ATTENTION PEUPLE MASAIS DE SERENGETI EN DANGER

 

ATTENTION PEUPLE  MASAIS DE SERENGETI  EN DANGER

Vous allez lire un article paru sur National Géographic de Février 2006 écrit par Robert M. Poole, vous allez découvrir l’autre coté des faits. D’un coté la magnifique réserve de Serengeti avec ses safari photos ses touristes  et l’argent qui coule à flot et de l’autre les Masais a qui on prend petit à petit leur terre, leur liberté que l’on rejette un peu plus loin chaque jour, que l’on prive de tout pour qu’ils partent et tout ça au nom de la sauvegarde des animaux sauvages.
Il faudrait quand même se poser la question quand à savoir  jusqu’ou devons nous aller pour sauver la faune ? Avons nous le droit de la protéger  au détriment des populations? Et ne sommes nous pas en train de tout déséquilibrer ?
Vous pourrez juger par vous même. Votre opinion est le bien venu.
 
 
 
Les Masais d’Afrique de l’est, qui n’ont jamais accepté les influences extérieures, ne compte pas les années comme tout le monde. Pour eux, chaque période de douze mois compte pour deux ans : une année d’abondance, ou olaari, et une autre de pénurie, olameyu. En Tanzanie, olaari est la saison des pluies qui s’abattent sur la plaine de Serengeti et les  hautes terres du gigantesque cratère du Ngoronro. Puis vient olameyu, des que les pluies cessent, que les rivières s’assèchent et que les gnous – plus d’un million de têtes – entament leur grande migration vers le nord, à la recherche d’eau et de nourriture. Alors, quand l’herbe de Serengeti prend une couleur roussâtre et craque sous les pieds, les guerriers et les berges Masais entreprennent leurs longs marathons pour trouver de quoi nourrir leur précieux bétail, synonyme d’assurance vie dans cette société encore pastorale. La nuit appartient aux animaux, mais au lever du jour, l’homme reprend ses droits. Les Masais descendent au creux du cratère pour faire boire leur bêtes Le premier troupeau apparaît des 8h du matin, il descend en file indienne le long de l’étroit sentier guidé par un guerrier Masai. L’un d’eu Moma marchera pendant 12 heures avec ses bêtes au cours de cette journée. Maigre comme la plupart des Masais avec ses scandales couvertes de poussières et sa tunique rouge,une longue lance à la main, il mène son troupeau de quatre vingt bêtes jusqu’à la source. Pendant qu’elles s’abreuvent il va au devant des touristes, il pose fièrement avec sa lance, des perles brillent dans ses cheveux tressés où des barrettes en aluminium réfléchissent le soleil. Au bout de ses lobes distendus, des boucles d’oreilles et sa peau lui sous la couche de graisse animale. Moma récoltera auprès des touristes le prix de sa patience (chacun lui donnant un millier de shilling tanzaniens (moins d’un euro)
Les Massais n’ont jamais été des chasseurs mais ils défendent farouchement leur bétail et tuent un lion ou deux si les circonstances les y obligent.
Sa tournée terminée, Moma réintègre le monde de ses ancêtres, guidant son troupeau à travers un autre hiver sec, sur une terre hantée par les lions et la faim.

En Tanzanie 36 % de la population vit au dessous du seuil de pauvreté et les villageois complètent leurs revenus avec le braconnage ou des emplois saisonniers dans le secteur touristique Dans le luxueux Sasakwa Lodge, où les chambres se louent environ 1200 € la nuit, des ouvriers plantent du gazon et nettoient les bungalows.
Il y a vingt ans, lorsque la pression démographique était moins forte, peu de scientifiques se souciaient vraiment du braconnage dans le Serengeti. En 1986, Markus Borner, le directeur de la recherche de la société zoologique de Francfort affirmait qu’il était injuste d’appeler braconnage le fait de tuer une antilope, un zèbre ou un gnou pour nourrir sa famille. Mais maintenant que le marché de la viande sauvage se développe en Afrique, les villageois qui vivent autour du parc peuvent gagner plus d’argent en chassant qu’en se consacrant à toute autre activité. C’est pourquoi le nombre d’animaux prélevés sur l’écosystème s’est spectaculairement accru des dernières années. La chasse étant illégale, il est difficile d’établir des chiffres précis. Les estimations varient entre 40 000 animaux par an et 200 000 pour les gnous. De tels ravages si l’on considère les chiffres les pus pessimistes ne peuvent s’opérer sans causer des dommages irréparables à l’écosystème.
Une société Grumety Reserves a loué  dans l’ouest de Serengeti près de 113 000 ha de concession de chasse pour y restaurer l’écosystème. Financé par un négociant américain passionné d’écologie. Paul Tudor Jones a investi au moins 20 millions de dollars, pour préserver le couloir occidental de Serengeti, essentiel aux migrations, mettre un terme au braconnage et aider les villages en lisière du parc. En construisant des écoles, en donnant des bourses aux jeunes, en créant des emplois, en creusant des puits, en formant les paysans à l’aquaculture et à l’apiculture, il s’agit de détourner les villageois du braconnage ;
Pour respecter ce site exceptionnel, ils créent des infrastructures qui attireront des milliardaires  et leur permettra de soutirer le plus d’argent possible. Plus ils en dépenserons dans ces complexes très luxueux, plus ils seront reversés aux communautés villageoises qui doivent elle aussi recevoir leur part de bénéfice. Reste à savoir si les énormes investissements donneront des résultats en Tanzanie, les défenseurs de l’environnement penchent pour un optimisme prudent. Toutes ces zones de transitions autour du parc sont censées de permettre la cœxistence entre les hommes et les animaux. D’autres écologistes pensent que le concept de Grumety Réserves représentent une solution viable fac aux échecs du passé.
La vision d’avenir de Rian Labuschagne et de ses amis ne fait cependant pas l’unanimité. A Robanda, un village déshérité mais bien vivant de 2763 habitants, qui se situe aux confins occidentaux du parc national de Serengeti, la moindre allusion aux Grumety provoque une réaction de rejet. «  Nous sommes leurs ennemis et ils sont les nôtres » lance Kenyatta Richard Mosaka, l’un des chefs du village. Comme les autres habitants, il considère les responsables des Grumety comme des étrangers  qui intriguent pour chasser de Robanda  le peuple  Ikoma. , farouchement indépendant, afin qu’ils ne risquent plus de gêner les safaris. Et de fait c’est ce que voudrai faire Rian Labuschagne. Il soutient les projets Tanzaniens, concernant la zone de gestion de la faune sauvage d’Ikoma et visant à limiter sévèrement la chasse, l’agriculture et les autres activités humaines dans un secteur de 39 000ha aux alentours du village.
« Robanda reste le problème, soupire t il. Voilà des activités humaines qui constituent un corps étranger à l’intérieur d’un écosystème »
Il est convaincu que le village est devenu un foyer de trafic de viande de brousse et ses soupçons ont été confirmés par des chercheurs indépendants. Et il estime que le village est un obstacle à la migration des gnous dans le corridor occidental. Pour lever cet obstacle il a proposé de louer  les terres du village et déplacer les habitants. Ces derniers garderaient la propriété de leurs anciennes terres et ils auraient un droit de regard sur la gestion de la nouvelle zone protégée, mais ils ne pourraient pas y habiter. « Leurs terres prendraient de la valeur avec le temps », argumente Rian Labuschagne.
Kenyatta Mosaka voit rouge lorsqu’on lui parle de ce projet. « Ils veulent nous interdire de chasser, grogne t il. Ils prétendent que notre village perturbe la migration des gnous. Mais pourquoi alors il y a aujourd’hui plus de gnous que jamais ? Ils nous proposent de l’argent en échange de notre départ, mais le village a rejeté l’offre. Maintenant quand les gens d’ici voient un Blanc, ils se mettent en colère. »
Les conflits que connaît Robanda ont des origines qui remontent à la création du parc national de  Serengeti, en 1951, quand le Tanganyika – l’ancien nom de la Tanzanie – était encore une colonie Britannique. Les Ikoma, une tribu de chasseurs de langue bantou, furent expulsés du parc pour ne pas gêner les animaux. Ils durent se réinstaller à quelques kilomètres de là, à Robanda où ils devinrent paysans, établirent leurs racines et virent leur population prospérer. « Nous avons déjà été déplacés une fois, rappelle Kenyatta Mosaka. Personne n’a envie de repartir. »
La raison de ce refus est simple. Bien que pauvre, le village de Robanda affiche une énergie et une fierté sans pareilles. Déjà, les responsables des Grumeti ont intensifié leurs patrouilles anti-braconnage autour des villages, bien décidés à mettre fin aux mauvaises habitudes de ces habitants. Pourtant personne à Robonda ne reconnaîtra exercer cette activité illégale, qu’il s’agisse de viande ou de bois de chauffe. A plusieurs reprises , les patrouilles anti-braconnage des Grumeti se sont affrontées avec les villageois, qui prétendent avoir été battus et parlent même d’un cas de viol – des accusations que le responsable de Grumeti et le chef des patrouilles rejettent catégoriquement.
«  Dans ce genre d’endroits, on doit défendre ses frontières et faire respecter la loi, proclame  Rian Labuschagne. Et si ça ne suffit pas, nous serons obligés de dresser des clôtures le long des limites occidentales du parc pour séparer les éléphants et les autres espèces sauvages des établissements humains en extension constante. »
Les premières tribus nomades subsahariennes qui apparurent vers 200 av. J.C. dan les textes gréco-romains ne connaissaient pas les clôtures. Elles allaient où bon leur semblait, vénéraient leurs bêtes, se nourrissaient du lait et du sang de leurs vaches, et enterraient leurs morts « au milieu des rires ». Au début du XVIII siècle, les Masais sont déjà solidement implantés dans la vallée du Rift, contrôlant une bonne partie  de la   région dont la toponymie conserve leur empreinte. Le nom de lieu resté le plus célèbre est sans aucun doute celui qu’ils choisirent pour désigner le coeur de leur territoire, siringet, « l’endroit ou la terre court sans fin. » - l’actuelle plaine du Serengeti.
Pour les Masais qui vivaient à cette époque, la confiance en l’avenir devait être aussi illimitée que l’horizon. Ils n’avaient pas de rivaux à leur mesure, vivaient au rythme des saisons, excellaient au combat et n’avaient de compte à rendre à personne. Se considérant comme la tribu élue de Dieu à qui devenait  de droit tout le bétail de la Terre, ils attaquaient le coeur léger les autres tribus pour agrandi leurs propres troupeaux et, grâce à leur réputation de redoutables guerriers, tenaient leurs voisins à une distance respectueuse. Les Arabes qui pratiquaient la traite des esclaves évitaient leur contrée, de même que les premiers explorateurs européens.
Les Masais restèrent isolés et autosuffisants jusque vers le milieu du XIXe siècle, où ils connurent alors la sécheresse, la maladie et d’autres calamités. Dans les années 1880, des milliers d’entre eux moururent du cholera, qui fut suivi d’une épidémie de variole en 1892. Puis la peste bovine anéantie en peu de temps la quasi totalité de leur cheptel. Enfin, des guerres tribales commencèrent à affaiblir leur emprise sur la région.
Au lendemain de la Première guerre mondiale, ils opposèrent peu de résistance aux anglais, qui renforcèrent leur domination sur le Kenya et prirent le contrôle du Tanganyika, ex colonie allemande. En 1929, les anis empiétèrent sur les terres masaïs créant une réserve  de chasse de 320ha, noyau du futur parc national de Serengeti. Pourtant les Masais purent s’y maintenir jusqu’en 1959, où ils furent expulsés par les Anglais, après des conflits répétés avec les autorités du parc pour le contrôle des terres.
« Ils ne nous rien donnés en contre partie, fulmine encore Ole Serupe, le dernier survivant des délégués masaïs aux pourparlers avec les anglais. Ils nous ont seulement dit de partir parce qu’ils voulaient faire de la place pour les animaux sauvages. » Ce frêle vieillard vit maintenant avec toute sa descendance et un troupeau de chèvres dans une ferme infestée de mouches, non loin d’Endulen, une petite ville masaï située en lisière des hautes terres du cratère du Ngorongoro. «  Nous avons refusé de partir poursuit-il, car le Serengeti est la terre de nos mères et de nos pères. Nos bêtes aimaient cet endroit, et même un humain pouvait l’aimer, mais ils nous ont chassés. Parce que j’étais le plus ancien parmi les anciens, c’est de ma main qu’ils nous ont arraché le Serengeti. »
Ole Serupe se rappelle la promesse faite par les anglais : «  ils m’ont dit que nous aurions le meilleur endroit pour vivre, un endroit avec de l’eau et de l’herbe. » En fait, c’est tout autre chose que les Masais ont reçus en 1959 : une parcelle d’environ 8 000km2 à l’est du parc de Serengeti. Cette réserve englobait les terres désolées des gorges d’Olduvai ? Les plaines arides qui jouxtent le parc de Serengeti, et une partie des monts du cratère du  Ngorongoro – dont le cratère lui même.
Ce nouveau territoire à vocation multiple, qui a été baptisé « zone de conservation de Ngorongoro », devait constituer un refuge pour les Masais et leurs troupeaux, mais aussi pour une faune exceptionnelle, et ainsi attirer le tourisme. Un demi siècle après le début de l’expérience, force est de constater que seul les touristes et la faune ont prospérés. Les Masais eux, restent confrontés à leur éternel problème : comment faire vivre une population aussi nombreuse  avec si peu de ressources ? Une situation qui est la source de nombreux conflits sur la frontière occidentale du Serengeti.
Les chiffrent parlent d’eux même : la population Masai a quintuplé dans la zone préservée, passant de 10 000 en 1954 à plus de 50 000 aujourd’hui. Mais dans le même temps, son territoire s’est rétréci, les terres les plus fertiles lui ayant même été enlevées en 1974, quand elle fut chassée au fon du cratère. Confrontés à ces difficultés, enclavés entre le parc national de Seringeti, à l’ouest, le cratère de Ngorongoro, à l’est, et d’autres implantations humaines en pleine expansion partout ailleurs, les Masais commencent à douter de leur avenir.
Leurs pâtures étant limitées, ils n’ont pas pu agrandir leurs troupeaux en proportion de leur croissance démographique. Il en résulte que leur richesse- qui se mesure  encore en tête de bétail – s’est réduite au fil des ans passant d’une moyenne de vingt six bovins, chèvres ou moutons par personne en 1960, à cinq aujourd’hui. Et il leur est interdit de compléter les ressources tirées de l’élevage par des cultures autres que celles de l’autosubsistance, de peur qu’une agriculture intensive ne déstabilise l’équilibre naturel de la région
 
 
 
Bruno O.P. Kawasange, le responsable des ressources naturelles de la zone de conservation du Ngorongoro, craint que la  croissance démographique des Masais n’empiète sur les couloirs migratoires reliant le cratère du Ngorongoro au Serengeti, et qu’empruntent les lions, les gnous, les zèbres et d’autres animaux. «  Nous voulons être surs que ces couloirs restent ouverts, surtout pour les lions », confie-il. Pour faire de la place aux espèces sauvages, quelque 250 foyers Masais seront déplacés.
« Nous ne pouvons tolérer des activités agricoles à grande échelle, car la préservation va difficilement de pair avec l’agriculture », renchérit B.M. Murunya, le responsable du tourisme de la zone. Etant donné la façon dont l’agriculture et les implantations humaines ont empiété sur les parcs et les Reserves dan le nord de la Tanzanie, une telle mesure semble raisonnable, mais elle n’est guère nature à rassurer les Masais, cernés de toutes parts.
« Ici les animaux sauvages sont mieux traités que les hommes. », se plaint Francis Ole Syapa. Un Masai qui vit au pied du cratère, dans les collines balayées par les vents, et qui exprime un sentiment partagé par nombre des ses compatriotes qui ont été interrogés. « A l’origine la région n’était pas seulement destinée aux animaux puisqu’elle avait été décrétée à usage multiples. Nous les Masais, devrions avoir le droit de décider de ce qu’il faut faire pour protéger la faune, pour développer le tourisme et améliorer nos conditions de vie. Mais, actuellement, nous n’avons pas vraiment voix au chapitre. »
Francis Syapa  fait remarquer que, malgré la supériorité numérique écrasante des Masais dans la région, aucune n’occupe un poste important à la direction de la zone de conservation et que seul l’u d’entre eux fait partie du conseil d’administration. «  Nous vivons sur ces terres, mais nous ne pouvons pas décider nous mêmes de leur utilisation. Nous n’avons même pas les mêmes droits que les autres Tanzaniens. »
Il est vrai que la communauté devrait davantage profiter des millions de dollars qui affluent dan la région, principale attraction touristique de la Tanzanie. Francis Syapa : « Je n’ai pas d’informations la dessus, mais je peux vous assurer que nous ne voyons pas grand chose de cet argent par ici. »
En arrivant à la petite ville Masai d’Endulen, on ne peut que constater, comme il a dramatiquement raison. Des pitoyables cahutes semblent devoir s’envoler à la premiere rafale de vent. Bon nombre des 8 000 habitants de cette localité souffrent de tuberculose, de malnutrition et de malaria. Selon les médecins de l’unique hôpital de la région, tenu par des missionnaires et disposants de 80 lits.  « Nous avons aussi des cas de brucellose, contractée en buvant du lait non bouilli, des fractures occasionnées par des combats, un nombre assez important de blessures dues à des attaques de buffles. », précise Jeanine Heeren, un médecin de l’hôpital. Elle nous apprend aussi que le sida a fait son apparition à Endulen, ce qui tenderait à indiquer que des membres de cette communauté s’aventure dans le monde extérieur et rapportent de nouveaux fléaux en ville.
Endulen n’en déborde pas moins d’activité. Au marché des femmes à la t^te rasée et arborant de magnifiques colliers en argent choisissent leurs oranges et oignons. Un boucher vêtu d’une tunique rouge et d’une casquette suspend au dessus de son étal des quartiers luisants de viande de chèvre. Des guerriers armes de lances conduisent des bêtes par un sentier jusqu ‘à la rivière Olndogom, qui coule à travers la ville.
La moitié des habitants de la ville s’emble s’être donné rendez vous dans la rivière ou sur les berges. Des femmes lavent des vêtements et les étendent sur des buissons épineux pour le faire sécher. Des enfants vont chercher des seaux d’eau pour les ramener à l’école. Des pasteurs attendent leur tour pour faire boire leur troupeau, certains d’entre eux ont marché 3 ou 4 heures pour rejoindre ce rare point d’eau de la région. La rivière est le seule source d’eau de la ville, car le gouvernement n’a construit aucune infrastructure dan la région, qui ne cesse pourtant de se développer plus ou moins sauvagement. «  Nous attendons l’eau depuis cinquante ans. Depuis que les Masais ont été chassé pour la premiere fois du parc, le gouvernement a fait des promesses qu’il n’a pas tenues. » Dit  Raphaël Ologolie, un ancien. «  Depuis que les Masais ont été chassé pour la premiere fois du parc, le gouvernement n’a cessé de promettre d’installer l’eau, de construire des écoles, des centres médicaux .. Mais aujourd’hui, notre peuple à faim. Tous les jours, des gens viennent me demander un peu de farine de mais, un peu de sel, un peu de sucre, mais ce n’est jamais assez. Personne n’a tenu ses promesses vis-à-vis des Masais. »
Pour sa part, le gouvernement répète qu’il ne fera rien pour encourager des installation permanentes dans la zone de conservation de Ngorongoro, censée être occupée par les seules populations nomades, qui ne laisse que des traces éphémères sur la terre.
« L’idée que les pasteurs , qui se déplacent d’en endroit à un autre , puissent disposer d’un point d’eau fixe et d’autres équipements normalement réservés aux communautés sédentaires n’est tout simplement pas réaliste. Je suis désolée mais nous ne pouvons fournir de telles installations, explique Samson S. Mkumbo, le responsable du développement des communautés dans la zone de conservation. Nous sommes en train de chercher des terres à l’extérieur pour les Masais qui voudraient abandonner la vie nomade et se lancer dans l’agriculture. »
Ayant déjà été déraciné deux fois, les Masais ne veulent plus du tout entendre parler de déplacement. Et que le gouvernement le veuille ou non,  ils sont déjà implantés dans la région de Ngorongoro et on entamé la longue et difficile transition du monde du nomadisme au monde de la sédentarisation e de l’agriculture
Ils élève encore du bétail – comme tout Masai digne             de ce nom doit le faire – mais ils possèdent désormais davantage de chèvres et de moutons que de gros bétail, et partent pour un jour ou deux plutôt que pour des semaines ou des mois. Ils occupent des logements permanents, tentent de scolariser leurs enfants, s’intéressent à la vie politique et cultivent des légumes sur des lopins de terre, malgré l’interdiction qui leur ai faite/ Les traditions s’estompent peu à peu : les mariages avec des membres de  populations voisines ne sont plus rares, de moins de petites filles sont excisées, de moins en moins de jeunes arborent des lobes d’oreilles distendus par de lourds bijoux.
En pays Masai, aujourd’hui les chaussures de marche, les baskets et les tee-shirts portant des inscriptions nord américaines ont commencé à remplacer les sandales et les vêtements traditionnels. Partout en ville, les sonneries des téléphones mobiles retentissent depuis la profondeur des replis des tuniques. La  nouvelle génération quitte les villages pour trouver son chemin dans le monde.
«  Je sais d’ou je viens, mais je ne sais pas ou je vais, confie JombiOle Kivuyo, l’un des Masais instruits qui ont récemment troqué leur lance de guerrier, contre un appartement et un salaire à Arusha, la grande ville la plus proche. Je suis comme un aveugle qui cherche son chemin à tâtons. »
Ce jeune Masai trébuchera peut être en cours de route, mais il y a fort à parier qu’il y survivra, tout comme ses ancêtres ont survécu à la faim, à la peste, aux guerres et aux expulsions, car ils sont « résistants comme le tendon d’une hyène », pour reprendre une expression Masai. Ils restent tels qu’ils ont toujours été, parcourant interminablement la « terre qui court sans fin » de leurs ancêtres.
 
Reportage de Robert M. Poole pour National Geographic de Février 2006 (publié avec leur autorisation)