Les Peintures de Sable des Indiens Navajos

Hozho " peintures de guérison des Indiens Navajos

Ya'at'eeh ! Bienvenue sur la terre des navajos.

 On admet que les Indiens Navajo comme les apaches, descendent des Athabasques et qu'arrivés au Nord de la Sibérie par le détroit de Béring, ils se sont installés aux environs de XIII siècles sur le continent nord-américain, à l'ouest du Rio Grande. Mais le Diné (peuple en Navajo) préfère dire, comme l'affirment aujourd'hui les hommes médecine, ses plus éminents représentants, qu' "il a toujours été là ", que sa présence, à la surface de la terre, est concomitante à la création des quatre montagnes sacrées qui découpent l'horizon et font aujourd'hui de la Nation Navajo, le plus vaste Hogan (maison cérémonielle), au sein de laquelle quelque cinq cents hommes et femmes médecines continuent d'entretenir les cérémonies qui les relient au temps immémorial de la création. La notion d'Hozho où santé beauté, sur laquelle pose toute leur philosophie, fait l'objet d'une attention extraordinaire. Les hôpitaux américains installés sur la terre des Navajo, accueillent dans leurs structures des Hogan où les patients indiens ont la possibilité de rétablir en eux, une fois les soins donnés, l'état d'Hozho, sous la conduite de consultants. En 1998, l'assemblée tribale composée de 98 membres représentant 110 circonscriptions administratives élus au suffrage universel, a voté un budget permettant aux jeunes Navajo, ayant débuté leur apprentissage auprès d'hommes médecine, de les aider financièrement et de rémunérer leurs maîtres. Cette aide vise l'enseignement de six cérémonies ou Voies , menacées de disparaître : - La voie de l'eau - La voie de la Plume - de la perle - de la fourmi - de la beauté et la voie de l'aigle. Hozho est une condition d'un être humain qui se sent sûr de lui, en sécurité, en accord avec lui-même, avec le monde qui l'entoure. C'est un état intérieur qui surgit quand tout est à sa juste place. C'est l'état du monde, la manière dont chacun, et tous ensemble, nous devrions vivre. (Citation d'un professeur Navajo enseignant à l'université de Tsaile au Dîné collège. Il faut vingt ans pour être un homme-médecine, ne pas confondre avec des sorciers. Néanmoins, ce n'est pas parce que Hozho a affaire à la beauté que tout est beau, il y a de la négativité dans Hozho et c'est un élément de Protection. Quelque chose qui protège la beauté, veille à ce qu'elle puisse être. Dans la philosophie Navajo tout a deux faces : - la beauté, la sensibilité, le calme... C'est le féminin, la femme préserve cette abondance - L'autre possède une nature destructrice, on lui associe ces termes : guerre, brutalité... C'est le masculin qui les incarne. Il y a du mal et il faut l'utiliser en petite quantité mais l'utiliser quand même. Hozho est féminin... Naayee est masculin... Alliance subtil de ces deux termes. C'est ainsi que les Navajo pensent. Toute la philosophie occidentale est structurée autour de forces qui s'opposent, les Navajo ne voient pas les choses de la même façon. Ces points sont importants pour comprendre.

VOIE DE LA BENEDICTION :

Cette voie n'est pas faite pour soigner, mais pour ponctuer les grands passages de la vie : naissance, puberté, mariage, départ à l'armée d'un conscrit, l'entrée d'un homme en politique, protection d'un troupeau ou l'ouverture d'un nouveau restaurant. Le cérémonial est court : deux jours deux nuits et simple : quelques chants et prières, des bains de mousse de Yucca, quelques peintures. Il existe mille deux cent, au moins peintures de guérison, même un Hataalii ou homme médecine ne les connaît pas tous. Il ne retient que celles qui se rattachent à sa spécialité. VOIE DE LA BEAUTE . Dans la voie de l'ennemi, deux belles femmes sont données en butin de guerre aux vainqueurs inattendus d'une bataille, deux hideux vieillards, homme-ours, homme serpent, capables de prendre l'apparence de la jeunesse et de la beauté. Elles s'enfuient l'aînée vers l'Ouest, la cadette vers l'Est, mais rattrapées, elles deviendront Bispali, l'héroïne de la voie de la montagne, et Glispah celle de la voie de la beauté. Les voies Navajo sont ainsi de grands et sinueux voyages initiatiques. L'importance de ces héroïnes rappelle la place privilégiée des femmes dans la société Navajo ou la descendance matrilinéaire : un Navajo appartient au clan de sa mère, étant seulement né pour celui de son père. Glispah apprendra au pays de peuple Serpent comment contrôler les forces de la fécondité, elle aura gâché des moissons, provoqué des ouragans de grêle, été punie, démembrée, puis reconstituée par le peuple serpent, maître en ce pouvoir d'utiliser et de contrôler la fécondité. L'homme serpent, son époux, peut enfin lui prodiguer cette cérémonie de quatre jours la voie de la beauté. A elle de porter cet enseignement au peuple de la terre puis de revenir vivre parmi le peuple serpent ou Femme serpent, déesse de la fertilité et de la guérison, règne depuis sur les nuages, la pluie, le brouillard la végétation pour le bien du peuple de la surface de la terre.

VOIE DU VENT :

 Vieil homme vent, vieille femme vent, petits vents de la montagne du yucca, vent noir à l'est, vent bleu au sud, vent jaune à l'ouest vent blanc au Nord, vent rayé et vent gaucher, vend fou, cyclone et tourbillon, vent rouge, vent gris... Les vents sont le principe même de la vie dans sa manifestation. Au sein même du corps, ils le parcourent, animent les poumons, le cœur, circulent dans l'oesophage et les intestins. Et celui qui sait capter, comme l'homme médecine, les chants des vents, sait aussi raccorder l'homme aux grands souffles qui traversent et gèrent l'univers et prodiguer l'immunité en prévision d'attaques futures. C'est ce que tente de faire cette cérémonie ou abondent les images du soleil et de la lune, des nuages et de l'arc-en ciel, des tourbillons, des tonnerres, des cyclones, des cactus et des serpents. Le serpent est une figure omniprésente de la voie du vent. Il est la personnification animale du vent, sa puissance est aussi fulgurante et destructrice que celle des tempêtes. Dans les peintures de cette voie, qui durait autrefois jusqu'à neuf nuits, le serpent remplace l'arc-en-ciel protecteur, il habille le corps des vents ou traverse en croix les personnages.

VOIE DE LA MONTAGNE

 Voie sœur de la voie de la beauté, que cette voie de la montagne avec son héroïne Bispali, sœur aînée de Glispah, femme-serpent. Bispali, femme-ours, engendrant fille et garçon Ours, est associée aux lourds pouvoirs de cet animal, puissant guérisseur, lui-même lié aux montagnes, aux herbes médicinales et au feu. Son pouvoir est si grand que les navajos redoutent cet animal : ils ne le chassent rarement et ne mangent jamais sa chair. Lors des cérémonies, en particulier Voie du projectile, il arrive qu'un homme déguisé en ours, fasse irruption dans le Hogan et se rue sur le patient dans le but de provoquer en lui un choc psychologique censé l'aider dans sa reconquête de l'état d'Hozho. Les principaux personnages de cette voie sont les Etres de la montagne représentés par de très longs corps, la femme ours bien sur, ses parents, capables de passer en un clin d'œil de l'état humain à l'état ours. Figurent aussi les animaux de toutes sortes de la montagne tels que : porcs-épics, papillons et évidemment les serpents. Cette cérémonie se conduit sur 9 nuits et se clôt sur un final très spectaculaire appelé danse du corral ou feu, sorte de vaudeville sacré où diverses équipes, représentant divers voies, viennent interpréter leur numéro. Les cérémonies sont souvent liés à des chants. La personne malade doit laisser le chant s'enfoncer dans son corps et le laisser pénétrer en profondeur jusqu'au niveau cellulaire de son être, soit inspirer le chant. La voie de la Beauté, la voie de la montagne vues précédemment sont différentes sortes de chants qui répondent à différentes sortes de maladie. Ex : Voie de la vie s'adresse aux suites d'un accident. Voie de l'ennemi traitera d'un mal qu'on attribue à des esprits non navajo. Voie du projectile traitera une morsure de serpent. Il existe aussi des chants pour les instabilités mentales.

 LA VOIE DE LA NUIT

Cette voie se déploie sur 9 nuits et seulement pendant l'hiver, elle est destinée à rétablir l'ordre et la beauté chez les personnes dont le désordre s'exprime par un mal de tête ; d'yeux, d'oreilles. Cette procédure consiste à : - pendant les 4 premiers jours, exorciser le mal. - rétablir l'ordre et la beauté nécessaires à la personne qui souffre. Ainsi assiste-t-on initialement à des bains de sudations et une série d'offrandes k'eet'aan préparées pour inviter les Etres Sacrées, ces ancêtres invisibles, occupant aujourd'hui les sites sacrés de la terre navajo, et s'assurer de leur présence. Car ils sont nécessaires si l'on veut que la procédure fonctionne correctement et que pour la personne chantée soit rendue entièrement à l'ordre navajo. Les premiers jours, c'est une succession de sudations, répétitions de prières, chants. Et plus tard surviennent les peintures de sable, les quatre derniers jours de la cérémonie. Chacune est une rhétorique de guérison en soi, complexe, des chefs d'œuvre de ré-ordonnancement. Les chants, prières, peintures sont de véritables chef-d'œuvre de beauté évoluant dans un univers Navajo organisé selon un ordre bien précis et imprégné d'une beauté lancinante. Cette Voie Mâle par excellence est très pratiquée encore de nos jours. Elle vient pour lutter contre toute forme de paralysie aussi bien physique que mentale. Les héros de cette cérémonie se nomment Les Rêveurs ou Visionnaires. Hosteen Klah '1867-1937 fut l'un des plus brillants praticiens de cette voie complexe dont l'apprentissage culmine avec la constitution d'une trousse de médecine fournie, notamment en masques très difficiles à obtenir, les Maîtres de cette voie les cèdent difficilement à leurs apprentis. Aujourd'hui, de nombreux homme médecine continuent de la pratiquer dans l'ombre et le froid des nuits d'hiver.

 LA VOIE DE LA PERLE

 Pouvoir de l'esprit et des cieux sur les piètres bien terrestres : telle est la leçon prodiguée par le Héros de la Voie de la Perle, dit le clochard qui vit habillé d'oripeaux et se nourrit de détritus. Mais sa richesse intérieure lui permet de s'allier avec les puissances suprêmes : à la fois celle de l'aigle, représentation de l'esprit indestructible, et celle de l'éclair et des serpents qui, prenant le relais, permettent au Clochard de franchir la porte du ciel. Mais comme tout héros, le Clochard aura commis préalablement des impairs, reçu l'aide de la Grande Mouche, bienveillante intermédiaire entre les humains et les Etres sacrés, donné l'abeille au monde terrestre et récupéré les trésors du plus riche de tous les peuples, le Peuple Araignée : il les retient dans les mailles serrées de sa toile et notamment des perles qui donnent leur nom à cette Voie de neuf nuits. Ayant reçu la cérémonie des Etres sacrés, il n'a pas manqué non plus de revenir dans le monde des humains pour la leur transmettre à son tour. Rentré dans sa maison céleste, le corps paré de perles de sa victoire, le Clochard assure une distribution équitable des richesses. Au soleil, par exemple, il offre un très long collier de turquoises et son précieux bonnet de plumes rouge, qui depuis, donne sa couleur au crépuscule. Quant à ces peintures navajo, ceux qui sont capables de réaliser un tel équilibre doivent avoir en eux-mêmes un sens aigu de l'harmonie, tout le contraire dans ce que l'on peut voir dans l'art moderne.

 LA VOIE DE L'EAU, DE LA GRANDE ETOILE :

UN MEME TRACE Les voies, notamment les majeures, finissent toutes par rejoindre un même tracé. Le héros commet des impairs à cause de sa nature, laquelle n'est pas aussi tranchée qu'il paraît, la preuve en est que des Etres intermédiaires lui viennent en aide pour lui révéler sa propre ambiguïté ni tout a fait méchant ni tout à fait bon, capable du pire comme du meilleur, jusqu'à ce qu'il croise leur chemin. Conscient de ses possibilités, il peut gagner ses galons d'Etre Sacré en rejoignant le monde de ceux qui ont déjà ce statut pour l'avoir acquis ou toujours eu. Là-haut ou tout en bas, il reçoit la cérémonie qui le sanctifie puis revient dans le monde des humains pour la leur léguer. Rejoignant définitivement le panthéon sacré des Navajos, il veille désormais à l'accomplissement de ce que sa nature avait de prophétique. Mais tous c es héros semblent nous encourager à tendre, même si c'est par des chemins différents vers l'immatérialité du pollen, la matière à l'interface du monde visible et invisible, de faire de sa vie une conquête spirituelle. La voie de l'eau semble aujourd'hui éteinte, et ses deux derniers praticiens remontaient à l'époque du grand Homme-médecine du XXè siècle, Hosteen Klah (1867-1937). Cérémonie majeure, elle ne se déploie plus, alors, que sur cinq nuits contre neuf à l'origine. On la dit liée au retrait des eaux après le déluge. Dans cette Voie de l'Eau comme dans la Voie de la Grande Etoile dont on pense qu'elles appartiennent au même groupe, que la Voie du Projectile,, on voit surgir, aux côtés du héros, le Coyote : il est son animalité, son ombre lubrique. Mais rien de manichéen, car si le coyote recherche à abuser de la naïveté du héros, le Blaireau, en l 'encourageant à grimper toujours plus haut afin de s'élever vers les Etres Sacrés. Le Coyotte n'est jamais loin, il guette à la fois tentateur, imaginatif, trouble, et celui qui propulse vers les choses de l'esprit. Ambigu à jamais : n'est-ce pas lui qui a donné le feu aux hommes mais a aussi provoqué le déluge ?