Témoignage : Je suis métis, mais qui suis-je ? de Monsieur Tremblay

Témoignage : Je suis métis, mais qui suis-je ?

Je voulais vous faire part de ce témoignage qu'à bien voulu me confier Monsieur Jean-René Tremblay.

Vous tous qui voulez connaitre les Amérindiens, les Métis  comment leur vie se déroule de nos jours. Voilà une histoire vraie et sincère, une histoire de notre temps.

 

 

Je suis métis, mais qui suis-je ?

 

 Je suis né le 23 du mois d’août 1947 à Sacré-Cœur Saguenay (à une quinzaine de kilomètres à l’est de Tadoussac, la porte de la haute Cote-Nord. Avant dernier d’une famille de quinze enfants, nous vivions pauvrement dans une maison de rang, entouré de quelques champs à peine cultivables bordés par la grande forêt. Une petite rivière bondée de petites truites remplissait nos assiettes pendant la saison estivale.
  
  Par ma mère qui était une Morin, j’ai appris très jeune que nous étions métis. Elle disait ‘’ écoutez les enfants, ce n’est pas surprenant qu’on aime le bois (forêt) et le ragoût de pardri (perdrix) on a du sauvage dans la famille’’ J’ai appris plus tard que notre lien autochtone était de Rock Manitouabé8ouich (huron) et sa femme Ouéou Ouchibanouck (Algonquine) dont la fille Marie Olivier Sylvestre Manitouabé8ouich, s’est marié à Martin Prévost (Français) le 3 novembre 1644. Mon père n’aimait pas cela que l’on en parle. C’était un homme religieux qui n’avait pas beaucoup d’instruction mais qui connaissait très bien son histoire du Canada (c’elle déformée qui lui avait été enseigné à la petite école et qui montrait les sauvages comme un peuple barbare, paresseux, sans religion et surtout qui avait martyrisé et tué les robes noires). Disons qu’à cette époque avec ces croyances populaires, il n’était pas trop honorifique d’être métis.
  
  Vers l’âge de douze ans, aux yeux de mes parents j’étais presque un homme et de ce fait avait la permission de prendre la carabine 22. C’était donc après mon statu de pêcheur de truite ma consécration de chasseur. La règle était simple, pas besoin de permis et de règlements. Par contre par respect et par nécessité pour conserver le cheptel, on nous a appris  qu’il ne fallait pas détruire. ’’Si tu vois deux perdrix, tue z’en une, si tu en vois trois tue z’en deux’’ ensuite s’appliquait la règle du bon sens. Cette règle était sacrée. Si nous l’avons transgressée quelques fois il ne fallait surtout pas le dire de peur de ne plus avoir le droit d’aller à la chasse. Alors nous nous y conformions et chez-nous très rare était les fois ou  sur la table le rôti de porc ou de bœuf  n’était pas  accompagné d’un bon lièvre ou perdrix. L’européen et l’indien se retrouvaient donc dans la même assiette. À 14 ans j’ai été initié à la chasse à l’orignal par mon frère Gérald. Nous sommes allé à Chicoutiguette vers le lac Caribou ou mon oncle possédait un vieux ‘’chac’’ de trappeur. J’ai reçu pendant cette expédition un virus, celui du ‘’buck feever’’ c’est à dire la fièvre de la grosse chasse. Quelquefois accompagné de Carol mon fils, j’ai donc pendant les années suivantes chassé un peu partout sur le Domaine du Roy. Le Caribou à Schefferville et à La Baie James, le chevreuil à l’île D’Anticosti, l’orignal et l’ours à Manic 5, à l’Abrieville, sur la Consol à Forestville, sur la rivière Portneuf, sur l’ancienne réserve de Chicoutimi, sur la Domptar de Dolbeau-Mistassini et au lac Edward. Quand les chasses étaient fructueuses, les viandes garnissaient les tables de ma famille et de mes proches.
  
  
  


  Quand à la pêche, plusieurs espèces furent du menue : surtout la truite, la wananiche, le saumon, le doré, le brochet, et cela de la pourvoirie du Lac Holt (au Nord-ouest de Natashquan) jusqu’au parc Chibougamau et à mon camp près du Plétipi et des montagnes blanches au 52 éme parallèle. Très jeune  j’ai commencé à faire des excursions de façon régulière sur le fleuve St-Laurent. Notre père amenait les garçons pour ‘’gigger’’ la morue au large des Escoumins. Nous remplissions deux barils de cette morue que me mère préparait et salait pour l’hiver. (Nous avons abandonné cette pêche à cause des lois qui nous l’on interdite et de la surveillance trop étroite à leur application.) A marée basse, avec une perche et un clou croche à son bout nous fouillions sous les roches des battures de St-Paul du Nord et de Sault aux Moutons à la recherche d’anguilles de roche et nous en profitions pour amasser moules et clams. Aux saisons nous allions au maquereau, au hareng (filet) et ramasser le capelan qui roule. Au décès de mon père vers l’âge de 17 ans je suis, faute de moyen, aller vivre chez ma marraine à Ste-Anne de Portneuf. C’est un souvenir inoubliable. La mer était notre fond d’écran. Tous les matins nous la scrutions pour y déceler les signes des températures des prochains jours. Le vent est du Nord-est et la marrée monte, nous aurons de la pluie. Un vent chaud provenant des terres souffle sur les vagues qui se retirent, nous auront du beau temps. Souvent sur les grands bancs de sable une bande de loup-marins (phoques) se faisait griller la couenne au soleil. Nous pouvions les voir de la fenêtre du salon. L’hiver venu, m’ayant acheté un gros chien noir appelé Pirate et payé $ 10.00 avec traîne et attelage, j’ai fait ma ‘’trail’’ à collet. De temps en temps, tiré par Pirate, je me rendais pêcher sous la glace à l’écluse sur la rivière Portneuf à six ou sept kilomètres au nord du village ou abondait la loche.
  
  Enfin, je vous ai raconté en résumé 46 ans de ma vie de chasseur et pêcheur nomade métis. S’il fallait raconter chaque expédition en détail avec leur lot d’émotions tel les craintes, les joies, les combats, les victoires, les ruses, les échecs et surtout à chaque fois, cette sensation de petitesse mais de force et de  liberté ressenties au contact de notre vrai place, la nature et ‘’le bois’’ comme disait ma mère, il me faudrait écrire un, peut être deux livres. On appelle cela aujourd’hui, exercer nos droits ancestraux. Moi, j’ai toujours exercé ces activités, je vous l’avoue; pas toujours selon les lois du Québec ou du Canada, mais j’ai toujours respecté la règle du bon sens que mes parents et ancêtres m’ont enseignée par respect des bêtes et pour leur conservation afin d’avoir toujours des poissons et animaux pour nourrir ma famille et les miens.
  
  Depuis mon enfance jusqu’à aujourd’hui j’ai rencontré des gens qui défendent leur petit patelin et souvent au détriment de leurs voisins. ‘’Nous, nous sommes beaux et parfaits les autres par contre sont laids, paresseux, voleurs, collet –monté, giguons, ou quoi encore ?...’’ Qu’il est donc fort et puissant ce besoin d’appartenance à notre ville ou village pour que nous nous sentions obligés de détruire et rejeter les autres. Dans des régions géographiques semblables nous avons à peu près tous les mêmes problèmes politiques ou socio-économiques, ainsi que les mêmes avantages. Entrer en conflit avec une autre communauté de mon territoire, c’est un peu être en conflit avec moi-même.
  
  

  Je suis un enfant de la Cote-Nord ou j’y ai vécu plus de vingt ans mais je suis aussi un enfant du Saguenay Lac-St-Jean que j’habite maintenant depuis près de 36 ans. Comment dois-je me définir ? Comme étant natif de la Cote-Nord et adopté par le Saguenay Lac St-Jean ? Non. Je suis bien sur métis du Québec et de l’Est de Canada, mais ce n’est pas tout, c’est vague. J’appartiens à ma terre, à mon territoire et à mon histoire. Qui suis-je alors ? Hé bien! Je sais qui je suis et intérieurement je l’ai toujours su.  Comme mes frères métis de Sept-îles jusqu’à Chibougamau, je suis un homme de mes villages et de mes villes, je suis un homme de mer, je suis un homme de lacs et rivières, je suis un homme de bois,
   JE SUIS UN MÉTIS DU DOMAINE DU ROY.


Jean-René Tremblay

Je remercie Monsieur Tremblay d'avoir accepté que je publie son témoignage. Lorsque je lui ai demandé si je pouvais publier cet article il m'a dit  il faut écouter les autres pour grandir et m'a raconté ceci :

 

 

Quand j'étais jeune, lors d'une chasse avec un grand métis nous avions marché très longtemps et nous nous sommes arrêtés sous un arbre pour se reposer. Je me suis mis à parler sans arrêt en le questionnant sur le trajet que nous venions de faire. Je voulais qu'il me dise tout ce qu'il avait remarqué. Celui-ci m'a répondu ceci:’ Non, ne parle pas, ÉCOUTE''. J'ai donc suivi son conseil. J'ai entendu l'écureuil, je l'ai regardé et j'ai su ou était son terrier. J’ai entendu la pie qui s'égosillait et ainsi trahissait l'ours qui nous ayant repéré s'éloignait furtivement. J'ai vu le castor qui, curieux s'approchait lentement de nous. À quelques mètres seulement il tapa de la queue sur l'eau. Un grand ''paff'' avertit ses congénères d'un éventuel danger et fit taire les oiseaux. J'ai entendu le tambour de la perdrix (mâle qui appelle se femelle) qui a trahi sa présence. Enfin! Après quelque temps, s'étant assez reposé le grand métis s'est levé et a ajouté: '' tu vois tu n’as pas parlé, tu as écouté, tu as appris et tu es devenu un plus GRAND chasseur''. J'ai emboité le pas derrière lui avec un grand sourire. Je me sentais grand, je me sentais roi. En marchand je sentais l'odeur des arbres de mon royaume et j'ai su que comme eux je grandirais toute ma vie.

Ce petit bout de vie qui est la mienne, je te le donne

 

Merci Monsieur

May