Edward Sherrif Curtis

PRENEUR D'OMBRE "
( 1868-1952 )



Edward S. Curtis est né en février 1868 dans l'eau blanche, le Wisconsin. La famille de Curtis alla ensuite au Minnesota, et Edward grandi près du Chipewa, du Menomini, et des tribus d'Indien de Winnebago.Enfant il accompagne son père, pasteur à travers la plaine.
Il a vécu aux conditions intimes avec beaucoup de différentes tribus des montagnes et des plaines. Il les observe pendant qu'elles chassent, pendant qu'elles voyagent, pendant qu'elles abordent leurs divers travaux dans le camp. Il connaît leurs chamans et leurs sorciers, leurs chefs et guerriers.
L'intérêt de Curtis pour la photographie a commencé pendant l'adolescence où il a construit ses propres appareils photo et se renseigne  dans des guides de  photographie .
A vingt ans, au décès de son père,le Reverend Johnson Curtis, Edward était alors responsable de sa famille.Il fait différents petits travaux et il est parvenu à acheter son premier appareil photo.
En 1897, il ouvre un magasin et très vite son travail est reconnu. Il n'oublie pas d'aller photographier dans les montagnes environnantes où il rencontre les indiens.
En 1892,Curtis se mari  avec Clara Phillips.Clara a apporté trois membres de sa famille pour vivre avec les trois membres de la famille de Curtis (mère, frère, et soeur). Les Curtis ont eu quatre enfants.
En 1895,Curtis débute ses photographies indienne. Il est certain que " princesse Angeline" ,fille du chef Seattle, ait été un de ses premiers sujets. La réputation de Curtis en tant que photographe se développait.  Curtis invente les processus d'or et d'argent, qui plus tard deviendront les " goldtones" et " les teintes argentées". 
L’obstination de cet homme qui découvre à vingt ans la photographie est, dans sa nature même, un défi à la mort; la volonté incontestée de porter la bannière d’une culture à bout de souffle. C’est pourquoi, il va sillonner l’Amérique du Nord, de l’Ouest du Mississipi à l’Alaska où il se joint, en 1889, à l’expédition de Harriman. Avide de grands espaces, E.S Curtis figea sur sa pellicule environ 50 000 prises de vue de quelques 80 tribus. Sa production est titanesque. Il rencontra les Apaches et les Cheyennes, sympathisa avec des Navajos qui avaient réchappé de peu aux tueries de Kit Carson. Comanches, Mojaves, Sioux, pour ne citer que les plus fameuses tribus, ont accueilli celui qu’ils surnommaient affectueusement “le preneur d’ombre”.  Son oeuvre a vocation à ancrer dans le temps, une civilisation pétrie de coutumes, de traditions, une civilisation rarement connue du grand public, déplacé  à répétition et  reléguée au rang de cultures primitives. 
Détrompez-vous, le peuple indien ne se résume pas à quelques incantations et totems farfelus, semble nous chuchoter Curtis. Les clichés présentés montrent toute la détresse d’un peuple à demi-mort, prêt de sombrer dans l’alcool et, paradoxalement, c’est de cette détresse, palpable à l’oeil nu, qu’émane la grandeur de toute une culture.Quelque part, E. S. Curtis a capturé l’Esprit indien. Il épingle les ombres de ces géants dont les noms résonnent en nous (Géronimo, Crowfoot, Sitting Bull...) et à l’opposé, des figures anonymes comme cette Femme Taos (1905) dont la moitié du visage est mangé par les ombres d’un voile.Les Indiens ne sont plus rien, dit-on, à part ces quelques épouvantails fantoches dans des Far West épiques... 
Curtis est là, et son oeuvre puissante témoigne en faveur d’une culture monumentale, réduite à néant, absolument pulvérisée, contrainte pour ainsi dire à n’être qu’un détail, parfois gênant, de l’histoire de l’Amérique. Qui pourrait croire que ces hommes à la peau ambrée, si proches de la nature forment une cohorte de sauvages ? Personne je crois, mais l’histoire a ses préférences.C’est au prix de l’extinction d’un peuple que Curtis a pu saisir, à l’extrême limite, la poésie de tout une culture  ou de ce qu’il en restait déjà, à l’époque. Ces fragments d’histoire respirent la sérénité des photographies, espérons-le, en forme d’aide-mémoire, pour qu’on n’oublie pas trop que le malheur des uns fait le bonheur des autres... 
 Ce travail, l'oeuvre d'une vie fut rendue extrêmement difficile, en particulier pour des problèmes financiers. Malgré tous les obstacles, Curtis ira jusqu'au bout pour témoigner et rendre leur dignité aux peuples indiens. 
Curtis fut ruiné et oublié, son oeuvre sera préservé à la librairie du Congres Américain. Elle connaît depuis les années 60 un d'intérêt de plus en plus prononcé.