LA NATION MECHIF, PEUPLE INCONNU

LA NATION MECHIF, PEUPLE INCONNU

Raymond THÉBERGE

 

I. INTRODUCTION

Le métissage culturel et génétique a toujours existé dans tous les territoires colonisés, ce phénomène se retrouve également à l’échelle mondiale. Il faut insister sur le fait que le Métis canadien est unique dans le sens qu’il a pu affirmer pour un moment ses droits politiques et légaux, à l’encontre d’un gouvernement national, sous la forme d'un gouvernement provisoire formé en 1870 par Louis Riel qui était lui-même Métis. La contribution des Métis à la confédération canadienne ainsi que leur rôle ont été souvent négligés et sous-estimés. Ils étaient, en fait, les véritables facilitateurs de l’expansion dans l’Ouest Canadien car, sans leur appui, cette expansion aurait été sans doute plus meurtrière et sanglante comme ce fut le cas chez notre voisin du Sud, les États-Unis.

II. historique

Les premiers enfants métis virent le jour durant la première moitié du XVIIIe siècle, puisque c'est durant cette période (1730-1745) que l'homme blanc (les frères LaVérendrye et leurs compagnons) pénétra pour la première fois dans l'Ouest canadien. Les récits de ces voyageurs laissent clairement comprendre que beaucoup de ces hommes ne revinrent pas au Bas-Canada et avaient préféré s'établir dans l'Ouest où, il ne faut pas en douter, ils formèrent des alliances avec les femmes autochtones de tribus diverses selon la région: le Crie, l'Ojibwa, le Chippewa, l'Assiniboine. Plus tard, lorsque la traite des fourrures fut bien établie par la compagnie de la Baie d'Hudson et du Nord-Ouest, la plupart des trappeurs et des guides de cette compagnie étaient des Métis francophones. La compagnie de la Baie d'Hudson pour sa part, embauchait surtout des Écossais et des Irlandais. Toutefois, selon Tremaudan (1936) ceux-ci avaient l'habitude de quitter le pays une fois leur travail terminé, abandonnant leurs femmes indiennes et leurs enfants que des Métis français adoptaient souvent tout en les francisant. Ceci expliquerait pourquoi tant de familles métisses, de langue française portent des noms d'origine anglaise ou écossaise.

 

III. POPULATION ET LANGAGE DES MÉTIS

LA POPULATION DES MÉTIS ET DES AMÉRINDIENS

Selon la résidence en 1991

 

Voir tableaux sur le site

 

LES LANGUES OFFICIELLES CHEZ LES MÉTIS ET LES AMÉRINDIENS

ÂGÉS DE 15 ANS ET PLUS, 1991

voir tableau sur le site

 

Les chiffres ayant été arrondis, il se peut que la somme des pourcentages ne donne pas 100%.

Source: Statistique Canada, Un profil des Métis, produit no 89 547-XPF au catalogue.

Les métis qui parlaient une langue autochtone étaient proportionnellement plus nombreux dans les régions rurales

Pourcentage de la population de 15 ans et plus

Source: Statistique Canada, Enquête auprès des peuples autochtones, 1991

Les métis qui participaient aux activités traditionnelles étaient proportionnellement plus nombreux dans les régions rurales

Pourcentage de la population âgée de 15 ans et plus

1.  Chasse, pêche, piégeage, légendes, danses, artisanat, etc.

Source: Statistique Canada, Enquête auprès des peuples autochtones, 1991.

IV. Qui est MÉtis?

Pendant plusieurs siècles, on a généralement appelé "Métis" les descendants de parents indiens et français ou britanniques. Cependant, pour un grand nombre de Métis, leur identité est chargée d’une signification historique et géographique plus précise.

Le berceau de la nation métisse des Bois-Brûlés est la province du Manitoba, le long des grands lacs manitobains et aussi les régions de Saint-Laurent, de Saint-Eustache, de Sainte-Anne-des-Chênes et de Saint-Lazare. En Saskatchewan, ils sont établis surtout dans la région de Batoche, Saint-Laurent, Duck Lake et Saint-Louis, bien qu'au XIXe siècle on les retrouve plus au sud, dans la région de Qu'Appelle. En Alberta, c'est au Lac-La-Biche qu'on peut encore les rencontrer, ceux de l'ancien Saint-Paul –  la plupart étant soit disparus, soit complètement assimilés à la population franco ou anglo-albertaine.

La localité métisse du Manitoba date d'au moins 1809, année de la fondation du Fort-Gilbratar sur la Rivière-Rouge alors que celles de la Saskatchewan et de l'Alberta datent de la seconde moitié du XIXe siècle.

Les Métis qui se sont engagés dans les troubles de 1885 sont issus d’unions entre les voyageurs, les coureurs de bois français et des femmes indiennes. Les Métis ne parlaient jamais de rébellion. Déjà, au début des années 1880, les Métis se disaient une nation séparée. La majorité était impliquée dans la chasse au Buffalo (prononcé boflo), une activité qui fournissait les vivres essentiels à la traite des fourrures dans la forêt boréale.

La nation Cri, identifié comme "Kréstinaux" par les Français ainsi que la nation Saulteaux ontservi d'instrument à la création de ce nouveau peuple. Ils ont passé une grande partie de leur vie parmi les nations indiennes, épousant des filles indiennes, et devenant plus Indien que Français dans leur style de vie et dans leurs valeurs. On les reconnaît à leurs pantalons bleus, leur capot, leurs jambières, leurs ceintures fléchées, leurs mocassins et leurs tatouages. Leur rôle d’intermédiaire nécessitait un cycle continu d’intermariage qui leur permettait d’être le lien entre les Indiens et les Européens.

Les Métis sont souvent dépeints comme une société marginale possédant une culture distincte caractérisée par un mélange de la "réticence" indienne et la "joie de vivre" gauloise. Toutes ces facettes de la personnalité Métisse ont fait d’eux un peuple coloré occupant une place privilégiée dans le folklore canadien. Le peuple métis est souvent appelé l’enfant de la traite des fourrures au Canada. La culture Métisse s’est développée à partir d’un mélange de valeurs et de styles de vie amérindienne et européen.ne Aujourd’hui cette culture comprend toujours des éléments commerciaux et domestiques, diverses formes "of living off the land", notamment la chasse, la pêche, la trappe, la cueillette de riz sauvage, d’herbes, de racines, de fruits sauvages et l’agriculture. Le double héritage des Métis qui ne se considèrent eux-mêmes ni blanc ni indien, est évident aujourd’hui par leur mode de vie, leurs langues, leurs manières de se vêtir, leur musique, leurs danses, leur spiritualité et le partage.

Cette culture consiste en soirées sociales, agrémentées de musique, du jigging, de nourriture campagnarde, d’art, de croyances religieuses, de connaissances historiques et de mélange de langues: le Cri, l'Anglais, l'Objibwa et le Français.

 

V. PLACE DE LA MUSIQUE MÉTISSE - UNE EXPRESSION CULTURELLE

1. LA MUSIQUE DES MÉTIS

Les frontières entre la musique métisse, française et autochtone ne sont pas toujours étanches. Cependant, on peut clairement identifier certains genres de musique et de danse comme étant Métis. Ceux-ciempruntent de l’énorme répertoire de la chanson que les Européens ont apporté avec eux, mais la langue et le vocabulaire sont uniquement canadiens. Au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, les Métis ont créé leurs propres chansons dans le style de la chanson folklorique traditionnelle qui portaient sur les événements de leurs vies: religion, agriculture et plus particulièrement, sur les troubles politiques de l’époque. Avec le regain d’une conscience politique, plusieurs des chansons sont à nouveau populaires.

paroles sur le site

 

2.  CONTEXTE DE LA MUSIQUE

Avant la construction de places publiques, le milieu privilégié pour la musique métisse fut le foyer. De fréquentes rencontres de famille fournissaient des occasions pour chanter et raconter des histoires. Les hommes se rencontraient dans une pièce et les femmes dans l’autre, chantant, chacun leur tour, jusqu’aux petites heures du matin. Les chansons étaient vivantes, pleines d’humour, décrivant les joies de la vie.

Des danses impromptues ont eu lieu chaque semaine dans plusieurs communautés. Au fur et à mesure que les gens prenaient connaissance de l’activité, les propriétaires de la maison hôte entassaient leurs meubles dans un coin de la maison ou même à l’extérieur. Presque chaque homme jouait d'un instrument. La musique et la danse se poursuivaient toute la nuit. Tous étaient bienvenus à ces danses, même le prêtre; le son de la musique se faisait entendre à l’échelle du village.

3. LES DANSES

Les danses traditionnelles les plus populaires sont la polka, la valse, le two step, le schottische et la danse carrée. Chez les Métis, cette dernière diffère des danses non autochtones par la combinaison de pas autochtones agencés aux patrons de carrés de l’Écosse et de la France. Cependant, c’est la gigue de la Rivière-Rouge qui définit le mieux l’unicité de la créativité de la danse mechif.

Chaque famille préservait et jalousait ses pas de gigue. Un bon gigueur Mechif est léger sur ses pieds et à l’affût de la musique, utilisant plusieurs pas différents durant une même danse et se déplaçant en cercle.

Il existe aussi d’autres danses tels que la gigue double et le ta pi ska kan ni si no win.

4. INSTRUMENTS DE MUSIQUE

Généralement, les instruments musicaux des Métis étaient portatifs, simple à accorder et à jouer à l'oreille. On retrouve le violon, l’accordéon, la musique à bouche, les cuillères, le peigne et la bombarde. Mais un vieux dicton dit qu’il était rare de voir une maison sans un violon suspendu au mur. Si on ne pouvait pas commander un violon d’un catalogue, on le fabriquait soit de l’érable ou de l’écorce de bouleau. Parfois, en l’absence d’autres instruments, le violon était accordé comme une cornemuse. Dans les dernières décennies, le violon, même s'il est toujours très populaire fut fortement concurrencé par la guitare, un autre instrument portatif et facile à obtenir et à entretenir.

Il existe à l’échelle du pays différents styles de violon selon des régions bien définies: style de la région de l’Atlantique, de l’Ontario et du Québec, ainsi que le style de la Rivière-Rouge et celui que l’on retrouve dans les Prairies et en Colombie-Britannique. La musique émise par cet instrument fournit la toile de fonds pour les danses carrées, la gigue et la stepette Métis.

La musique métisse est dominée par le violon. Cette tradition retourne aux premiers traitants blancs qui ont apporté avec eux un violon, il y a environ 250 ans. Ils étaient probablement des Canadiens français. Ce qui est intéressant ici, c'est l’appropriation par les groupes autochtones et métis, des instruments non autochtones tel que le violon. Cette longue tradition a longtemps été ignorée par les spécialistes de la musique autochtone et non autochtone.

Dans plusieurs communautés autochtones de la région des Maritimes jusqu’au Yukon, la musique jouée au violon a complètement remplacé les chants et tambours traditionnels. Selon plusieurs interlocuteurs, dans les communautés métisses du Manitoba, le violon représentait la seule expression musicale des années 1900 à 1950. Avec l’arrivée de la musique Country sur disque et à la radio, le violon a été relégué au second plan. Les interdictions gouvernementales des cérémonies et de la musique autochtones des années 1900 ont fort probablement contribué à cette évolution. Cependant, il semblerait que le violon a intéressé les peuples autochtones dès le début. En somme, la musique Métisse s'est toujours inspirée et s'inspire toujours des diverses sources musicales contemporaines et traditionnelles. La culture métisse évolue dans un climat socio-politique changeant.

À cet égard une étape importante dans l’évolution de l’identité et de la culture Métisse est sa reconnaissance officielle.  Depuis 1982, on reconnaît trois peuples autochtones au Canada : les Indiens, les Inuits et les Métis.  La société canadienne est plus consciente de l’existence des Amérindiens et des Inuits grâce à leur présence grandissante dans les médias due en grande partie à leurs revendications pour affirmer leurs droits historiques, leur mode de vie et leur vision du monde.

Les paroles d'Auguste Vermette (Au temps de la prairie) affirment le rôle historique du peuple métis dans l'histoire du Canada.

"Le plus important, c’est de faire comprendre à la jeune génération que les droits qu’on a obtenus, c’est dû au peuple métis.  Je ne veux pas qu’ils fassent des hommages ou rien, mais je veux qu’ils reconnaissent que ces libertés, ils les doivent aux Métis.  Qu’on donne au peuple métis ce qui lui revient."

 

ANNEXES : THE YOUNG GIRL WHO WANTED TO GET MARRIED"

voir le site

 

LA MUSIQUE DE LA RIVIÈRE-ROUGE

Andy Desjarlais est connu comme le plus important musicien de la Rivière-Rouge. Il est né dans une petite communauté et les autres artistes comme lui, ont appris leur métier des aînés.

Les ancêtres d'Andy ont emprunté des traits de la musique écossaise, française, et autochtone. Ils ont créé leur propre mélodie en s'accompagnant du rythme du tambour, de la guitare et des cornemuses. La tradition Mechif est donc inspirée de la musique écossaise, mais il n'en demeure pas moins qu'ils ont de ce fait, créé leur propre musique.

On dit qu'un joueur de violon de la rive est de la grande Rivière-Rouge a imité le son des cornemuses et que l'écho a été repris par un autre joueur. Il en est ressorti une mélodie toute triste presque ennuyante mais très douce. Au printemps, la rivière dégelée pouvait faire retentir la mélodie tout au long de son cour. D'après la tradition Mechif, c'est ainsi qu'est née leur musique. C'était une musique tout à la fois gaie et triste, une seule note suffisait à animer l'esprit des gens. Andy a composé une musique qui est devenu unique de par son style. Celle-ci s'est répandue d'un bout à l'autre des prairies comme un feu de plaine.

Cette musique définit à la fois, le passé, le présent et le futur de la gigue des Mechif de la Rivière-Rouge. Les grands artistes Mechif s'entendent pour dire que cette musique a été jouée dans l'Est mais que les premières notes sont de la Rivière rouge. D'après Andy et ses contemporains, pour être jouée correctement, les notes doivent être comprises entre sol et la. Du début du XIXe siècle à aujourd'hui, la musique des Mechif a été jouée un peu partout en Amérique du Nord. D'après Bernard (Christine) Ross, la gigue a été jouée près d'Oxford House, au grand nord, vers 1840, lors d'un voyage.

C'est à cette époque que la gigue de la Rivière-Rouge est devenue la musique pour les danseurs. Ainsi Andy est devenu un débutant dans cette tradition et a étudié ce genre de musique. Lui, comme bien d'autres jeunes, ont appris leur métier lors des danses familiales dans les petits villages des Mechif comme Woodridge à l'est de la Rivière. Au milieu du XIXe siècle, les Mechif pratiquaient des danses, de maison à maison, chaque semaine; on y jouait du violon, de la guitare et de d'autres instruments. On dansait différentes danses mais surtout la gigue. Ces soirées étaient devenues un trait culturel très important pour les Mechif.

En été, beaucoup de violonistes entraient en compétition lors de pique-nique qui avaient lieu dans les paroisses comme St Vital, St-Ambroise, St Eustache et bien d'autres. Le plus fameux des pique-niques fut celui de Lido Plage à quelques kilomètres à l'Ouest de Winnipeg. Au même endroit, pendant les longues journées d'été, le long de la Rivière Assiniboine se produisaient les Mechif avec leur musique et les Écossais qui jouaient de la cornemuse. Cet événement, appelé le "pique-nique des pionniers" avait été organisé aux bénéfices des troupes militaires de la deuxième guerre mondiale avec le concours de la Croix Rouge.

Aujourd'hui, bien des aînés chez les Mechif se rappellent ce grand événement du passé où l'on pouvait rencontrer les meilleurs artistes de musique et de danse.

 

http://www.ulaval.ca/afi/colloques/colloque2001/actes/textes/theberge.htm