Réquiem pour un village

La guerre des clans
Jean-François Bégin La Presse

KITCISAKIK — Edouard Brazeau enseigne la culture algonquine à l’école primaire de Kitcisakik. Il apprend aux enfants à décrire leur monde dans la langue de leurs ancêtres. Il les emmène en forêt pour leur montrer comment cuire la banik. Il les familiarise avec les lacs et rivières de leur territoire traditionnel, dans le nord de la réserve faunique La Vérendrye.

Edouard Brazeau fait tout ça. Mais il ne le fera peut-être pas encore très longtemps. « Je me suis souvent demandé si j’allais rester ou partir pour Val-d’Or. J’y songe sérieusement. »

Le cas d’Edouard Brazeau n’est pas unique. L’exode est déjà commencé. Selon la chef Adrienne Anichinapéo, une dizaine de familles ont récemment déménagé à Val-d’Or, 90 kilomètres plus au nord. « Quand une famille part, elle part avec ses enfants », souligne M. Brazeau. Dans un village de moins de 400 habitants, le trou peut vite devenir béant.

Les conditions de vie sont misérables dans cette communauté autochtone, qui n’a pas le statut de réserve. Les habitants dépendent de génératrices polluantes pour leur électricité. Ils n’ont pas d’égout ni d’eau courante et sont condamnés à marcher jusqu’au bloc sanitaire du village pour remplir leurs bidons d’eau, aller aux toilettes ou prendre leur douche.

Certes, il y a des progrès. Outre l’école primaire, le village compte un CPE et un centre de formation pour les adultes. Le tiers des 90 maisons ont été rénovées et, dans certains cas, agrandies. Mais la majorité des résidants vit encore dans des maisons de 20 pieds sur 24 aux murs en panneaux d’aggloméré. Des cabanes non isolées et sans finition extérieure, vulnérables à la moisissure, où la seule façon de lutter contre le vent qui s’engouffre par tous les interstices pendant la saison froide est de chauffer à blanc le poêle à bois.

GUERRE POLITIQUE

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