectateurs. Tandis que le calumet passe de main en main, je me rends compte que c’est justement là une des raisons pour lesquelles le tourisme autochtone revêt une telle importance. Il s’agit de faire en sorte que les participants sentent leur propre corps, qu’ils retrouvent le contrôle de leurs gestes et que, l’espace d’un instant, ils renouent avec eux-mêmes.
Tandis que Earle nous explique le sens des éléments rituels, les mouettes et les chiens se mettent à chanter à tue-tête, comme si un signal invisible leur avait été donné. Le Soleil pointe maintenant au dessus de l’horizon. Dans une explosion de rayons dorés qui enflamment la cime es arbres et irisés le bout de l’aile des oiseaux qui passent au dessus de nos têtes. « Le premier remerciement est adressé à notre Créateur, qui nous donne la lumière du soleil pour nous fournir ce dont nous avons besoin pour survivre, comme la nourriture, la chaleur et l’eau, annonce Earle, Jour après jour, le soleil se déplace d’est en ouest, de la même façon que le fil de note vie se déroule : au début nous naissons, puis nous voyageons, portés par nos expériences, tout comme le soleil traverse le ciel. Notre temps dans  cette vie s’achève enfin, et nous cessons de vivre et tout redevient noir. Ainsi à la fin de chaque journée de lumière, quand le soleil a achevé son parcours dans le ciel, il se couche et l’obscurité descend. » Poursuit Earle.

Il enchaîne avec des formules sacrées prononcées à mi voix dans sa langue, le cree, puis entre dans le tipi. Il en ressort avec un tambourin qu’il frappera de sa mailloche en chantant en rythme pour signaler la fin de la cérémonie du soleil levant. Sa mélopée évoque le phrasé de Dizzi Gillespie ou Miles Davis, car comme eux c’est par une technique de souffle continu qu’il parvient à émettre ce son si pur.
Earle s’est tourné vers l’est pour chanter son hymne en frappant sur la peau tendue du tambour. Au bout de quelques minutes, il dit une ultime prière en anglais :
Réveillez vous, réveillez vous, la journée commence, c’est le matin ! Réveillez vous, réveillez vous, un jour nouveau arrive ! Nous vous remercions cher Créateur pour tout ce que vous nous avez donné. A la Terre nous rendrons tout. Nous touchons la terre pour clore la cérémonie. »
Ma première cérémonie du lever du soleil s’achève sur cette image d’Earle qui demande à l’assistance d’échanger des poignées de mains, de s’étreindre et de souhaiter à chacun une belle journée de vie. Je quitte se rituel et le bord de la rivière empli d’un sentiment de bonheur, avec une étrange impression de calme et de force, cadeau d’un homme sage et doux répondant au nom d’Earle, chaman (homme médecine) de Wemindji.

 

Ecrit par Gregory B. Gallacher, un journaliste québécois anglophone basé à Montréal. Il a rédigé plusieurs guides et il est également musicien de jazz  et historien.

 


* chaman : je pense qu’il parle d’un homme médecine
voir le site de la nation cri de Wemindji
www.hydroquebec.com/projets/pdf/wemindji.pdf 

http://www.frbeiger.com/cris.html

http://www.municipalite.baie-james.qc.ca/html/communautes08.htm


Dossier réalisé avec l’aide du magazine Ulysse de Novembre décembre 2006
www.ulysssemag.com

Bonjour,

 

Pour ma part j'aimerai savoir dans quelles proportions ce tourisme se developpe et comprenant très bien que cela peut raporter aux communautés des revenus substentiels comment cela est percu et de quelle façon c'est fiable , sans pour cela tomber dans le folklore.

Je m'adresse pour cela aux differentes comunautés autochtones qui pratiquent ce tourisme afin de savoir  ce que l'on peut attendre de ce genre de tourisme et si on ne risque pas de tomber sur des charlatans et à qui ils faut s'adresser

 

merci

 

May