Tadoussac : mystère amérindien

Tadoussac est la porte d’entrée du Saguenay et un haut-lieu de la vie aquatique, surtout reconnu pour ses baleines.

Jean-François Cliche

Le Soleil

Québec

Comme tout bon confluent, Tadoussac a toujours empilé les fonctions : porte d’entrée du Saguenay, carrefour historique de la traite des fourrures, haut-lieu de la vie aquatique reconnu pour ses baleines... C’est peut-être pour cette raison que les hypothèses sur l’origine de son nom s’empilent, elles aussi.


 


 
La seule certitude est qu’il s’agit d’un nom amérindien. Mais sitôt posées les questions « De quelle nation provient-il ? » et « Quelle signification lui donner ? », voilà que les avis partent littéralement dans toutes les directions.

Dans son Itinéraire toponymique du Saint-Laurent, ses rives et ses îles, la Commission de toponymie du Québec évoque plusieurs hypothèses. Des religieux du XIXe siècle, par exemple, le font remonter au mot cri tousoushak ou totoussak, qui signifie « mamelles » ; le mot aurait été choisi par les autochtones en raison de la forme des collines de sable que l’on trouve aux environs.

Et un autre document de la Commission, La toponymie des Abénaquis, avance que l’origine Tadoussac dans l’abénaquis tadaosakw, de tadaos, « amadou », et akw, « bois », sans toutefois expliquer le lien entre ces vocables et le célèbre endroit.

De son côté, l’historien Charles A. Martijn, dans un article publié dans la revue Recherches amérindiennes, avance l’hypothèse que Tadoussac viendrait plutôt des Micmacs, autochtones de la Gaspésie et des Maritimes. Cette nation a en effet étendu son influence à l’estuaire du Saint-Laurent au cours du XVIe siècle et aurait en même temps remplacé les toponymes des autres nations par les siens. C’est ainsi, avance M. Martijn, que Tadoussac viendrait du micmac gtatosac, « entre les rochers », en référence aux rives escarpées du Saguenay. Les toponymes Québec (de gepeg, « détroit ») et Anticosti (de Natigosteg, « terre avancée ») auraient selon lui la même origine.

Mais ce serait plutôt du côté des Innus — aussi appelés Montagnais, qui vivent sur la Côte-Nord et au Lac-Saint-Jean — qu’il faudrait regarder, estime pour sa part Denys Delâge, professeur d’histoire retraité de l’Université Laval et spécialiste des Amérindiens. « La communauté montagnaise était nombreuse là-bas, et bien organisée, dit-il. Assez, en tout cas, pour bloquer l’accès aux Français qui voulaient remonter le Saguenay, afin de s’assurer le monopole du commerce avec eux. Alors je serais bien surpris si Tadoussac ne venait pas du montagnais. »

Certains faits historiques coïncident avec cette thèse, en particulier l’ancienneté du nom, utilisé vers 1550 sous la forme francisée Thadoyzeau par l’historien du roi de France André Thevet — soit une quinzaine d’années seulement après la « découverte » du Canada par Jacques Cartier. « Les Montagnais furent parmi les premiers à avoir des contacts réguliers avec les Européens, à cause de la pêche à la morue et de la chasse à la baleine », souligne M. Delâge.

 

« Mamelon » ?

 

Mais même si ce sont bien les Innus qui nous ont donné le toponyme, plusieurs significations demeurent possibles. M. Delâge indique que celle de « mamelon » est très plausible, puisque le montagnais et le cri sont des langues de la même famille, dite algonquoïenne ; leurs vocables pour « mamelle » sont donc ressemblants.

L’Itinéraire toponymique du Saint-Laurent recense quant à lui deux autres mots innus qui, au cours de l’histoire, ont été proposés comme racine possible de Tadoussac : shashuko, qui veut dire « endroit aux homards », et tatoushak ou totoustah, qui se traduit par « endroit où la glace est brisée » — ce qui ferait référence au fait que les glaces sont souvent cassées à la rencontre de deux cours d’eau.