Julia Tuell, photographe parmi les Indiens

Julia Ethel Toops est née à Louisville, Kentucky, le 16 août 1886.  Elle était encore adolescente lorsqu’elle rencontra P. V. Tuell à la maison de ses parents à Louisville.  Tuell, un enseignant, était de 27 ans son aîné mais une certaine chimie s’installa entre eux.  Tuell avait un projet intéressant à cette époque, ce qui a sans doute captivé la jeune fille : celui d’aller enseigner aux Indiens Chippewa dans le Minnesota

                C’est le 13 avril 1901 que Julia épousa Tuell.  Cette année-là marquait aussi le 25ème anniversaire la Bataillede Little Bighorn.  Quant au terrible massacre de Wounded Knee, il avait eu lieu seulement une dizaine d’années auparavant.  Julia apprit à connaître des Indiens qui avaient participé aux deux événements historiques, leur servant le café tout en apprenant leur langage.  Par la photographie, elle comprenait mieux que personne ce besoin de préserver une culture par l’image.  Julia a été acceptée par plusieurs tribus et on lui a fait confiance.  Et cette confiance lui donna l’opportunité de photographie des scènes généralement interdites aux Blancs.

                Jeune mariée à 16 ans, elle suivit d’abord son mari à Vermilion Lake, Minnesota, sur la réserve Chippewa.  En février 1902, Julia donna naissance à son premier enfant, une fille qu’elle appellera Wenonah.  Rapidement, elle se met ensuite à faire de la photo.  Peu après, la famille déménage sur la réserve Sisseton Sioux dans le Dakota du Sud et c’est seulement en 1906 qu’ils arrivent parmi les Northern Cheyennes au Montana.  C’est vraiment parmi les Cheyennes à Lame Deer qu’elle devint photographe, sans doute consciente du fait que la culture des Indiens s’envole rapidement.

                Alors qu’elle était en route vers le Kentucky avec son mari au printemps de 1908 pour aller voir ses parents, Julia perdit le bébé duquel elle était enceinte.  Ce drame peut expliquer en partie pourquoi elle a ensuite photographié tant de mères indiennes avec des enfants ou pleurant la perte d’un bébé.

                Après avoir donné naissance à son fils Carl, Julia s’est mise à apprendre le langage Cheyenne et, graduellement, elle a commencé à recevoir chez elle les visites de plus en plus fréquentes du Chef American Horse.  Puisque celui-ci ne connaissait aucun mot d’anglais, Julia a dû perfectionner ses connaissances de la langue Cheyenne et bientôt elle arriva à entretenir d’intéressantes conversations avec le chef.

                Un jour, sa fille Wenonah a disparu.  Comme toutes les mères, Julia paniqua.  Finalement, la fillette revint un peu plus tard alors qu’elle était accrochée dans le dos d’une indienne du nom de White Cow (Woostah ou Vo’estaa’e) qui marchait vers la maison comme à l’habitude.  Woostah avait tout simplement amené Wenonah à une boutique de bonbons.  Woostah était la fille du grand chef Morning Star, mieux connu sous le nom de Dull Knife.

                Le cadeau le plus précieux laissé par Julia est sans doute de nous avoir fait comprendre que la photographie était un bon moyen de communication.  Elle avait aussi l’œil pour choisir d’immortaliser les bons sujets.  À Lame Deer, entre 1906 et 1912, comme nous le rappelle l’auteur Dan Aadland, c’était sans doute l’une des dernières chances d’immortaliser ce qui restait de l’ancien mode de vie des Northern Cheyennes.  Tous les Indiens de plus de 30 ans avaient vécu à l’époque ayant précédé la Bataille de Little Bighorn.

Parmi les amis de Julia, plusieurs Indiens d’âge moyen s’étaient battus à Rosebud et aussi à Little Bighorn.  La plupart des adultes savaient aussi comment vivre sans l’aide des Blancs, comme à l’époque où les Cheyennes vivaient sur les plaines en tout liberté.  Julia a été privilégiée de pouvoir devenir leur amie à cette époque-là et on peut voir toute cette reconnaissance à travers le respect qui se dégage dans ses photos.

                La façon qu’elle eue de démontrer sa profonde appréciation de la culture et de la vie des Cheyennes, et plus tard celle des Sioux prouve à quel point Julia Tuell était une femme en avance sur son temps. Il y avait cependant quelque chose de contradictoire en elle : son mari.  En effet, celui-ci était un enseignant dans le système des réserves indiennes américaines, à une époque où le système d’éducation cherchait à uniformiser tout le monde, ce qui incluait de vouloir civiliser les Indiens.

                Malheureusement, son expérience avec les Northern Cheyennes s’est terminée en 1912 lorsque le gouvernement décida de transférer son mari parmi les Indiens Sac et Fox à Stroud, en Oklahoma.  Les Tuell et leurs trois enfants y restèrent seulement un an.  Il semble que Julia n’y a pas trouvé la même hospitalité qu’à Lame Deer.  Finalement, ils se retrouvèrent sur la réserve Rosebud dans le Dakota du Sud, avec des Indiens Lakotas.  Ils y restèrent jusqu’en 1929.

                En plus de ses tâches ménagères avec ses quatre enfants, le dernier né en 1913, Julia recommença à lier des liens avec les Lakotas, comme elle l’avait fait avec les Northern Cheyennes.  Elle commença aussi à enseigner dans les écoles de la réserve et agissant aussi comme infirmière, particulièrement lors de l’épidémie d’influenza de 1918.

                Plus tard, les photos de Julia furent publiées dans le « The American Indian Magazine » et elles servirent aussi à illustrer le livre de l’anthropologue George Bird Grinnell, un chercheur qui a passé sa vie à étudier les Cheyennes.  En dépit de ça, peu de photos de Julia ont été publiées publiquement, à l’exception de celles qu’elle utilisait parfois pour des cartes postales qu’elle envoyait à des amis.  D’un autre côté, elle ne semble pas avoir fait d’effort pour les publier et la plupart de ses photos sont aujourd’hui la propriété de musées.

                Le mari de Julia prit sa retraite en 1929 et mourut en 1942 après avoir enseigné plus de 50 ans.  Il a aussi eu le privilège de connaître l’ancien hors-la-loi Frank James.  Julia passa les dernières années de sa vie dans le sud de la Californie, loin des Cheyennes et des Sioux.  Elle s’éteignit en 1960 à l’âge de 74 ans.

http://tuellpioneer.com/julia.html  (en anglais)

 

Photos de Julia Tuell

 

http://www.iphotocentral.com/andrewsmith/search/result_list.php/256/Julia+Tuell

 

 Livre en anglais

 

Women and Warriors of the Plains: The Pioneer Photography of Julia E. Tuell

De Dan Aadland

http://www.amazon.fr/Women-Warriors-Plains-Pioneer-Photography/dp/0876057482