Le Chili et les Autochtones

Le Chili et les  Autochtones

 

Le Chili comptait 14,8 millions d’habitants en 1998. Au point de vue ethnique, la majorité des Chiliens sont des Métis (66 %); ils sont suivis des Européens (25 %), des Amérindiens (6 %) et d'autres (3 %) tels que des Asiatiques et des «Proche-Orientaux». Au plan linguistique, le Chili paraît plus homogène, car 93,2 % des locuteurs parlent l’espagnol comme langue maternelle. Les autres parlent des langues immigrantes (italien, allemand, arabe, etc.) ou des langues autochtones. Mais il existe deux types d'autochtones: les Amérindiens du continent et les Polynésiens de l'île de Pâques.
Pour ce qui est des
Amérindiens, il faut distinguer les Araucans, les Mapuches et les Quechuas, qui vivent généralement dans des «réserves» à l'extrémité méridionale, en Terre de Feu, où subsistent aussi les Alakalufs, les Yagans et quelques centaines d'Onas. Selon une enquête de 1996, les Mapuches représenteraient 81,3 % des autochtones. Ils seraient suivis des Aymaras (14,1 %) et des autres ethnies (4.36 %) : les Atacameños (1,5 %), les Rapanuis (1,2 %), les Coyas (0,8 %), les Quechuas (0,5 %), les Yaganes (0,15 %) et les Kawashkares (0,02 %).
 

La seule langue autochtone importante est le mapuche (ou mapudungu) parlé par plus de 400 000 locuteurs (sur une population de 900 000) appartenant à  famille araucan ils vivent dans la Région métropolitaine de Santiago, dans l’île de  Chiloé et dans l’extrême sud. Les autres langues sont toutes en voie d’extinction: aymara  (env. 1000 locuteurs dans la région de Tarapacá sur une population de 40 000 personnes), le quechua  (quelques centaines de locuteurs dans la région de Antofagasta) et le huiliche (quelques milliers de locuteurs dans la  région de Los Lagos) de la  famille auraucan. Plusieurs autres langues sont disparues depuis une décennie.
Enfin, mentionnons les
Polynésiens de l’île de Pâques (ou Rapa Nui; en espagnol: Isla de Pascua), qui parlent le rapanui une  langue austronésienne (groupe polynésien): environ 2500 habitants, dont la moitié parle le rapanui. L'île Rapa Nui (163 km2) est souvent désignée sous le nom d'«île de Pâques», parce que les premiers visiteurs européens (sous le commandement du navigateur néerlandais Roggeveen) y ont mis le pied, le jour de Pâques de 1722. De lointaine culture maorie, les Pascuans (c'est le nom des insulaires) ont des racines communes avec les peuples des autres îles du Pacifique-Sud. Pour toute sortes de raisons, les Pascuans ne se sentent que «modérément» chiliens. Le rapanui est considéré comme une langue en voie de disparition, les familles de pure souche maorie devenant de plus en plus rares et les enfants préfèrent apprendre l'espagnol, sinon l'anglais
 

Voir toute l’histoire du chili sur le site, j’en avait déjà parlé
http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/amsudant/chili.htm

 

Mais ce qui est intéressant de connaître c’est l’évolution actuelle et le point de vue des autochtones  ce dossier a été révisé le 06 10 2005

Pour ce qui est des autochtones, le Chili a adopté une politique dûment décrite dans la loi no 19.253, promulguée le 27 septembre 1993, qui reconnaît le droit historique des communautés indigènes à leurs terres ancestrales et qui créait en même temps la CONADI, la Corporación Nacional de Desarrollo Indígena (la Corporation nationale de développement indigène) chargée de faire respecter les droits des peuples indigènes. La loi, dans son libellé espagnol, est intitulée Ley num. 19.253 Establece Normas Sobre Protección, Fomento y Desarrollo De Los Indígenas, y Crea La Corporación Nacional De Desarrollo Indígena (Loi no 19.253 établissant des normes sur la protection, la promotion et le développement des Indigènes et créant la Corporation nationale de développement indigène). Il ne s’agit pas d’une loi linguistique, mais d’une loi indigéniste comptant quelque 80 articles. Les dispositions concernant la langue sont donc peu nombreuses.
 

5.1 Une loi indigéniste

L’article 1 de la loi 19.253 proclame que l'État reconnaît que les indigènes du Chili sont les descendants des groupes autochtones vivant sur le territoire national depuis la période précolombienne, qui conservent des caractéristiques ethniques et culturelles propres en fixant la terre comme le fondement principal de leur existence et de leur culture:

Article 1
L'État reconnaît comme les principales ethnies indigènes du Chili: les Mapuches, les Aymaras, les Rapanuis ou Pascouans, les communautés atacameñas, quechuas et collas du nord du pays, les communautés kawashkar ou alacalufe et les Yámanas ou Yagán des régions australes.

L'État reconnaît comme principales ethnies indigènes du Chili, en les nommant expressément, les Mapuches, les Aymaras, les Rapanuis (ou Pascuans), les Atacameñas, les Quechuas et les Collas du nord du pays, les Kawashkar ou Alacalufe et les Yámanas ou Yagán des régions australes. Dans le même article, l'État s’engage à respecter, protéger et promouvoir le développement des indigènes, de leurs cultures, familles et communautés, en adoptant des mesures adéquates et en protégeant les terres indigènes, en veillant à leur exploitation adéquate, à leur équilibre écologique et en veillant à leur expansion.

L’article 2 considèrent comme «indigènes» ceux qui sont nés de père ou de mère indigène, ceux qui descendent des ethnies indigènes habitant le territoire national, même s’ils ne possèdent pas un nom de famille indigène, ceux qui maintiennent les caractéristiques culturelles d'une certaine ethnie indigène, ce qui comprend la pratique d’un mode de vie, des coutumes ou une religion.

L’article 13 de la loi 19.253 précise que les terres des indigènes ne pourront être aliénées, ni saisies, ni enregistrées, ni acquises par prescription, sauf entre les communautés ou personnes indigènes d'une même ethnie. Cependant, il sera possible de les grever après autorisation de la Corporation nationale de développement indigène. En vertu de l’article 26, le ministère la Planification et de la Coopération, sur proposition de la Corporation nationale de développement indigène, pourra établir des zones territoriales de développement indigène — des réserves — dans lesquels les organismes de l'administration de l'État détermineront des politiques au bénéfice des indigènes et de leurs communautés. Pour fixer ces zones territoriales, il faudra tenir compte des à la fois des espaces reconnus comme ancestraux dans lesquels ont vécu les ethnies indigènes, de la haute densité de la population indigène, de l’existence de terres communes, de l’homogénéité écologique («homogeneidad ecológica») et de la dépendance des ressources naturelles pour l'équilibre de ces territoires (p. ex, les bassins, les rivières, les rives, la flore et la faune).

L’article 29 de la loi no 19.253 de 1993 précise que, dans le but de protéger le patrimoine historique des cultures indigènes et les biens culturels du pays, il sera exigé un rapport préalable de la Corporation nationale de développement indigène pour:

a) la vente, l'exportation ou toute autre manière d'aliénation à étranger du patrimoine archéologique, culturel ou historique des indigènes du Chili;
b) la sortie du territoire national de pièces, documents et objets de valeur historique dans le but d'être exhibés à l'étranger;
c) l'excavation de cimetières historiques indigènes pour des fins scientifiques, moyennant la procédure établie par la loi no 17.288 et son règlement, ainsi que le consentement de la Communauté insérée;
d) la substitution de toponymes indigènes.

À l’article 30, la loi no 19.253 de 1993 crée un département du nom de Archivo General de Asuntos Indígenas («Archives générales des affaires indigènes»), avec siège dans la ville de Temuco, qui réunira et conservera autant les documents officiels produits sur les matières indigènes, que les photos, instruments, données enregistrées, etc., qui constituent le patrimoine historique des indigènes du Chili. La Direction des bibliothèques, des archives et des musées (Dirección de Bibliotecas, Archivos y Museos) pourra organiser, sur proposition du directeur national de la Corporation nationale de développement indigène, des sections similaires dans d'autres régions du pays relativement à des groupes et à des cultures indigènes particulières.

Les articles 34 à 37 de la loi 19.253 portent sur la participation indigène («De la Participación Indígena») au sein des services de l'administration de l'État et des organisations à caractère territorial, lorsqu’ils traitent des matières qui concernent les questions indigènes. Voici le libellé de l’article 34:

Article 34

1) Les services de l'administration de l'État et les organisations à caractère territorial, lorsqu’ils traiteront des matières qui concernent ou sont en relation avec des questions indigènes, devront écouter et considérer l'avis des organisations indigènes qui sont reconnus par cette loi.
2) Sans préjudice de ce qui précède, dans les régions et communes de haute densité à population indigène, les autochtones devront être représentés dans les instances de participation reconnues avec d'autres groupes intermédiaires par le biais de leurs organisations et lorsque le permet la législation en vigueur.

 

Le texte est ambigu dans la mesure où il pourrait laisser entendre que les autochtones ont le droit de demander des services dans leur langue, ce qui n’est pas le cas. L’Administration s’engage seulement à consulter les autochtones lorsque certaines décisions les concernent. Précisons que, même dans les assemblées autochtones (par exemple, chez la Mapuches), l’État a imposé l’usage du «castillan», la langue officielle, pour des raisons de relation interethnique et interculturelle.
L’article 39 de la loi 19.253 traite de la Corporation nationale de
développement indigène (Corporación Nacional de Desarrollo Indígena). Cet important organisme est chargé de promouvoir, coordonner et exécuter, le cas échéant, l'action de l'État en faveur du développement «intégral» des personnes et des communautés indigènes, notamment dans les aspects économique, social et culturel, et de promouvoir leur participation à la vie nationale. En outre, la Corporation nationale de développement indigène dispose des obligations suivantes:

Article 39
a) Promouvoir la reconnaissance et le respect des ethnies indigènes, de leurs communautés et des personnes qui l'intègrent, et Sa participation la vie nationale;
b) Promouvoir les cultures et les langues indigènes, ainsi que le système d'éducation interculturelle bilingue, en coordination avec le ministère de l'Éducation;
c) Stimuler la participation et le développement intégral de la femme indigène, en coordination avec le Service national de la femme;
d) Assumer, quand on le sollicitera, la défense juridique des indigènes et de leurs communautés dans les conflits portant sur les terres et les eaux et, exercer des fonctions de conciliation et d’arbitrage, conformément avec ce qui est prévu dans cette loi;
e) Veiller à la protection des terres indigènes à travers les mécanismes déterminés par cette loi et permettre aux indigènes et à leurs communautés l'accès et l'extension des terres et des eaux grâce au «Fonds respectif» («Fondo respectivo»);
f) Promouvoir le développement des indigènes, veiller à leur équilibre écologique par l'élaboration économique et sociale de ses grâce au «Fonds de développement indigène («Fondo de Desarrollo Indígena») et, dans des cas spéciaux, solliciter la déclaration de zones de développement, conformément avec cette loi;
g) Maintenir un Registre des communautés et des associations indigènes («Registro de Comunidades y Asociaciones Indígenas») et un Registre public des terres indigènes («un Registro Público de Tierras Indígenas»), sans préjudice de la législation générale sur le Registre de la propriété originaire («Registro de la Propiedad Raíz»);
h) Agir comme arbitre face aux polémiques qui sont suscitées entre les membres de diverses associations indigènes, en ayant la possibilité d’émettre des avertissements, d’imposer des amendes, voire de prononcer leur dissolution (sans instance d’appel).
i) Veiller à la préservation et la diffusion du patrimoine archéologique, historique et culturel des ethnies et promouvoir des études ou des recherches;
j) Suggérer au président de la République des projets de réformes d’ordre juridique ou administratif nécessaires pour protéger les droits des indigènes;
k) Développer toutes les autres fonctions fixées par cette loi.

Dans l'accomplissement de ses objectifs, la Corporation nationale de développement indigène pourra convenir avec les gouvernements régionaux et les municipalités de l’élaboration de politiques et de programmes ou de projets destinés aux personnes et aux communautés indigènes.

Pour ce qui est de l’article 74 (paragraphe d) de la loi 19.253, il est stipulé, en des termes bien vagues, que la Corporación Nacional de Desarrollo Indígena «devra tenter» (en esp.: «tendrá») de «conserver la langue et l’identité» indigène («conservar su lengua e identidad»).

La plupart des articles de la loi 19.253 sont consacrés à la politique indigéniste. Dans le cadre, de ce document portant sur les politiques linguistiques, il est exclus d’en faire une description complète.

5.2 La politique linguistique

La loi 19.253 de 1993 compte quelques articles traitant plus spécifiquement de la langue et de la culture. Par exemple, l’article 7 porte sur le droit à la culture indigène:

Article 7
1) L'État reconnaît le droit des indigènes de maintenir et de développer leurs activités propres et leurs manifestations culturelles, dans la mesure où cela ne s'oppose ni à la morale ni aux bonnes coutumes et à l'ordre public.
2) L'État a devoir de promouvoir les cultures indigènes, celles qui font partie patrimoine de la nation chilienne.

Pour sa part, l’article 28 est consacré à la reconnaissance, au respect et à la protection des cultures indigènes. Au point de vue de la protection linguistique, cet article est sans contredit le plus important de la loi no 19.253 de 1993, car il compte six paragraphes distincts. Le paragraphe a) énonce que l’État s’engage à protéger l’usage et la conservation des langues indigènes, à côté de l'espagnol, dans les zones de haute densité indigène:

Article 28

a) L'usage et la conservation des langues indigènes, à côté de l'espagnol, dans les zones de haute densité indigène

Le paragraphe b) de l’article 28 prévoit l’établissement, dans le système éducatif national, d'une unité relative au programme qui permet aux élèves d'accéder à une connaissance adéquate des cultures et des langues indigènes et que celle-ci soit évaluée positivement. L’État devra aussi, dans les régions de haute présence indigène, assurer la promotion et la diffusion, dans les stations de radio et les canaux de télévision, des programmes en langue indigène et des programmes d’appui à la création de stations de radio:

c) Dans les régions de haute présence indigène, la promotion et la diffusion dans les stations de radio et les canaux de télévision des programmes en langue indigène et des programmes d’appui à la création de stations de radio et de modes de communication indigènes

Le paragraphe d) de l’article 28 prévoit la promotion et l'établissement de chaires d’histoire, de culture et de langues indigènes dans l'enseignement supérieur:

d) La promotion et l'établissement de chaires d’histoire, de culture et de langues indigènes dans l'enseignement supérieur;
 

L’article 32 de la loi 19.253 semble particulièrement important, car il traite de l’éducation bilingue. Intitulé «De la Educación Indígena», cette disposition prévoit, à l’intention des enfants indigènes, un «système d'éducation interculturelle bilingue»:

Article 32

1) Dans les zones de haute densité indigène et en coordination avec les services ou les organismes de l'État correspondants, la Corporation développera un système d'éducation interculturelle bilingue afin de préparer les élèves indigènes à un développement de manière adéquate, tant dans leur société d'origine que dans la société globale.
2) À cet effet, il pourra être financé ou convenu, avec les gouvernements régionaux, les municipalités ou les organismes privés, des programmes permanents ou expérimentaux.

Le législateur n’a pas mentionné le niveau scolaire concerné par la loi (maternelle, primaire ou secondaire), mais on peut présumer qu’il s’agit du primaire, comme partout ailleurs en Amérique latine. Selon l’article 33, la loi sur les budgets du secteur public allouera des ressources spéciales pour le ministère de l'Éducation destinées à prévoir un programme de bourses pour les indigènes. Dans la sélection des candidats, la participation de la Corporation nationale de développement indigène devra être prise en compte. Évidemment, l'introduction de cet article dans la loi ne signifie pas nécessairement que celle-ci est appliquée, mais que, du moins virtuellement, elle pourra l'être un jour.

En vertu de l’article 28, l’État donne l’obligation aux fonctionnaires affectés au registre d’état civil (paragraphe e) d'annoter les prénoms et les noms de famille des indigènes selon la façon exprimés par les parents et conformément aux normes de transcription phonétique en vigueur. Enfin, le paragraphe f) de l’article 28 est consacré à la promotion des expressions artistiques et culturelles et à la protection du patrimoine indigène d’ordre architectural, historique et archéologique.

Dans les tribunaux, l’article 54 de la législation indigène admet que la coutume invoquée en jugement entre des indigènes appartenant à une même ethnie pourra constituer un droit, pourvu que cette coutume ne soit pas inconciliable avec la Constitution de la République. Tout juge chargé de la procédure d'une cause indigène, à demande de la partie intéressée et dans des activités dans lesquelles la présence personnelle d’indigène est requise, devra accepter l'utilisation de la langue maternelle («deberá aceptar el uso de la lengua materna») en se faisant conseiller par un traducteur agréé, celui qui sera désigné par la Corporación Nacional de Desarrollo Indígena.

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5.3 Le point de vue des autochtones

Les organisations indigènes du Chili n’apprécient guère la politique linguistique de leur pays. Du moins, c’est qui ressort des conclusions du Congrès national mapuche (Congreso Nacional Mapuche), tenu du 15 au 17 novembre 1997, à Temuco (Chili).
 

- La reconnaissance juridique


Dans le domaine juridique, les Mapuches demandent que le gouvernement reconnaisse leur identité dans la Constitution. Ils sollicitent l’autorisation d’établir des bureaux communaux mapuches, interculturels et bilingues, dans chaque municipalité où ils sont concentrés, afin de promouvoir et de développer la culture mapuche. Ces bureaux communaux mapuches devraient être reliés au réseau informatique des peuples indigènes, avec la CONADI (Corporación Nacional de Desarrollo Indígena) et les services publics. Ils demandent également que la CONADI soit transformée en ministère des Indigènes afin de bénéficier de plus d’autonomie dans les politiques gouvernementales.

- La langue autochtone

En ce qui a trait à la langue elle-même, les Mapuches demandent d’adopter une réelle politique linguistique qui commence par officialiser un alphabet et une grammaire standardisée de la langue mapudugun. Ils désirent obtenir, de concert avec le ministère de l'Éducation et le Conseil national de la culture (Consejo Nacional de la Cultura), la publication d’une série de documents en mapudugun et du temps d’antenne à la radio pour informer leurs concitoyens autochtones sur la loi 19.253 de 1993, ainsi que les nouvelles du mouvement mapuche. Les Mapuches veulent élaborer un programme officiel d’enseignement et d’apprentissage du mapudugun dans les écoles autochtones. Les Mapuches désirent étendre leurs revendications dans les services publics où ils sont concentrés.

- L’éducation interculturelle bilingue (Educación Intercultural Bilingüe)


Dans le domaine scolaire, les autochtones demandent une réforme de l’éducation, de telle sorte que leurs enfants ne soient plus l’objet de discrimination dans les établissements d’enseignement. Ils soulignent que le bilinguisme scolaire et normalisé en fonction de la similitude au castillan, qui utilise la langue autochtone comme un «pont pour imposer la culture dominante», est un système inégalitaire et aliénant. Cette éducation tente de réduire les langues autochtones en une sorte de folklorisation dans laquelle se perpétuent les préjugés ethnocentriques et racistes. Il faudrait que les programmes nationaux incorporent dans les écoles autochtones des éléments de la culture indigène et appliquent une réelle politique d’éducation interculturelle bilingue.
Pour le moment, l’éducation bilingue consiste à passer progressivement de la langue maternelle au castillan. Quant au concept d’«interculturalité» (ou d’inculturalisme), il correspond à l'intégration des communautés autochtones dans un environnement où l'espagnol est la langue commune de la vie publique. Dès lors, il s’oriente vers la perte de sa culture ancestrale pour promouvoir celle de la majorité. Bref, l’éducation interculturelle n’implique aucune échange entre des cultures différentes, car elle se fait à sens unique: c’est la transmission aux autochtones de la culture hégémonique. En outre, l'«inter culturalité» est conçu pour un cadre essentiellement rural et confiné dans des «réserves». Selon les Mapuches, le gouvernement réduit ainsi l'existence d'un peuple distinct à une simple modalité éducative, celle qui demeure marginale dans un système centralisé dont les objectifs sont à l’opposé des préoccupations autochtones. Or, l’éducation interculturelle est davantage qu’un enseignement rudimentaire de la langue et d’une culture «exotique» destinée à être exhibée comme on objet d’artisanat, de religion ou de coutume. Pour les associations autochtones, il faut redéfinir le concept d'«inter culturalité» (interculturalidad) en considérant celle-ci comme une relation égalitaire entre des cultures différentes et des peuples différents qui ont en commun un projet de coexistence dans le respect et la solidarité. Autrement dit, les Chiliens devraient apprendre des éléments de la culture autochtone.
Par ailleurs, le système éducatif chilien destiné aux autochtones est handicapé par de graves problèmes, dont la pénurie de manuels et de personnel enseignant qualifié. Il faudrait plutôt assurer la formation des enseignants «en éducation interculturelle bilingue» dans les différents niveaux de l’enseignement, sans oublier la préparation et la diffusion du matériel didactique pertinent, dont des instruments informatisés.
Les autochtones du Chili proposent d’augmenter le nombre de bourses d’études de leurs enfants, notamment au secondaire et à l’université. Ces bourses devraient être considérées comme un dédommagement ou une remise de dettes pour les préjudices infligés historiquement aux indigènes.
Le Conseil national mapuche demande au gouvernement de ratifier la Convention no 169 de l’OIT, la
Convention relative aux peuples indigènes et tribaux  de l’Organisation internationale du travail. Ce document d’une grande importante implique 15 États, dont en Amérique latine, l’Argentine, la Bolivie, la Colombie, le Paraguay, le Pérou, le Venezuela, puis le Mexique, le Costa Rica, le Honduras, le Guatemala, l’Équateur, etc.

- Les demandes


Dans un communiqué de presse daté du 5 juin 1997, les Mapuches affirmaient que rien n’indique que, dans un futur immédiat, il se produira au Chili des changements significatifs à leur égard. Les conditions sociales de la population indigène restent toujours les mêmes depuis des décennies. Par rapport aux normes internationales, la situation des autochtones du Chili semble mettre en évidence le double niveau de détérioration des conditions de vie des populations indigènes du pays.
Avec regret, les autochtones disent constater une attitude intransigeante de la part du gouvernement de M. Ricardo Lagos face à la demande assidue de diverses organisations représentant les intérêts de la nation mapuche.
Néanmoins, les associations autochtones mapuches formulent les demandes suivantes:

1) «En tenant compte de l’énorme dette historique de la société chilienne en ce qui concerne nos peuples autochtones, nous exigeons du gouvernement une augmentation substantielle des ressources de la CONADI (Corporación Nacional de Desarrollo Indígena) pour obtenir la restitution de terres aux communautés indigènes, ainsi que l'appui financier et technique pour que ces communautés puissent travailler de manière effective.»

2) «De même, nous incitons le gouvernement à développer réellement l'éducation bilingue, de telle sorte que les peuples indigènes soient dans des conditions de préserver et de développer leur identité historique et culturelle.»

3) «Nous rappelons au gouvernement qu'il accélère les démarches législatives pour obtenir la ratification, par le Chili, de la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux de l’Organisation internationale du travail.»

4) «Nous demandons l’arrêt immédiat de la violence institutionnelle contre le peuple mapuche.»

5) «Nous demandons la constitution d’une table de négociation permanente avec la participation de toutes les organisations mapuche, afin de déterminer ensemble un ordre du jour et les mesures politiques à appliquer en priorité.»
En conséquence, les autochtones du Chili exigent dorénavant que l’État les reconnaisse comme peuples distincts, avec un contrôle sur leur territoire et leurs ressources naturelles, et ce, en exerçant leur autodétermination (Libredeterminación). C’est dans ce cadre que les autochtones, du moins les Mapuches, estiment pouvoir exercer leurs droits complémentaires en matière de justice, d’éducation, de santé d’économie, etc.
 

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Aux cours des dernières années, la population mapuche, aussi bien dans les villes que dans les lieux de vie ancestraux, s’est mobilisée dans un mouvement permanent de protestations et d’actions politiques demandant des solutions face au traitement injuste et à la discrimination auxquels ils ont été systématiquement soumis depuis l’occupation de leur territoire en 1883. Non seulement le sort des autochtones ne s’est guère amélioré en regard de leurs attentes, mais ils ont toujours souffert de discrimination et d’abus, voire de violence policière.
La politique linguistique du Chili s'inscrit dans une politique indigéniste, dont elle ne constitue qu'une infime partie. Elle se limite à l'éducation interculturelle bilingue et à quelques privilèges occasionnels dans les tribunaux et à quelques émissions radiophoniques communautaires. En somme, la politique réellement appliquée se résume à accorder une instruction dans la langue maternelle de l’élève autochtone, puis d'introduire l’espagnol progressivement comme langue seconde. L’objectif est de passer entièrement à la langue seconde, une fois rendu au secondaire. Cependant, beaucoup d'autochtones, surtout parmi les Mapuches, ont dénoncé cette politique «politiquement correcte», où l'espagnol est ajouté aux langues autochtones. Ils croient qu’il s’agit d’une autre tentative, secrète celle-là, de remplacer leur langue par le castillan et d’assimiler les enfants autochtones.
Le système actuel ne répond pas aux besoins des autochtones, parce que ce sont des programmes nationaux qui n’intègrent aucun élément de la culture indigène. Les élèves autochtones sont toujours tenus d'apprendre une autre langue que leur langue maternelle, ce qui n’est pas le cas des autres Chiliens (Metizos). Autrement dit, les autochtones sont obligés de recevoir une éducation bilingue et de développer des habiletés de bilinguisme, alors que les autres Chiliens s’en tiennent à la seule langue espagnole.  En somme, la politique chilienne ressemble en cela aux autres pays du continent. L'État laisse entendre que la langue officielle est le castillan (castellano) et que sont reconnues également les langues aymara, mapuche et rapanui. C'est une façon de présenter les choses qui ne correspond en rien à la réalité. D'ailleurs, les associations mapuches demandent justement au gouvernement chilien d'officialiser, au même titre que le castillan, le mapudungun, la langue propre du peuple mapuche et de la région, et de l'utiliser dans les moyens de diffusion de masse et de l'intégrer dans le système éducationnel régional par une éducation bilingue interculturelle. Dans l'état actuel des choses, les autochtones risquent fort d'attendre encore longtemps!

                                Dernière révision en date du 06 10 2005

               LECLERC, Jacques.  « Chili » dans L'aménagemement linguistique dan le monde, Québec, TLFQ, Université Laval 06 10 2005 (08 10 2005)

 

http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/amsudant/chili.htm