Les jeunes Amérindiens du Québec

Sarah Pelletier (Sciences humaines)

La découverte de l’Amérique a permis aux Européens d’entrer en contact avec une civilisation vieille de trente à cinquante mille ans. Si, au lieu d’exploiter le peuple amérindien qu’elle qualifiait de sauvage, la civilisation conquérante avait plutôt tenté de s’enrichir au contact de ces nations, elle aurait découvert un univers riche en traditions et redevant envers celle qui les a toujours nourri : la Terre.
Ces
traditions séculaires se transmettaient de génération en génération. Un savoir d’une importance cruciale traversait le temps, à travers l’éducation que recevaient les jeunes Amérindiens. Mais quel type d’éducation recevaient-ils donc, ces « sauvages » pour que leur civilisation « barbare » ait perduré pendant des millénaires ? C’est à cette question que je tenterai de répondre par le biais de cette recherche.
Plusieurs aspects de leur culture, comme le mariage, la religion et l’apprentissage des moyens de subsistance y seront abordés. Ils permettront de mieux comprendre le contexte dans lequel grandissait et était éduquée la progéniture de ceux qui ont habité le Canada, bien avant notre ère.

La période historique

Il y a 11 500 ans, le Québec est en grande partie sous les glaciers. Avec le réchauffement planétaire, toute cette glace fond tranquillement, faisant par le fait même remonter le niveau des océans. La région que l'on appelle aujourd'hui les basses terres du Saint-Laurent se retrouve submergée par une grande étendue d'eau : la Mer de Champlain. Pendant que la masse de glace se retire, le continent entier remonte et l'eau de fonte retourne dans l'océan. C'est il y a 6 000 ans, pendant la période que l'on nomme archaïque, que peut débuter l'occupation de la plaine laurentienne par l’homme.
Au tout début, c'est principalement la chasse au gibier qui assure l'alimentation des populations de chasseurs-cueilleurs. La pêche fait aussi partie des activités de subsistance des Amérindiens. Les principales espèces chassées sont le caribou, l'orignal, le chevreuil et le wapiti. On se nourrit également de castor et d'ours ainsi que d'espèces mineures telles que le porc-épic et le lièvre. Le régime est complété par des baies, des noix et des fruits sauvages.
L'été et le début de l'automne sont synonymes d'abondance : les populations se regroupent en villages pour échanger avec d'autres clans ou tribus. Lorsqu'arrive l'hiver,  on se disperse sur les territoires de chasse, chaque clan ou famille possédant le sien. Très bien adapté aux ressources environnementales, ce nomadisme cyclique entraîne une hausse de la population amérindienne. Commence alors la période du Sylvicole : les habitants de la plaine laurentienne se tournent d'avantage vers les ressources maritimes et, avec l'apparition de la poterie, vers une agriculture basée sur la flore avoisinante.
Le rôle de l'homme consiste à trapper, à chasser et à pêcher. Celui de la femme est de s'occuper de la fabrication des poteries, de la préparation des repas, de la cueillette, du séchage des viandes et du traitement des peaux. À partir de ces peaux, elle confectionne diverses lanières de cuir ainsi que des vêtements pour toute la famille. Elle a aussi la responsabilité des enfants en bas âge, qu'elle partage avec les filles plus âgées.

L'apprentissage des jeunes Amérindiens

L'éducation des jeunes Amérindiens dépend avant tout de la communauté tout entière : c'est une responsabilité générale. À travers l'apprentissage des moyens de subsistance, le jeune est amené à découvrir l'univers mystique et sacré avec lequel il interagit. Il développe un sentiment d'appartenance, de respect et de redevance envers celle que ce peuple appelle la Terre-Mère.
Très
tôt, le père transmet à ses fils ses connaissances quant aux comportements des espèces animales. En les amenant avec lui à la chasse, il leur apprend à devenir des biologistes éveillés et compétents. Un bon prédateur doit pouvoir reconnaître les pistes, les traces de broutage et les excréments de chaque espèce. L'hiver, quand les hommes partent à la chasse pendant une longue période de temps, c'est aux femmes amérindiennes et à leurs filles que reviennent les responsabilités de chasser le lièvre et la perdrix et de s'approvisionner en eau et en bois de chauffage. Une connaissance approfondie de l’environnement est donc transmise pour assurer la survie des populations.
La construction des maisons-longues, chez les sédentaires iroquoiens, se fait en fonction du soleil levant et de l'orientation des points cardinaux. On calcule le temps en mois lunaires. Le jeune homme apprend à préparer le sol en vue des semailles : tous ensembles, ils défrichent une parcelle de terre, ramassent le bois utilisable et brûlent les grosses souches. La jeune fille apprend de sa mère à préparer les semailles (maïs, haricots, courges, tournesols), à les mettre en terre, à les récolter et à les conserver. Elle sait très jeune égrener, nettoyer et entreposer le maïs et faire la cuisine. L'apprentissage de la poterie (modelage, règles de morphologie, décoration) se transmet aussi de mère en fille.
Les jeunes Amérindiens reçoivent une éducation sexuelle bien différente de celle des jeunes d'aujourd'hui. Il est tout à fait normal et même conseillé aux filles et aux garçons d'avoir des relations sexuelles avant le mariage. La sexualité n'est pas un sujet tabou et aucune honte n'y est rattachée. Il arrive souvent que des filles soient enceintes avant d'être mariées, ce qui ne nuit pas à leur réputation et ne les empêche pas de trouver un mari.
Les jeunes enfants ne se voient pas attribuer de prénom qui les différencient sexuellement : un prénom n'est ni masculin ni féminin. Les châtiments corporels ne sont jamais utilisés : comprenant vite le rôle des adultes, qui est de les protéger et de les aider dans leur apprentissage, les enfants apprennent tôt l'obéissance.
La religion est conçue pour l'individu et son temple est la Nature. Les esprits habitent tout : la forêt, les eaux, les végétaux, les animaux, les objets, tous ont une âme. Les naissances, les premières menstruations, les mariages et les funérailles sont des occasions propices à l'expression de la spiritualité amérindienne. Ce sont des rites de passage qui permettent aux jeunes de comprendre les cycles de la vie, qui sont partie intégrante de la leur. Par exemple, les tribus micmaques présentent leurs nouveau-nées au soleil lors de l'équinoxe du printemps.  D'autre part, les sépultures amérindiennes sont la preuve qu'on croyait à une forme de survie après la mort. Le défunt était déposé dans une fosse en position étendue ou fœtale. On l'ornait de colliers de coquillages ou de dents, on offrait de la nourriture, des armes, des ustensiles et on enduisait le corps d'ocre rouge, couleur relative à la mort et à l'hostilité.
Le monde des Amérindiens est rempli de symboles autres que les couleurs et reliés aux forces du cosmos. C'est le chaman de la tribu qui initie les jeunes, par la communication qu'il a avec les esprits divins, à respecter ces derniers. Parmi les symboles les plus importants, on compte les offrandes pour apaiser les méchants esprits, les danses, et les rites de purification. Le retrait, le jeûne et la prière amènent la protection spirituelle. Tout comme chez les hindouistes, ce sont la souffrance et l'éloignement dans la nature qui apportent la sagesse. Le chaman est aussi maître dans l'art de guérir. Comme la plupart des individus, il est habile à utiliser et à distinguer les différentes plantes médicinales, mais la communication directe qu'il a avec les esprits fait de lui la première référence en cas de maladie grave.
Pour les jeunes, les aîné(e)s de la communauté sont aussi une source de savoir à ne pas négliger. Ce sont eux, souvent, qui transmettent les mythes relatifs à l'origine et à la raison d'existence des êtres et des choses. Ils conseillent les jeunes dans le choix des matériaux sacrés pour la fabrication d'objets tels que les armes de chasse, les bijoux, les tambours, les paniers et ustensiles divers, les porte-bébés ou les poupées. L'art comble un besoin physique et spirituel tout en transmettent la culture. Les aîné(e)s pratiquent avec les jeunes le rituel qui sert à augmenter la puissance des objets : ceux-ci sont le siège d'êtres surnaturels, tout comme la forêt, le feu, l'eau ou les animaux.
"Tous ces éléments animent un sang magique qui vivifie les objets. Car le feu est vivant, c'est le battement du cœur ; la terre est la mère, le ciel est le père, l'eau est la grand-mère, l'aube rassemble les ancêtres. L'esprit du soleil fait pousser les plantes, et celui de la lune éclaire la nuit." 1
Encore aujourd'hui, plusieurs nations amérindiennes, telles les Algonquins ou les Cris, sont très attachées à leurs traditions. On enseigne encore aux enfants à monter une tente, à piéger et à vivre en forêt. On perpétue les techniques de tannage et de transformation des peaux pour en faire des vêtements. Les femmes font encore de l'artisanat et d'autres objets d'art. La différence est que ces objets seront mis en vente au lieu d'être utilisés. La situation dans laquelle se retrouvent les jeunes Amérindiens d'aujourd'hui n'est que le reflet de la façon dont leur peuple a été traité à travers les siècles. Se rapprocher de leurs valeurs traditionnelles (la famille, l'art, le respect de la Mère-Terre), ne pourrait être que bénéfique pour eux, dans la perspective où les jeunes prendraient contact avec différentes sources de références auxquelles ils pourraient éventuellement se rattacher, s'identifier.
Les Amérindiens présents sur le continent avant l'arrivée des Européens avaient mis en place un système d'adaptation perfectionné et efficace basé sur les ressources disponibles, mais aussi sur la transmission d'une philosophie où la redevance envers la Terre était d'une importance capitale. Le jeune Amérindien et la jeune Amérindienne étaient conscients de leur appartenance à un cycle perpétuel : on leur avait bien fait voir celui du soleil et de la lune, celui de la naissance et de la mort, celui des saisons, des récoltes et bien d’autres encore.
 
Le Passé composé, no 5 (mars 2003)
http://www.cvm.qc.ca/encephi/Syllabus/Histoire/Passecompose/Amerindiensjeunes.htm