Les enfants de Davis Inlet

C’est un reportage de 1993 qui fait découvrir aux Canadiens les enfants de Davis Inlet s’intoxiquant à l’essence. Mais les problèmes des Innus Mushuau du Labrador commencent en fait dès 1967 alors qu’ils sont « installés » à Davis Inlet par le gouvernement canadien. Plus les années passent, plus les habitants réclament un retour à la terre ferme. Le déplacement des Innus commence en décembre 2002, mais toutes les maisons ne sont pas prêtes à Natuashish. L’évacuation totale de Davis Inlet se termine en août 2003.


Peu de Canadiens connaissent l’existence même de Davis Inlet lorsque la journaliste Annette Bolduc raconte qu’un incendie vient de tuer six enfants âgés de 6 mois à 9 ans. Par une température de moins 50 degrés Celsius, un feu s’est déclaré dans une maison alors que les parents étaient partis boire. On pense que les enfants ont essayé de se réchauffer avec une plaque chauffante, le poêle à bois n’étant pas suffisant.

Les habitants du village se sont précipités sur les lieux de l’incendie, mais n’ont rien pu faire, faute d’eau courante pour éteindre les flammes.


Davis Inlet, apprend-on à ce moment, est un village innu situé sur une petite île, sur la côte du Labrador, qui regroupe quelque 500 personnes. Les conditions de vie y sont intolérables : les maisons sont insalubres, sans eau courante ni système d’évacuation. La consommation d’alcool et de drogue toucherait 80 % de la population, selon certains spécialistes, et le taux de suicide serait le plus élevé au monde, selon certaines études.

Les habitants demandent au gouvernement de déménager leur communauté sur la terre ferme du Labrador, espérant y trouver des meilleures conditions de vie, mais ce dernier refuse tant que des études ne seront pas faites. Davis Inlet retombe dans l’oubli collectif.


Afin de mieux comprendre les causes de l’incendie du 14 février 1992, les Innus Mushuau et la nation innue lancent une enquête interne. Ils produisent un document baptisé Gathering Voices: Finding the Strength to Help our Children. Ce dernier proposait un plan à long terme comprenant le règlement de leur revendication territoriale ainsi que la création d’un centre de traitement pour les familles.


• Entre 1939 et 1945, les Innus Mushuau s’installent à Old Davis Inlet, sur la côte du Labrador. En 1948, le gouvernement oblige la communauté à déménager à Nutak, au nord du Labrador, mais deux ans plus tard, les Innus sont revenus d’eux-mêmes à Old Davis Inlet.

• En 1967, les quelque 150 Innus de Old Davis Inlet sont déplacés sur l’île de Iluikoyak, à une quinzaine de kilomètres des côtes, rebaptisée Davis Inlet.


• Les raisons du déménagement des Innus Mushuau ne sont pas claires. On sait que c’est sous la pression du gouvernement de Terre-Neuve, dirigé par Joey Smallwood, et de l’Église catholique que le déplacement eut lieu, sans aucune consultation publique ni aucun vote.

• Les Innus acceptèrent apparemment de déménager car on leur avait promis de bonnes terres pour la construction, de l’eau courante et de meilleures conditions de vie.


• Confinés sur une île sans accès à la terre ferme pendant le gel et le dégel, les Innus Mushuau ont rapidement perdu leurs habitudes de chasse, principal élément de survivance de la communauté. Ils se sont sédentarisés, se coupant de leur mode de vie traditionnel. Le chômage, l’alcoolisme et la violence étouffent rapidement la population.

• Les Innus du Labrador n’ayant pas eu le statut d’Indien lorsque Terre-Neuve se joint à la Confédération, ils relèvent du gouvernement provincial.

 

Moins d’un an après l’incendie qui emporta six enfants, le Canada et le monde entier sont frappés par des images d’horreur. Sur une vidéo tournée par l’agent Simeon Jacobish et diffusée à travers le pays, on voit six jeunes Innus, à peine des adolescents, qui se sont enfermés dans un cabanon non chauffé par une température de moins 40 degrés, respirant des vapeurs d’essence et criant leur envie de mourir. Le compte rendu d’Annette Bolduc aux Actualités permet aux auditeurs de découvrir les conditions de vie à Davis Inlet


Après la tentative de suicide des six enfants, les médias débarquent à Davis Inlet et dévoilent ce qu’est la vie dans le village innu. Des maisons insalubres, sans eau courante, où un sceau tient lieu de toilette, mal isolées, sont disséminées sur un terrain sans route, jonché de détritus, le service de collecte des déchets domestiques n’existant pas. Des adultes ivres titubent pendant que des enfants d’à peine 10 ans plongent leur visage dans des sacs en plastique et inhalent des vapeurs d’essence qui les rendent euphoriques. Ces images font le tour du monde.


En mars 1993, quelques mois après les événements, le ministre de la Santé et du Bien-être social du Canada, Benoît Bouchard, annonce la tenue d’une enquête fédérale sur les causes des problèmes d’intoxication par vapeur d’essence non seulement à Davis Inlet, mais dans toutes les communautés autochtones.

Dans le même souffle, le gouvernement s’engage à assumer les frais de transport des enfants intoxiqués de Davis Inlet afin qu’ils soient traités dans le centre de désintoxication de leur choix


• Au moment de l’annonce de la tenue de l’enquête par le ministre Bouchard, un colloque national sur la prévention du suicide chez les peuples autochtones se déroulait à Ottawa.

• Ovide Mercredi, alors chef de l’Assemblée des Premières nations, y déclarait que seule une Constitution remaniée, reconnaissant le principe d’autonomie gouvernementale, permettrait aux autochtones de se prendre en main pour gérer leur avenir


• Avant même que n’éclatent les incidents de Davis Inlet, le gouvernement canadien avait instauré, en 1991, la Commission royale d’enquête sur les peuples autochtones, présidée par le juge René Dussault et le leader autochtone Georges Erasmus (consultez notre dossier La croisade de Georges Erasmus).

• Le rapport, en cinq volumes, réalisé au coût de 58 millions de dollars, a été déposé en 1996. Il contient une centaine de recommandations et préconise un changement profond des relations entre autochtones et non-autochtones.


• On doit le nom Davis Inlet à John Davis, navigateur anglais qui tente de rejoindre l’Asie en passant par l’Arctique. Il navigue sur les côtes du Labrador en 1587 et cartographie les côtes du Groenland, de l’île de Baffin et du Labrador.

• Inlet est un terme anglais qui signifie crique. Plusieurs villages de la côte nord du Canada portent le nom Inlet : Rankin Inlet, Bathurst Inlet, Pond Inlet…

Pendant les jours suivant la tentative de suicide des six jeunes de Davis Inlet, des reportages, tels que celui présenté à l’émission d’informations Le Dimanche, font état de la grande misère sociale des Innus Mushuau. La journaliste Françoise Enguehard donne la parole à l’agent Simeon Jacobish.

Sur ces images, les visages des enfants en train d’inhaler des vapeurs d’essence ont été cachés, afin de préserver l’identité de ces derniers.
Historiquement, les Innus, qui vivent au Canada depuis au moins 2000 ans, sont nomades. Chasseurs, ils ne se rendaient sur la côte que durant les mois d’été. L’installation de postes de traite de fourrures et l’arrivée de prêtres transforment les habitudes de vie des Innus du Labrador.

Même si, pendant des années, ils jugeaient la Loi sur les Indiens paternaliste, les Innus du Labrador ont commencé à se renseigner sur les façons de s’y inscrire à la fin des années 1970.


En août 1993, la Commission des droits de la personne du Canada rend public un rapport sur le traitement des Innus du Labrador par le gouvernement canadien.

Le professeur Donald McRae, auteur du rapport, y faisait cinq recommandations : que le fédéral reconnaisse officiellement ses responsabilités constitutionnelles auprès des Innus du Labrador, qu’il annule les ententes de financement avec Terre-Neuve et le Labrador et qu’il mette en œuvre des ententes de financement direct avec les Innus, qu’il négocie directement avec les Innus au sujet de l’autonomie gouvernementale, qu’il entame la réinstallation des Innus de Davis Inlet dans un lieu de leur choix et, enfin, qu’il finance la mise en œuvre de ces recommandations.


• On compte plus de 16 000 Innus, répartis dans treize communautés, dans l’est du Canada. Ils partagent une langue commune, l’innu-aimun.

• Les quelque 1500 Innus du Labrador, qu’on appelle également Naskapis, vivent dans deux communautés, Sheshatshiu et Utshimassit (Davis Inlet) au Labrador, installées dans la région nommée Nitassinan et correspondant à la péninsule d’Ungava.

• Les Innus du Québec, mieux connus sous le nom de Montagnais, se répartissent dans les communautés de Pakuashipi, La Romaine, Natashquan, Mingan, Uashat, Maliotenam, Betsiamites, Les Escoumins, Mashteuiatsh, Shefferville et Kawawachikamach.


• Les Conditions de l’union de Terre-Neuve au Canada qui ont régi l’entrée de Terre-Neuve dans la Confédération (voir notre dossier Terre-Neuve, l'autre solitude) ne font pas mention des autochtones de Terre-Neuve et du Labrador.

• Au fil du temps, les gouvernements fédéral et provincial ont conclu des ententes délimitant les domaines de compétences des deux ordres gouvernementaux, plus particulièrement sur la division des coûts engendrés par cette population.


• Donald McRae est membre des barreaux de la Nouvelle-Zélande et de l’Ontario. Il a été doyen de la section de common law de la faculté de droit à l’Université

d’Ottawa. Spécialiste du droit international, il a participé activement aux discussions sur le libre-échange entre le Canada et les États-Unis, ainsi que sur l’ALENA.

• Le professeur McRae a également co-rédigé, avec Constance Backhouse, le rapport de suivi des recommandations du premier rapport de la Commission des droits de la personne, remis en mars 2002.

Le rapport de la Commission des droits de la personne sur le traitement des Innus du Labrador par le gouvernement du Canada recommandait, en 1993, que le gouvernement s’engage « à organiser un déménagement rapide des Innu Mushuau à un emplacement choisi par eux ». En février 1994, le gouvernement libéral dirigé par Jean Chrétien alloue une enveloppe de 80 millions de dollars pour le déménagement de la communauté.

La journaliste Annette Bolduc discute avec plusieurs intervenants, Innus et non-autochtones, de cette réinstallation
Les Innus Mushuau avaient déjà choisi Little Sango Pond (Natuashish), sur le continent, à 15 kilomètres de l’île de Iluikoyak, lors d’un vote tenu le 8 juin 1993. La communauté devait remplir plusieurs conditions, entre autres, adopter un plan de reconstruction sociale et économique à long terme.

En décembre 1995, les Innus présentent un plan de reconstruction sociale comprenant 131 initiatives, dont des projets sur la culture innue, la santé, les services sociaux, l’éducation ou encore la justice. À l’automne 1996, les Innus votent à 97 % en faveur du déménagement à Natuashish.
L’entente entre les deux ordres gouvernementaux et les Innus précisait que ces derniers devaient participer activement à la construction de la nouvelle communauté, ayant ainsi accès à de la formation et des emplois. On y précisait même que les entrepreneurs devaient engager un Innu pour trois travailleurs non innus.

La construction des 30 maisons confiée à des entrepreneurs innus a connu des problèmes. Les fonds ont manqué et les délais ont été dépassés; en conséquence, seul l’extérieur des maisons a pu être terminé.


• L’une des figures de proue de la lutte pour sauver la communauté de Davis Inlet a été la chef Katie Rich. Mère de quatre enfants, elle est élue chef des Innus Mushuau un mois après l’incendie de 1992, elle se battra pour que sa communauté puisse déménager sur le continent. Remplacée par Simeon Tshakapesh en mars 1994, elle est réélue en avril 1995.

• Prote Poker la remplace en octobre 1998. La jeune femme continue cependant d’être une des voix de la communauté innue Mushuau


• Selon les termes de l’Entente de réinstallation des Innus Mushuau conclue entre le gouvernement du Canada, le gouvernement de Terre-Neuve et le conseil de bande, la province a accepté de céder un territoire, au terme d’un bail de 20 ans; l’entente prévoit également le transfert de ce territoire aux Innus.

• La construction du nouveau village devait être terminée à l’automne 2001. Dans les faits, les déménagements ont commencé en décembre 2002.


• Un des facteurs qui ont retardé la construction du nouveau village est la courte saison pendant laquelle les équipes peuvent travailler. À cause des températures froides et des chutes de neige, les routes doivent être entretenues régulièrement, ce qui ralentit le travail.

• Le projet comprend la construction de 133 maisons. Cinq styles de maison ont été présélectionnés par la communauté, le choix des couleurs ayant été laissé aux habitants


• Au départ, le gouvernement fédéral avait prévu un budget de 50 000 $ par maison. Mais cette somme s’avère insuffisante, ne couvrant en fait que la construction extérieure. Le coût total de chaque demeure s’est élevé en réalité à environ 150 000 $.

• Le projet prend deux ans de retard. En 2001, seulement un tiers des 133 maisons sont construites.

Le retour aux coutumes et aux traditions pourrait permettre aux jeunes Innus de retrouver une certaine dignité, explique le chef Prote Poker à la journaliste Solveig Miller.

Mais d’autres problèmes complètement hors du contrôle des Innus risquent de mettre en danger l’équilibre de la communauté. À savoir un projet de forage près de Voisey’s Bay et les vols des avions de l’OTAN au ras du sol près des territoires de chasse.


Les Innus du Labrador se battent depuis le début des années 1980 contre l’armée canadienne qui se sert de l’espace aérien au-dessus de leur territoire pour tester des avions. Des accords signés en 1981 avec l’armée de l’air de la République fédérale d’Allemagne, puis en 1986 avec celle des Pays-Bas, donnaient accès à ces deux pays à l’espace aérien près de Goose Bay. En 1991, on estimait à 6000 les vols de jets par année, parfois à moins de 16 mètres du sol.
Par ailleurs, en 1993, un important dépôt de nickel est découvert à Voisey’s Bay, à 90 kilomètres au nord de Davis Inlet. Les Innus considèrent qu’ils n’ont jamais cédé leur territoire à aucun gouvernement et donc que le projet d’exploration ne peut aller de l’avant tant que la question des revendications territoriales n’a pas été réglée.

Faisant fi des revendications des Innus, le gouvernement de Terre-Neuve et la compagnie minière Inco ont conclu une entente d’exploitation en juin 2002

• Les symptômes de l’inhalation de vapeurs d’essence se traduisent par des étourdissements, des hallucinations auditives et visuelles, des pertes de mémoire et des tremblements. À long terme, on note des effets sur les capacités intellectuelles, la mémoire, les capacités psychomotrice et d’apprentissage.

• En septembre 2002, la Presse canadienne apprend que le gouvernement fédéral a embauché des chercheurs pour effectuer des tests sur des additifs nauséabonds à ajouter dans l’essence afin de réduire l’inhalation de vapeurs d’essence dans certaines communautés autochtones.
Jusqu’en 2002, les Innus du Labrador, contrairement aux autres autochtones du pays, ne sont pas inscrits conformément à la Loi sur les Indiens; ils ne vivent pas dans des réserves et n’ont pas abandonné leurs territoires traditionnels et leurs droits aborigènes.

• Par le fait même, ils ne bénéficient pas des services et des programmes gouvernementaux accordés aux autres peuples autochtones; ils paient entre autres les mêmes impôts que les Canadiens non autochtones.


En ce début d’année 2002, les médias canadiens tournent une fois de plus leur attention sur le petit village de Davis Inlet. Malgré les cures de désintoxication, des enfants continuent d’inhaler des vapeurs d’essence.

Danielle Descent, une psychologue de la réserve de Maliotenam, près de Sept-Îles, qui a travaillé auprès de certains enfants innus, explique à Jean Dussault, dans le cadre de l’émission La Tribune du Québec, pourquoi les jeunes retombent dans la toxicomanie même après une longue cure de désintoxication.
Le chef de la communauté, Simeon Tshakapesh, blâme les responsables du service de santé du Canada pour les rechutes des enfants, affirmant que ces derniers ont refusé de financer un centre de traitement communautaire.

Mais pour Dave Shulltworth, sergent de la Gendarmerie royale du Canada en poste à Davis Inlet en décembre 2001, l’île a été tranquille pendant quelque temps à cause de froids intenses obligeant les parents à rester chez eux plutôt que d’aller boire. Le temps s’étant radouci vers Noël, les parents sont retournés boire, laissant les enfants à eux-mêmes.

 
• En décembre 2000, le gouvernement canadien et les Innus Mushuau concluent une entente afin d’envoyer une vingtaine d’enfants intoxiqués en traitement à Terre-Neuve, pour une période d’un an.

• Le gouvernement promet aussi la construction d’un centre de désintoxication, qui doit être situé plus au centre du Labrador et géré par la communauté innue elle-même.


• En octobre 2001, le chef Simeon Tshakapesh avertit, dans une lettre envoyée au premier ministre Jean Chrétien, au ministre de Santé Canada Allan Rock et au ministre des Affaires indiennes Robert Nault, qu'une autre crise d’inhalation de vapeurs d’essence guettait la communauté si le gouvernement refusait de financer le traitement des jeunes revenus de désintoxication.
 
C’est à motoneige que les familles quittent Davis Inlet, tournant le dos à 35 ans de misère et d’insalubrité, comme le montre ce reportage de Stephan Thériault. Pères, mères, enfants et grands-parents s’entassent avec les quelques biens récupérés des taudis sans eau courante et sans évacuation d’aisance. Ils espèrent commencer une vie meilleure, avec de la plomberie, des appareils électroménagers et des robinets qui ne sont plus que décoratifs dans leur vie actuelle.

Mais tous n’ont pas la chance de partir. Environ 150 membres de la communauté doivent rester en arrière, toutes les maisons n’étant pas terminées à Natuashish.
En attendant le déménagement complet des Innus vers Natuashish, le magasin de Davis Inlet demeure ouvert, les services aéroportuaires et hydroélectriques continuent de fonctionner et la Gendarmerie royale du Canada maintient un poste à Davis Inlet. Les services de santé d’urgence continuent d’être assurés vers Happy Valley-Goose Bay. Et certaines classes restent ouvertes pour assurer la transition des élèves.

En février 2003 pourtant, il reste encore des familles à Davis Inlet, de plus en plus isolées. La clinique médicale est fermée, et les derniers habitants ont l’impression qu’on les a abandonnés.


En février 2004, 30 des 133 maisons de Natuashish n’étaient toujours pas construites. Certains Innus restés à Davis Inlet doivent faire le trajet en motoneige soir et matin, sur le bras d’eau gelé entre l’ancien village et le nouveau pour aller travailler. Un trajet fait souvent dans des conditions climatiques difficiles.

• Situé à près de 300 kilomètres au nord de Happy Valley-Goose Bay, Natuashish est uniquement accessible par voie maritime ou aérienne.

• Le projet de réinstallation des Innus Mushuau, qui avait bénéficié d’une enveloppe de 80 millions au départ, a coûté 150 millions au bout du compte.


• Une fois les travaux de construction terminés, Natuashish comprendra 133 résidences, une piste d’atterrissage, un quai, une école, un site d’enfouissement des déchets, un système d’eau et d’égout.

• Un système routier de 9,5 kilomètres relie le village, le quai et la piste d’atterrissage, conçue par la firme Davis Engineering & Associates Limited et construite par Mushuau Innu Construction Inc. au coût de 2,1 millions.

• Le village lui-même compte 5,6 kilomètres de rues.

En ce début d’année 2002, les médias canadiens tournent une fois de plus leur attention sur le petit village de Davis Inlet. Malgré les cures de désintoxication, des enfants continuent d’inhaler des vapeurs d’essence.

Danielle Descent, une psychologue de la réserve de Maliotenam, près de Sept-Îles, qui a travaillé auprès de certains enfants innus, explique à Jean Dussault, dans le cadre de l’émission La Tribune du Québec, pourquoi les jeunes retombent dans la toxicomanie même après une longue cure de désintoxication.
Le chef de la communauté, Simeon Tshakapesh, blâme les responsables du service de santé du Canada pour les rechutes des enfants, affirmant que ces derniers ont refusé de financer un centre de traitement communautaire.

Mais pour Dave Shulltworth, sergent de la Gendarmerie royale du Canada en poste à Davis Inlet en décembre 2001, l’île a été tranquille pendant quelque temps à cause de froids intenses obligeant les parents à rester chez eux plutôt que d’aller boire. Le temps s’étant radouci vers Noël, les parents sont retournés boire, laissant les enfants à eux-mêmes.


En décembre 2000, le gouvernement canadien et les Innus Mushuau concluent une entente afin d’envoyer une vingtaine d’enfants intoxiqués en traitement à Terre-Neuve, pour une période d’un an.

• Le gouvernement promet aussi la construction d’un centre de désintoxication, qui doit être situé plus au centre du Labrador et géré par la communauté innue elle-même.


• En octobre 2001, le chef Simeon Tshakapesh avertit, dans une lettre envoyée au premier ministre Jean Chrétien, au ministre de Santé Canada Allan Rock et au ministre des Affaires indiennes Robert Nault, qu'une autre crise d’inhalation de vapeurs d’essence guettait la communauté si le gouvernement refusait de financer le traitement des jeunes revenus de désintoxication.
 
C’est à motoneige que les familles quittent Davis Inlet, tournant le dos à 35 ans de misère et d’insalubrité, comme le montre ce reportage de Stephan Thériault. Pères, mères, enfants et grands-parents s’entassent avec les quelques biens récupérés des taudis sans eau courante et sans évacuation d’aisance. Ils espèrent commencer une vie meilleure, avec de la plomberie, des appareils électroménagers et des robinets qui ne sont plus que décoratifs dans leur vie actuelle.

Mais tous n’ont pas la chance de partir. Environ 150 membres de la communauté doivent rester en arrière, toutes les maisons n’étant pas terminées à Natuashish.
En attendant le déménagement complet des Innus vers Natuashish, le magasin de Davis Inlet demeure ouvert, les services aéroportuaires et hydroélectriques continuent de fonctionner et la Gendarmerie royale du Canada maintient un poste à Davis Inlet. Les services de santé d’urgence continuent d’être assurés vers Happy Valley-Goose Bay. Et certaines classes restent ouvertes pour assurer la transition des élèves.

En février 2003 pourtant, il reste encore des familles à Davis Inlet, de plus en plus isolées. La clinique médicale est fermée, et les derniers habitants ont l’impression qu’on les a abandonnés.


• En février 2004, 30 des 133 maisons de Natuashish n’étaient toujours pas construites. Certains Innus restés à Davis Inlet doivent faire le trajet en motoneige soir et matin, sur le bras d’eau gelé entre l’ancien village et le nouveau pour aller travailler. Un trajet fait souvent dans des conditions climatiques difficiles.

 

 

• Situé à près de 300 kilomètres au nord de Happy Valley-Goose Bay, Natuashish est uniquement accessible par voie maritime ou aérienne.

• Le projet de réinstallation des Innus Mushuau, qui avait bénéficié d’une enveloppe de 80 millions au départ, a coûté 150 millions au bout du compte.


• Une fois les travaux de construction terminés, Natuashish comprendra 133 résidences, une piste d’atterrissage, un quai, une école, un site d’enfouissement des déchets, un système d’eau et d’égout.

• Un système routier de 9,5 kilomètres relie le village, le quai et la piste d’atterrissage, conçue par la firme Davis Engineering & Associates Limited et construite par Mushuau Innu Construction Inc. au coût de 2,1 millions.

• Le village lui-même compte 5,6 kilomètres de rues.

Dorénavant à eux. Déménager dans une maison ayant l’eau courante et le chauffage ne règlera pas a été enregistré le 21 novembre 2002. Par le fait même la Loi sur les Indiens s’applique tous les problèmes des Innus Mushuau, comme l’expliquent Simeon Tshakapesh, Nicanor Sarmiento et Prote Poker au micro de Sébastien Perron.

En 2001, le gouvernement fédéral met en place la Stratégie globale de guérison des Innus du Labrador, une approche holistique, dit-on, qui doit permettre de s’attaquer aux causes fondamentales au lieu de s’en tenir aux symptômes.
Outre le déménagement, la création d’une bande des Premières nations pour les Innus Mushuau et d’une réserve à Natuashish, la stratégie gouvernementale comprend également l’établissement de programmes sociaux afin d'aider les Innus à s'adapter à leur nouvelle collectivité et un programme de traitement et de postcure en région rurale.

Pour les Innus, cependant, seule la réappropriation de leurs terres mènera vers un rétablissement complet de la communauté
• Davis Inlet n’est pas le seul village autochtone aux prises avec des problèmes de suicide, d’alcoolisme, de toxicomanie et de violence. Même l’inhalation d’essence se pratique dans plusieurs communautés amérindiennes à travers le Canada.

• Afin d’enrayer la consommation d’alcool et dans l’espoir d’entamer un processus de guérison au sein des familles, les résidents de Davis Inlet se sont prononcés, en août 1998, par un vote majoritaire (62 %), en faveur de l’interdiction de consommation d’alcool et d’usage de solvants.


• Le décret constituant la bande de la Première nation innue de Mushuau


2004 : Rien n'est réglé
Suicide, alcoolisme, inhalation d’essence, violence et inceste continuent de frapper la communauté, malgré le déménagement de Davis Inlet à Natuashish, nous apprend ce reportage de Stephan Thériault pour le Téléjournal Atlantique. Et l’ancien chef Simeon Tshakapesh demande au gouvernement fédéral de financer un centre de désintoxication pour les familles.

Envoyer les enfants dans des centres hors de leur communauté ne règle pas les problèmes, et la population a un besoin criant de psychiatres et de conseillers en toxicomanie sur place.
Un an à peine après le déménagement, on estime que 70 % des résidents de Natuashish abusent d’alcool et de drogues. Les drogues se durcissent, on ne parle plus seulement de consommation de marijuana et de vapeurs d’essence. Et les enfants continuent d’inhaler des vapeurs d’essence derrière des portes closes.

Même s’il n’y a aucun débit de boisson dans la communauté, la contrebande d’alcool bat son plein. Une bouteille de 40 onces se vend 300 $, et jusqu’à 800 $ pendant la période des Fêtes.


• En 2003, selon Statistique Canada, l’âge moyen des 600 habitants de Natuashish est de 18,7 ans. Plus de la moitié de la population (56 %) a à peine un diplôme d’études secondaires et seulement 20 des 330 résidents de plus de 15 ans continuent leurs études.

 

 

• Le revenu annuel moyen est de 16 465 $ et les transferts gouvernementaux comptent pour 25 % du revenu.

 
• Depuis décembre 2003, Natuashish a le statut de réserve. On y compte 133 maisons, des systèmes d’eau et d’égout. Les infrastructures comprennent des rues, des voies de desserte, un quai et une piste d’atterrissage.

• La population a accès à une école, un bureau pour le conseil de bande, une caserne de pompiers, un poste de police, un garage communautaire et une infirmerie.


• En 2003, l’agence caritative World Vision Canada inclut la communauté des Innus Mushuau dans son catalogue invitant les âmes généreuses à envoyer de l’argent. Pour la somme de 30 $, on peut parrainer un enfant et lui permettre d’avoir un petit déjeuner tous les jours pendant un mois.

 

 

• En octobre 2004, le documentaire Mushuau Innu: Surviving Canada, du réalisateur Ed Martin, est diffusé pour la première fois au Canada. On y voit que le déménagement n’a pas réglé les problèmes de la communauté

 

 

À lire dossier :

Les Innus du Labrador sur la voie de la guérison

http://www.ainc-inac.gc.ca/ai/scr/at/irp/bkg-fra.asp

 

 

 http://archives.radio-canada.ca/politique/droits_libertes/clips/9992/

 

Des Indiens sans statut
Les Innus de Terre-Neuve, contrairement à ceux du Québec, n'ont pas eu le statut d'Indiens avant la fin du 20e siècle.

2 février 1993 7 min 17 s 

Sources : http://archives.radio-canada.ca/politique/droits_libertes/clips/9998/

 

Lire pour savoir l'évolution en 2005.

http://www.versuntraite.com/

 

http://www.toxicoquebec.com/actus/index.php?2005/03/31/397-des-conseils-de-bande-innus-du-quebec-viennent-en-aide-a-leurs-freres-du-labrador

 

http://www.parl.gc.ca/38/1/parlbus/commbus/senate/Com-f/huma-f/42502-f.htm?Language=F&Parl=38&Ses=1&comm_id=77