Voyage en Pays Anasazi et Hopi

 

 

Le Sanctuaire Indien de  Mesa verde

 

A l’extrême Sud-ouest du Colorado vivaient les ancêtres des Navajos, les Anasazis. Apres avoir construit d’étonnants villages, ils disparaissent au XIVe siècle Stanley Stewart explore le mystère.

 

Lorsque John Ford posa les yeux pour la première fois sur Monument Valley, en 1938, alors qu’il cherchait un décor naturel pour son western la chevauchée Fantastique, il en eut le souffle coupé. Il venait de tomber sur ce qui allait devenir un emblème cinématographique. Les buttes spectaculaires et les étranges pitons de pierre se découpant sur le vaste ciel de l’Ouest ne tardèrent pas à se transformer en symbole visuel de la Frontière américaine. Monument Valley se trouve dans une région connue sous le nom de Four Corners (les quatre coins), car c’est le point de jonction de quatre Etats ; l’Arizona, l’Utah, le Colorado et le Nouveau-Mexique. C’est une contrée squelettique où la terre laisse pointer ses os nus vers le ciel. Le sol rocailleux est marbré de couleurs minérales : rouille, vert de gris, ocre, rose, rouge, noir, rouge-orangé. Les volcans et les plaques lithosphériques en mouvement ont crée toutes sortes de mesas, de crêtes déchiquetées et de montagnes tordues. Les rivières ont creusés des canyons spectaculaires : Zion Canyon, Bryce Canyon, Marble Canyon, le canyon de Chelly, sans oublier les pus imposant le  Grand Canyon.
Je suis arrivée de Las Vegas dans une diligence à ma façon, c'est-à-dire en camping-car, ce que les Américains nomment un RV (receational vehicle, véhicule de loisir). C’est une énorme bête : on n’y entre pas, on monte à bord. On peut mettre des malles sur le toit. Si le besoin s’en faisait sentit, je pourrais tirer sur des Indiens par la vitre arrière en équilibre sur deux roues.
La région des Fours Corners est l’une des moins peuplées du continent. De temps à autre, sur une autoroute déserte, apparaît le portail d’un ranch : deux montants déglingués avec un nom sur un planche. Mais les ranchs, quelque part à l’horizon, sont bien trop loin pour qu’on les distingue. La réserve Navajo, dont l’étendue couvrirait l’Etat du Connecticut (12 850 km2) occupe environ un quart  de la région de Four Corners, mais la population ne dépasse pas les 250 000 âmes. Je pourrais passer des heures dans ma diligence sans voir autre chose qu’un ou deux pick-up conduit par des cow-boys.*Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi. Il y a sept siècles, la région de Four Corners abritait une civilisation indienne sophistiquée que les Navajos, arrivés des siècles plus tard, ont appelés culture des Anasazi (les Anciens). Ces agriculteurs habitèrent la région pendant plus d’un millénaire. Puis, vers 1300, ils sont soudain partis vers le sud en abandonnant leurs terres, leurs villages, leurs champs et les tombes de leurs ancêtres.

Depuis le départ des Anasazis, personne n’habite plus à Mesa Verde (Colorado). Ce plateau magnifique, traversé de profonds canyons, s’élève à plus de 760 mètres au dessus des plaines environnantes, et son faîte est incliné au sud. La route traverse des forets de pins, de genévriers et de trembles. Un aigle royal dessine des cercles dans le ciel. Je gare ma diligence sur le plus haut sommet pour contempler les montagnes de quatre Etats. Puis, en compagnie d’un guide ranger, je descend vers l’un des villages Anasazis installés dans la niche de la paroi d’un canyon. Sur les versants verticaux de la roche, je distingue les marques laissées par les orteils des Anasazis qui, visiblement, se déplaçaient à la façon de Spider Man.
Les ruines de pierre sont impressionnantes : on distingue des maisons, des remises, des tours et des « Kivas » (structures architecturales souterraines) circulaires qui ressemblent fort à de confortables pubs. Ces vestiges évoquent un peuple à l’apogée de sa culture – architecture sophistiquée, poterie fine, textiles tissés, agriculture irriguée. Et, pourtant, cinquante ans à peine après la construction de leur cité, les Anasazis ont abandonné tout le territoire. « Nous ne savons pas pourquoi, me dit mon guide en haussant les épaules. La sécheresse, la guerre, la dégradation de leur environnement ? Aucune de ces théories ne l’explique de façon satisfaisante. Certains croient que, pour une raison inconnue, ils en étaient venus à penser que les dieux les avaient abandonnés. La Anasazis seraient partis les chercher. »

A 160 kilomètres au sud, dans le canyon de Chelly (Arizona), mon guide navajo examine les traces laissées par les animaux dans le lit de la rivière asséchée. «  Juste un raton laveur, me dit-il, mais regardez, il est suivi par un renard. »
Le canyon de Chelly est l’âme de la nation Navajo. Il n’y a pas de route et on ne peut y entrer qu’avec un guide Navajo à cheval ou en 4x4, ou bien, comme moi, à pied. Le  canyon, dominé par les falaises, est un monde magique. Le long du sol sablonneux, des ruisseaux alimentés par des sources serpent à travers les peupliers, les tamaris et les oliviers. Les geais à gorge blanche dansent dans les vergers de pommiers et de pêchers. Dans les saillies de la falaise subsistent les ruines des villages Anasazis. Les cris des corbeaux tombent des hauteurs. Tully, mon guide montre du doigt les peintures sur les murs de pierre : un huit dessiné en petits points, représentant les phases de la lune, des joueurs de flûte, une antilope, l’empreinte de mains, des cercles concentriques.
« C’est quoi le dessin tout au bout ? Demandé je.
-un danseur serpent ; Les Anasazis dansaient avec des serpents pour faire tomber la pluie. »
Comment le sait il ?
«  Par les Hopis. Aujourd’hui, leurs faiseurs de pluie dansent encore avec les serpents. »


Les Hopis (Indiens Pueblos de l’Ouest) ont la réputation d’être les Greta Garbo des Nations Indiennes. Fascinants mais insaisissables. Leu réserve, enclavée est comme une île au milieu des terres navajos ; les deux nations se querellent depuis plus d’un siècle pour des problèmes de territoire. Les Hopis et leurs cérémonies religieuses élaborées fascinent les anthropologues, sans parler des doux dingues new âge persuadés d’avoir été des guerriers Hopis dans une vie antérieure.
Je dirige ma diligence vers l’Ouest à travers une plaine jaune et sans arbres. La route aussi droite qu’une règle est ponctuée par une ligne solitaire de poteaux télégraphiques et quelques clôtures tentant d’enfermer 520 000 hectares de désert. Pur 10 000 Hopis, c’est ici le centre de l’univers. Aux yeux de l’étranger c’est le « trou » paumé. A l’horizon, sous un immense ciel zébré de nuages, se dressent trois plateaux baptisés First, Second et Third Mesa, sur lesquels se dressent les 13 villages de pierre des Hopis. Distant de 15 kilomètres à peine, ils fonctionnent comme autant de pays indépendants, avec des habitants parlant leur propre dialecte. On dirait que les Hopis ne font pas plus cas les uns des autres que s’ils étaient des étrangers les uns pour les autres.

 

Ma diligence gravit avec peine  la route abrupte menant au village de Walpi, sur First mesa . Datant de 1680, Walpi est un village qui a été érigé selon les critères Hopis. Les maisons de pierre accrochée au faite des falaises entre d’étroits sentiers entrelacés, rappellent les ruines Anasazis. Une matriarche Hopi me fait visiter le village. C’est une femme  carrée aux longues jupes et dont le foulard  encadre un visage plat couleur de cuivre.
Mes questions sur la religion Hopi ne provoquent que des réponses laconiques : les célèbres cérémonies ont pour but d’accueillir toute une série d’esprits, les ancêtres morts qui vivaient dans les San Francisco Peaks à 110 kilomètres à l’ouest. Ils viennent tous les ans  dans les terres hopis à la saison des cultures pour y apporter pluie et fertilité. Les Katchinas (figures décorées) forme d’art majeur des hopis et des danseurs masqués, au centre de ces cérémonies sont des représentations de ces esprits.
Nous en venons à parler des Anasazis et de leurs villages dans la falaise, et du mystère de leur brusque disparition. « Ce n’est pas du tout un mystère, me dit-elle. Les Anasazis n’ont pas disparu. Ils sont venus ici, dans ces terres. Si c’est les Anasazis que vous cherchez, alors vous les avez trouvés. » Elle monte dans un pick-up Dodge et fait rugir le moteur. « Je dois y aller, me dit-elle en me serrant la main cette Anasazis est en retard pour le dîner.


The Daily Telegraph (Londres) pour Ulysse de mai-juin 2006


Voir photos :

http://monumentvalleyonline.com/index.cfm?fuseaction=document&ID=22

http://www.hopi.org/photos_land.htm

 

 

Afin de compléter, sujet déjà traité :

 Les Kachinas, danseurs mystiques des indiens Hopis 1

 Les Kachinas, danseurs mystiques des indiens Hopis 2