Dominique Rankin

(Photos)L'auteur algonquin Dominique Rankin: "J'ai arrêté d'être victime et j'ai ouvert mon coeur"

 

Cette année, le Salon du livre de Rimouski accueillait pour la toute première fois des auteurs autochtones, dont le leader et enseignant Dominique Rankin. Portrait de cet homme au courage incroyable qui nous offre un récit touchant et poignant, celui d’un chef héréditaire algonquin, ou plutôt… le sien.

L'auteur Dominique Rankin. Photo : Sylvie-Anne Paré.

L'auteur Dominique Rankin. Photo : Sylvie-Anne Paré.


À l’intérieur de son livre intitulé « On nous appelait les sauvages », Dominique Rankin rend entre autres hommage à ses parents et sors de l’ombre au nom de tous ceux qui comme lui ont vécu l’enfer des suites de la cruauté humaine. Il nous fait part également de magnifiques souvenirs qu’il garde en mémoire, ceux de sa famille, de son peuple et de la philosophie de vie qui se cache derrière sa nation.

 

Né en Abitibi, sur les berges de la rivière Harricana, l’Algonquin était destiné dès son tout jeune âge à succéder à son père Kitci T8amy à titre de chef héréditaire et homme-médecine. Cependant les hommes blancs ont envahi les territoires autochtones et ont forcé ceux qu'ils appelait, notamment, les « sauvages » à s'intégrer à leur société. C'est à ce moment précis que la vie de l'auteur prend une tournure complètement différente. Enlevé à ses parents à l'âge de 7 ans, il subit les pires sévices dans le pensionnat des petits Sauvages pendant 6 ans, avant de retrouver enfin sa liberté et son peuple.

 

Le père de Dominique, Kitci T8amy, le grand

Le père de Dominique, Kitci T8amy, le grand


Grâce à son œuvre, M. Rankin désire faire part aux gens que malgré toute la souffrance et l'abandon qu'il a pu subir durant sa vie, celle-ci est encore possible. « C'est à partir de ce livre que j'ai pu ouvrir mon cœur et arrêter d'être victime », dit-il, d'un calme désarmant lors d'une entrevue réalisée récemment. L'homme a tenu entre autres à mettre des mots sur ce qu'il a vécu, mais plus encore à raconter ce qui s'est réellement passé lorsque les blancs sont débarqués en leur territoire afin de démunir son peuple de ses us et coutumes. « J'ai subi un déracinement total. Du jour au lendemain, on m'arrachait à mes parents et de la forêt, mon élément vital. J'ai dû vivre au pensionnat pendant six ans. Pendant cette période, j'ai dû me faire couper les cheveux, changer de vêtements, changer de langue en plus d'être violé je ne sais plus combien de fois. » Il ajoute : « Je ne pouvais voir mes parents que les étés et lorsque je ne parlais pas français, je me faisais laver "ma langue sale" avec du savon. Je n'avais plus de nom... je portais le numéro 47... »

Cette photo que l'on retrouve également dans le livre a été prise au pensionnat indien d'Amos où Dominique a été forcée d'intégrer la culture blanche. On voit que tous élèves portent la même coupe de cheveux et les mêmes vêtements. Crédit : Auteurs.

Cette photo que l'on retrouve également dans le livre a été prise au pensionnat indien d'Amos où Dominique a été forcée d'intégrer la culture blanche. On voit que tous élèves portent la même coupe de cheveux et les mêmes vêtements. Crédit : Auteurs.


L'homme précise qu'avant sa sortie du pensionnat, le suicide était une option afin de mettre un terme à ses souffrances. « Je ne croyais plus à la vie. Étant donné que je suis venu au monde dans la forêt, je tenais à me suicider dans la forêt. Cependant, lorsque j'ai mis le pied dedans, une force m'a permis de continuer mon chemin. » À son retour à la maison, Dominique a continué d'être protégé par les aînés, toujours destiné à succéder à celui qu'il se plaît à appeler affectueusement son « papa d'amour », lui qui est décédé il y a 12 ans.

Le porte-bébé typique des nations amérindiennes, le tikinakan. Les familles algonquiennes et iroquoiennes utilisaient l'objet pour transporter les bébés en sécurité. Photo encore une fois tirée du livre. Crédit : Auteurs.

Le porte-bébé typique des nations amérindiennes, le tikinakan. Les familles algonquiennes et iroquoiennes utilisaient l'objet pour transporter les bébés en sécurité. Photo encore une fois tirée du livre. Crédit : Auteurs.


Aujourd'hui leader spirituel dans la tradition Anicinape, l'ex-grand chef algonquin se consacre désormais à l'accompagnement de groupes lors de stages de ressourcement à son centre ethnoculturel Kanatha-Aki situé dans les Laurentides. Porteur de nombreuses pipes sacrées dont une obtenue il y a cinq ans, l'homme au grand sens de l'humour a été l'élève chéri du très respecté William Commanda et a également été nommé membre du Sénat autochtone en 2003. Dominique Rankin ou plutôt « T8aminik » tient à préciser que malgré les blessures, il est en paix avec lui-même. « Maintenant, j'aime tout le monde, je ne juge personne et je n'ai aucune barrière. J'ai notamment appris à m'aimer moi-même et je peux affirmer qu'aujourd'hui, je suis capable de dire à un homme "je t'aime" ».

 

Pour plus d'information sur le centre Kanatha-Aki et sur l'histoire de Dominique Rankin, l'auteur vous invite à visiter son site internet http://www.dominiquerankin.ca/ et à vous procurer son livre dans les librairies de la région.


http://www.lavantage.qc.ca/salon-du-livre-2011/08-11-2011-l-auteur-algonquin-dominique-rankin-j-ai-arr-ter-d-tre-victime-et-j-ai-ouvert-mon-coeur