Bochimans d’Afrique du Sud : Un peuple Perdu 1

Tout ce que possède un berger bochiman, travaillant dans une ferme namibienne, se résume aux vêtements qu’il porte. Réduits à la servitude sur un territoire qui fut jadis le domaine de leurs ancêtres, les 85 000 Bochimans d’Afrique australe luttent pour récupérer leurs terres et leur fierté.

Ayez pitié du premier peuple d’Afrique australe, ayez pitié du peuple sans nom. Ayez pitié des hommes qui régnaient jadis en maîtres du Zambèze au cap Bonne Espérance, de l’océan Atlantique à l’océan Indien. Les Tswana, leurs voisins du Kalahari, arrivés dans la région il y a environ mille deux cents ans, les appellent les Basarwa, le « peuple qui ne possède rien ». Leurs cousins pasteurs, les Khoïkhoï, les appellent les San- les « étrangers », les « vagabonds ». Il s’agit d’un peuple au passé ancien, mais très peu de sources et de vestiges nous renseignent sur leur histoire. On note une exception remarquable – des peintures rupestres représentant des antilopes et des éléphants, des danseurs et des chasseurs, dont les couleurs, pour certaines, restent étonnement vives bien qu’elles soient exposées au vent et à la pluie, et brûlées par le soleil depuis trois milles ans. Les plus récentes figurent des voiliers et des cavaliers. Puis ce peuple mystérieux a cessé de peindre.

http://www.courrierinternational.com/photos_article.asp?obj_id=52765
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Après 40 km de trajet du centre ville de Bulawayo, on trouve le Parc National de Matopos. Non loin de là se trouvent des peintures rupestres de Bochimans qui y ont vécu il y a des milliers d'années.
La partie ouest du parc est clôturée et est réservée au gibier. Cette partie s'appelle "Whovi Wild Area".
On y voit beaucoup d'animaux (à l'exception des éléphants et des fauves).
Une visite s'impose dans la Zone d'Intensive Protection (IPZ). Ici le rhinocéros y est élevé à l'écart et est surveillé afin de le protéger des braconniers.
Un autre centre intéressant à visiter est l'Orphelinat de Chipangali, où les animaux malades et abandonnés sont hébergés et soignés.

 

Les colons européens qui ont débarqué sur les cotes de l’Afrique méridionale, il y a trois cent cinquante ans, les appelèrent simplement les Bushmen, ou Bochimans – les « hommes de la brousse ». Les jugeant « inapprivoisables » et estimant qu’ils constituaient une menace pour les troupeaux, les pionniers les traitèrent comme de la vermine, les tuant en grand nombre. Dans un traité d’anthropologie du XIXe siècle, intitulé Researches Into the Physical History of Mankind (recherches sur l’histoire physique de l’humanité) , J.C. Pritchard résumait en ces termes le lot des Bochimans : « nulle part on ne peut observer la nature humaine dans une condition plus indigente et misérable. »

Baptisé alors les « nains authentiques de l’Afrique », des petits groupes de Bochimans furent exhibés à l’époque victorienne dans des foires aux cotés d’autres « monstres ». Les premiers anthropologues virent en eux des « fossiles vivantes » - le maillon manquant de l’évolution humaine, mais n’appartenant pas à part entière à notre espèce. Et leurs extraordinaires dialectes, avec leurs « clicks » (différentes façons de claquer sa langue contre le palais) furent considérés par un autre anthropologue comme des bruits d’animaux plutôt que comme un véritable langage, « tels les gloussements des poules ou le caquetage des dindes ».

Les Bochimans furent bientôt rejetés aux marges de la société, tout en bas de l’impitoyable système de castes de l’Afrique australe. Certains devinrent quasiment les esclaves des éleveurs bantous, pendant que d’autres travaillaient de temps en temps pour des salaires de misère dans les fermes des Blancs. En danger d’extinction culturelle, les Bochimans ne sont plus que 85 000 aujourd’hui (2001), et ils vivent pour la plupart dans les zones les plus reculées du désert du Kalahari, au Botswana, en Namibie, en Angola, en Afrique du Sud, au Zimbabwe et en Zambie. Ils comptent parmi les peuples aborigènes les plus étudiés de la planète ; le Bochiman représente l’un de nos derniers liens avec notre ancien mode de vie de chasseurs cueilleurs, qui était universel voici environ dix mille ans, avant que le l’homme ne domestique les animaux  ou ne cultive la terre.

Depuis déjà un certain temps les Bochimans ne vivent plus, dans un splendide isolement, de la chasse et de la cueillette. Certains anthropologues estiment qu’une transition s’est produite au Kalahari avec le forage dans les années 1950 d’un grand nombre de puits appelés localement  boreholes  (trous de sonde). L’un des principaux avantages dont disposaient les Bochimans sur d’autres peuples était leur aptitude à survivre sur une terre quasi dépourvue en eaux de surface. Leur étonnante capacité à trouver des melons ou des tubercules aqueux, ou leur technique consistant à enterrer des oeufs d’autruche refermés hermétiquement après avoir été rempli d’eau pendant la saison humide et à les récupérer pendant la saison sèche, ont permis aux Bochimans de survivre là ou d’autres étaient incapables. Aujourd’hui, ces secrets d’initier n’ont plus leur utilité. La création des puits a entraîné une extension de l’élevage et les Bochimans ont été dépossédés de leurs terres.
Sur les vingt-cinq et quelques groupes survivants, ceux qui se rapprochent le plus de la société Bochiman prétendument « véritable » - les « indigènes modèles », vivant en parfaite harmonie avec la nature, qui apparaissent, idéalisés, dans le film Les Dieux sont tombés sur la tête – se trouvent dans le district de Nyae Nyae, dans le nord est de la Namibie. Les Bochimans de cette région s’appellent eux-mêmes les Ju’/hoansi, ce qui signifie les « hommes réels », et ils sont au nombre de 1 600. (La barre après « Ju » est l’un des quatre symbole - /, //, p- communément utilisés pour représenter les différents « clicks » des dialectes bochimans.)
Nyae Nyae est un territoire plat et sec situé à la frontière du Botswana. Il s’agissait autrefois d’un Homeland, à la manière des bantoustans sud africain de l’époque de  l’apartheid, lorsque la Namibie était de fait une province de ce pays. Huit ans après l’accession à l’indépendance de la Namibie en 1990, Nyae Nyae a été placé sous l’administration d’un conseil de Bochimans élus. Les Ju/hoansi ont désormais la chance de vivre sur leurs propres terres ancestrales, du moins sur une partie d’entre elles.
Situé à l’extrémité d’une route dans le « bushveld » épineux du Kalahari, Den/ui est l’un des 30 ou 40 villages du district de Nyae Nyae. Les huttes en herbe dans lesquelles vivent les Bochimans ne différent guère de celles de leurs ancêtres, conçues pour ne fournir qu’un abri rudimentaire à des tribus qui étaient essentiellement nomades, les groupes familiaux changeant constamment de terrain de chasse et de cueillette. Mais aujourd’hui Den/ui est un village permanent, doté d’une école primaire en préfabriqué et d’un puit artésien duquel jaillit de l’eau fraîche.

Photo Crédit: Bernadette T. Latin
(Voir d’autres photos http://www.ecovitality.org/ju.htm )

 

Nous établissons notre camp dans une clairière près du village. Ce soir, allongé sous la voûte étoilée, j’entend la toux grasse des habitants souffrant de bronchite, la toux sèche des tuberculeux, et les gémissements des bébés se mêlant aux glapissement des chacals rodant alentours. C’est l’hiver dans le Kalahari, et le froid glacial ne s’est pas dissipé quand les coqs se mettent à chanter peu avant 4 h du matin. Je sors de ma tente ; le « coeur de l’aube », comme les Bochimans appellent traditionnellement Jupiter, brille encore au dessus de l’horizon. L’eau a gelé dan ma gamelle.


Dans le village, les familles sont agglutinées autour de eux minuscules ; certains des enfants vont sans chemise tandis que les adultes portent, dans le meilleur des cas, une malheureuse couverture élimée jetée sur leurs épaules osseuses, masquant à peine leurs cotes décharnées. Ils prennent un maigre petit déjeuner composé de baies et de thé clair.
N !amce, un chef de Den/ui, fabrique des flèches, assis sur une bûche. Il roule la tige jaune d’un roseau dans les cendres, puis la jauge du regard et la redresse. Il enduit l’extrémité de la tige de goudron provenant d’une vieille batterie de voiture, la chauffe à nouveau, et y enroule une ficelle fabriquée avec des tendons de koudou (antilope). Il taille à l’ autre extrémité une encoche dans laquelle la corde de l’arc se logera. Pis, sur le bout goudronné, il insère une pique en os de girafe fixée à un petit cylindre de roseau dan la quelle la pointe de la flèche taillée en triangle, est enfoncée. Il enduit délicatement les 10 cm précèdent la pointe avec du poison conservé dans une corne de steinbock (ou steenbock, petite antilope)
Les poisons de ce peuple chasseur sont d’une efficacité légendaire. Certains, dit on, utilisent un mélange de venin de serpent et d’extrait de plante toxique ; d’autres préfèrent un extrait de scorpions pilés et d’araignées. Ici, dans le nord du Kalahari, ils utilisent le plus mortel de tous les poisons Bochimans : des larves de scarabées (diamphidia et Polyclada) mélangées avec de la gomme. Le poison agit en pénétrant dans le sang et provoque, à terme, la paralysie. Touchée au bon endroit, une jeune antilope mettra peut être vingt quatre heures à mourir. Une adulte, plusieurs jours. On ne connait pas d’antidote qui soit sur à cent pour cent.
Ces flèches empoisonnées, terrifièrent les premiers colons, John Campbell, un missionnaire, décrit ce qu’il advint à l’un de ses compagnons touché à l’épaule par une flèche, au début des années 1800 : « son apparence nous remplit d’inquiétude, il avait grandement enflé, surtout au niveau d la tête et du cou. Il nous dit qu’il avait senti le poison descendre lentement vers ses orteils, puis remonter dans son corps, de la même manière. Son expression était effrayante, tant il était défiguré par le gonflement. ». L’homme mourut le lendemain soir.
Apres avoir manipulé le poison avec une intense concentration, N !amce se détend quelques instants en fumant. Il bourre l’embout de sa pipe en métal avec un filtre d’écorce fibreuse et ramasse une poignée d’excréments d’hyrax, avec les quels il remplit le fourneau. Il aspire la fumée acre, expire avec une expression de contentement, puis passe à Npaisa, une vieille femme dont le front est paré d’une frange de perles à laquelle est accroché un triangle de métal, qui lui pend sous le nez. Lorsque vient mon tour, je me contente de passer la pipe à mon voisin ;

Chargé de carquois de flèches empoisonnées, des hommes patent à la chasse. Ils marchent vite, jetant de temps en temps des coups d’oeil à terre mais ralentissant rarement leur allure pour rechercher des traces d’animaux. Mon interprète, qui me demande de l’appeler /Ai !ae/Aice, m’explique comment ils « lisent » le sol : «  de la même façon que vous, les Blancs, lisez un livre. » Ils peuvent déterminer l’age et le sexe des animaux en déchiffrant les signes qu’ils laissent derrière eux. Un jeune chasseur s’accroupit et  examine les déjections d’un bubale ; plus on y trouve de matières inassimilées, moins la digestion est efficace et plus l’animal est âgé. Un springbok, male, m’explique  /Ai !ae/Aice, marche souvent en queue de bande, et un gemsbok frotte ses cornes contre les troncs des arbres pour marquer le territoire de son odeur.

Les Bochimans peuvent évaluer l’ancienneté des traces d’animaux au temps que mettent les termites pour reconstruire leur termitière, qui a été piétiné ne touffe d’herbe pour se redresser dans sa position initiale ou une araignée pour réparer sa toile. Quand ils touchent un animal avec une flèche, les Bochimans ne se lancent pas immédiatement à sa poursuite ; ils se rendent à l’endroit ou il se tenait à ce moment là et mémorisent les empreintes. C’est seulement ensuite qu’ils commencent à le traquer patiemment, jusqu’à ce qu’il tombe.
Grâce à cette habilité dans l’art de la traque, les Bochimans sont depuis longtemps appréciés des militaires, des chasseurs et des fermiers pour poursuivre rebelles, grands fauves et contrebandiers.

Aujourd’hui, les chasseurs rentrent bredouilles. La faune de Nyae Nyae n’est plus ce qu’elle était. En 1877, Hendrik Van Zyk, un chasseur afrikaner, et son équipe de jeunes tireurs bochimans, y massacrèrent plus d’une centaine d’éléphants en une seule journée. Les éleveurs herero (ethnie de langue bantoue) ainsi que les fermiers blancs font la chasse aux antilopes qui empiètent sur les pâturages de leur bétail. La chasse ne fournit plus aujourd’hui  qu’une faible part de la nourriture des Bochimans. Celle ci varie considérablement selon l’environnement, mais, dans une récente étude menée dans le village de Nyae Nyae, le gibier entrait pour moins de 20% dans l’alimentation hebdomadaire des habitants. L’aide alimentaire gouvernementale compte pour près de 40% et 35% des approvisionnements sont achetés avec l’argent de pensions, de la vente de produits artisanaux et des salaires. Le reste est fourni par les jardins et la cueillette.
Quelques jours plus tard, alors que le soleil réchauffe l’air glacial du petit matin, je me joins à une expédition de cueillette organisée par les femmes du village. Elles espèrent ramasser des noix de mangetti, qui ont à peu près la taille d’une noisette et sont riches en protéines. Les femmes accrochent leurs bébés sur leur dos puis s’engagent dans la savane, progressant par petits bonds à une allure étonnement rapide. Certains sont chaussés de sandales rudimentaires taillées dans des pneus de voiture, mais la plupart vont pieds nus. Un grand nombre d’entre elles arborent des tatouages complexes sur le visage ; traits bleus rayonnent à partir de chaque oeil. Elles progressent péniblement dans cette mer d’herbes blondes qui ondoie dans la lumière rasante du matin. Bientôt, elles fourragent dans les feuilles et sondent le sol avec leurs bâtons. Tout en remplissant sa sacoche en grosse toile, Npaisa m’explique les usages que fait son peuple des animaux et des plantes qu’elle ramasse. La racine de tel arbre est indiquée si l’on crache du sang. Une autre guérit de la fièvre ou de la grippe. « Et, celle-ci, dit-elle en tirant sur une autre racine, est surnommée la « plante de la chance ». Tu la brûles, tu te couvres le visage de ses cendres, et, après, tous les hommes t’aiment. » D’un geste précis, Npaisa attrape des coléoptères sur les branches des acacias, leur arrachant les pattes avant de les plonger dans le sac. Puis, elle attrape la carapace tachetée d’une minuscule tortue léopard suspendue à une ceinture de perles autour de la taille. Otant le bouchon obturant l’ancien orifice du cou, elle verse une pincée de tabac à priser dans la paume calleuse de sa main et l’aspire avec volupté.
Nous atteignons finalement les bosquets où l’on trouve les noix de mangetti. Une petite troupe d’éléphants est récemment passée par là : elle a causé autant de dégâts qu’une tornade, déracinent et cassant les arbres. Mais la récolte va se révéler bonne.

Une fois rentrées au village, huit heures plus tard, les femmes arrachent les ailes des coléoptères et rôtissent ces derniers quelques secondes dans la braise d’un petit feu de bois. On m’en offre une poignée : j’en place un dans ma bouche et croque  dedans avec appréhension. Le jus de l’insecte coule sur ma langue et je l’avale sans demander mon reste.
Le soir, il y a souvent des danses autour du feu, qui évoluent parfois en transe, l’un des principaux éléments de la spiritualité bochimane. Au fil des années, les missionnaires ont converti certains bochimans au christianisme, mais pas ceux de Den/ui. « Ici, nous respectons la tradition, explique le chef du village. Nous ne sommes pas chrétiens, mais nous pouvons parler à tous les esprits auxquels s’adressent les chrétiens. Nous avons le même dieu ; il y a juste des façons différentes de Lui parler. »
Alors que les femmes et les enfants sont assis autour du feu, frappant des mains, les hommes tournent autour du brasier en traînant et en tapant les pieds dans la poussière. Peu à peu, le rythme des battements de mains et de la mélopée sans parole s’accélère. Appelée «  danse de la girafe », la cérémonie est conduite par un vieil homme, le chaman du village. Il porte une plume d’autruche passée dans un bandeau orné de perles, et une bourse en cuir ocre pend entre ses jambes. Ne cessant de tourner autour du feu, il finit par entrer en transe. Dans cet état altéré de la conscience, estiment les Bochimans, il est possible de soigner les malades et de communiquer avec les morts ou les parents absents.
La mère d’une petite fille malade a demandé au chaman de déterminer les causes de son affection. Le guérisseur tient les épaules de la mère et presse son front contre le sien pour en extraire ses pensées. D’autres villageois frottent du san, un parfum fabriqué à partir de racines de roseau, sur le corps du chaman et en jettent des poignées dans le eu, ou il éclate en pluies de minuscules étoiles.
Soudain le chaman s’éloigne du feu, et, malgré sont grand age, bondit dans les branches d’un arbre voisin, ou il s’accroupit, ricanant et vocifèrent à l’adresse des villageois. Il redescend à terre quelques minutes plus tard, le visage écorché par les branches épineuse, et continue de danser sur un rythme frénétique, tout en criant en direction de la nuit glaciale.
« Le problème, annonce le chaman, parlant au nom d’un ancêtre défunt, a commencé avec l’oryx qui a été trouvé mort près du village. Vous avez mangé la viande, mais vous avez jeté les intestins, l’estomac et les sabots. C’est du gaspillage, et votre faute a mis en colère l’esprit qui veut maintenant tuer la fille. Tout, tout aurait du être mangé ! » Les transes apaisent les tensions et renforcent la solidarité du groupe, mais cet avertissement à propos du gaspillage est assez inhabituel ; il est rare, en effet, que les conversations avec le monde de l’invisible portent de manière aussi explicite sur la conduite de la communauté. Le chaman assure l’esprit courroucé que cette faute ne se renouvellera pas. Là-dessus, il tombe comme une masse dans la poussière rouge, les membres agités de secousses, comme tétanisé. Le chef et les villageois massent alors son corps jusqu’à ce que les tremblements finissent par disparaître.

La culture Bochimane fait l’objet d’une attention accrue de la part non seulement des anthropologues, mais également des professionnels de l’ »ethno tourisme », dont les défenseurs estiment qu’il pourrait constituer la meilleure chance de préserver certains vestiges des traditions de ce peuple. Un projet de ce type vient d’être lancé dans le parc de Nyae Nyae. Mais les initiatives existantes, telles qu’Intu Afrika, une réserve de chasse commerciale dirigée par des blancs dans le sud est de la Namibie, qui englobe une communauté bochimane, offrent peu d’espoir de préserver les modes de vie ancestraux de l’ethnie.
Les touristes arrivent à Intu Afrika, par fourgons entiers pour être encadrés par une quarantaine de Bochimans !Xoo locaux. Ce matin, l’un d’eux, qui se fait appeler Alex, nous apprend à poser un piège à autruche. Alors que les touristes, sont emmitouflés dans de gros pulls en jersey pour se protéger du froid, Alex, lui ne porte qu’une léger cape en peau et un pagne. Les Bochimans ont un don particulier pour mimer les animaux sauvages, et Alex imite à la perfection l’autruche s’approchant du piège et se faisant prendre la tête dans le noeud. L’animal tente désespérément de se libérer, ce à quoi parvient finalement, mais au prix de sa vie car, la plupart du temps il se décapite dans cet ultime effort.
En fait, Alex et ses compagnons ne comptent plus depuis longtemps sur la capture d’autruches pour se nourrir. Ils vivent maintenant de leurs salaires et pourboires, et de la vente de souvenirs. Une fois par mois environ, un garde de la reserve abat  une antilope pour eux. Le lendemain, je rejoins Klein David (Klein signifiant « petit » en afrikaans) et quatre autres bochimans partis chasser l’oryx. Hilton Holm, le gérant de la réserve, nous suit au volant d’une Land Rover avec son fusil. Pendant qu’ils arpentent inlassablement les dunes, Klein David me raconte leur histoire. La plupart d’entre eux viennent du corridor 17, une petite bande de terre le long de la frontière du Botswana ou sont relégués les Bochimans travaillant chez les fermiers blancs et herero des environs.
« Il n’y a plus de faune sauvage ici, se lamente Klein David. Même les lièvres se sont enfuis. Il y avait beaucoup de gibier dans le temps, quand mon grand père était enfant. Mais les fermiers qui se sont installés dans la région ont clôturé la terre, et on se retrouve parqués. Si vous empiétez sur les terres de quelqu’un, on peut vous arrêter et vous jeter en prison. Notre ancien mode de vie a disparu, et il ne reviendra jamais.
« Klein David n’est pas mon véritable nom, vous savez, dit-il d’un air songeur et triste. Mon nom est Tchi !xo. Cela veut dire « malchanceux ». On m’appelé comme ça parce que mon  père était mauvais tireur ; il manquait tout le temps les cibles avec ses flèches. Mais aujourd’hui nous n’utilisons plus nos vrais noms. Les missionnaires sont venus et ils nous ont donné de nouveaux, plus facile à prononcer. De même, nous n’avions pas de nom de famille, mais aujourd’hui on en a besoin pour remplir les formulaires administratifs. Mon nom de famille est Xamseb. Cela veut dire « Lion » en khoïsan : Tchi !xo Wamseb, le lion malchanceux ! »

Pour  avoir étudié les quelques 10 000 bochimans travaillant de manière intermittente dans les fermes voisines du corridor 17, l’anthropologue James Suzman a ait voler en éclats la théorie selon laquelle ces hommes ont toujours été nomadiser sur des grandes distances et se sont contentés de gagner des zones plus reculées que leurs terres leur ont été confisquées. Il a découvert en réalité que, partout où c’était possible, ils sont restés dans des zones qu’ils connaissent bien – des territoires dont la superficie, bien souvent va de 25 à 50Km3.
A la différence du corridor 17, la réserve d’Intu Afrik est bien pourvue en gibier, et Hilton Holm ne tarde pas à tuer un oryx, un male élancé, noir et blanc, avec des cornes en V. Les bochimans, le dépècent adroitement et placent les quartiers dans des sacs fabriqués avec les intestins de l’animal. Ils s’enduisent le corps   de son sang, « pour honorer l’esprit de l’oryx », précise Klein David

 

 

Je regagne avec lui les habitations des bochimans, qui se trouvent au-delà d’un ancien lac salé, loin du regard insistant des touristes. Là, dans un  village baptisé Twilight, klein David et ses semblables vivent dans un effroyable taudis – quelques maisons en briques délabrées, autour d’une cour jonchée d’ordures, d’essieux de voitures et de carcasses de bicyclettes. « Les maisons étaient bien quand nous les avons construites, précise Hilton Holm, mais ils ont laissé les bâtiments se dégrader. Ils ne sont pas habitués à vivre dans des maisons en dur. »


A partir d’Intu Afrika, je franchis la frontière avec le Botswana,  qui compte les plus grand nombre de Bochimans – environ 47 500. La plupart gagne leur vie comme ouvriers agricoles, mais quelque uns ont pu rester su leurs terres ancestrales, ans la réserve de chasse de Kalahari central, le troisième parc de chasse d’Afrique par sa superficie. Il s’agir d’une vaste étendue sinistre et désolée, privée pendant la plus grande partie de l’année d’eau de surface. En 1961, quand la réserve fut créée, le préposé aux affaires bochimanes de l’armée britannique, Georges B. Silberbauer, fit savoir qu’elle devait remplir un double objectif : protéger à la fois les Bochimans et la faune, à condition que les autochtones chassent exclusivement selon leurs méthodes traditionnelles. Mais, depuis lors, le gouvernement de Botswana, constatant que les deux missions étaient de plus en plus inconciliables, a encouragé les Bochimans à quitter le parc. Ayant déclenché une levée de boucliers à l’échelle internationale, cette politique est aujourd’hui reconsidérée. (Si vous avez la curiosité  de faire des cherches su Intu Afrika vous ne trouverez que des lodges ou circuits !!!)

Molapo, l’une des dernières implantations bochimans  à l’intérieur de la réserve de chasse du Kalahari central, abrite un nombre sans cesse décroissant de Bochimans/Gana – à peine 150 actuellement. Certains se sont installés dans un nouveau centre de peuplement crée par le gouvernement en dehors du parc. New Xade, attirés par la perspective de disposer d’écoles et de cliniques, de l’eau courante, et d’une prime d’installation de cinq vaches et quinze chèvres par famille.
A lire
t http://endehors.org/news/6481.shtml ainsi que SOS Buchmans : http://sosbushmen.romandie.com/post/4540/30476 )

A ma grande surprise, je découvre que je ne suis pas le seul étranger à me retrouver à Molapo. Un chercheur Japonais du musée national d’ethnologie d’Osaka, Kazunou Ikeya, qui étudie regimbement cette communauté depuis plus de dix ans, est également présent. Au moment de mon arrivée, il filme avec une camera vidéo, un bochiman en train de couper un arbre à la hache – probablement le seul de la région dépassent la taille d’un homme. Les autres ont déjà été débités en bûches pour faire du feu.
« Il coupe un morceau de bois avec lequel il fabriquera un piano à pouce » annonce Ikeya, filmant la scène en plan rapprochée. Un « piano » bochiman consiste en un jeu de lamelles métalliques

de différentes longueurs – les touches- fixées à un cadre en bois. Ikeya me montre une profonde entaille dans le tronc, qui date, selon lui, du dernier instrument sculpté dans le bois de cet arbre. C’est un bon exemple de l manière dont les Bochimans conçoivent la protection de la nature : en maintenant cette arbre en vie pour le réutiliser. Mais, cette fois ci, les vigoureux coups de hache du bochiman mettent en péril le malheureux « arbre à musique » et, de fait, à peine Ikeya a-t-il parlé qu’il s’abat soudainement à nos pieds. Apparemment, les besoins en bois à brûler passent avant les préoccupations artistiques de la communauté.
Bien qu’ils vivent sur les terres de leurs ancêtres, les habitant de Molapo ne mènent plus la vie des Bochimans d’antan, réputés pour leur remarquable adaptation au milieu hostile du désert. L’eau qu’ils consomment ne vient plus des tubercules du sol, mais principalement d’un grand réservoir en plastique monté sur une haute plate-forme. Celui-ci est rempli chaque mois par un camion citerne du gouvernement venant de la ville de Mothomelo. Les bochimans possèdent maintenant des chèvres et des ânes. Ils chassent à cheval avec des lances et des meutes de chiens – et non plus avec des arcs et des flèches. L’aide alimentaire accordée par le gouvernement leur permet de se nourrir correctement.
En l’absence de Roy Sesana, habitant du village et président du « Peuple originel du Kalahari », mouvement défendant les droits des Bochimans dan la réserve de chasse du Kalahari central, Kobou, un vieil homme au visage profondément ridé, parle au nom de la communauté.
« Le
gouvernement a essayé plusieurs fois de nous convaincre de nous installer à New Xade, dit-il. Nous avons refusé, car nous sommes ici chez nous, et nous ne voulions pas de cet argent promis » Kobou précise qu’ils n’ont jamais été menacés, mais, si le gouvernement cessait de les approvisionner en eau «  Nous devrions alors partir, ou mourir. Nous ne pourrions survivre avec des melons sauvages, des racines et des mares naturelles qui se forment pendant les trois mois de la saison humide.
(L’émission « Faut pas Rêver » du 09 avril 2007 à parler de ce problème : http://fautpasrever.france3.fr/ )


En Afrique du Sud, les colons – avec l’aide opportune de diverses épidémies au cours des sicles – ont mené quasi à bien l’extermination d’une population Bochimane. Au début des années 1980, il était communément admis qu’aucun groupe Bochimans ne subsistait dan le pays. Puis, à la suite de Khomani – à peine 250
pl’effondrement de l’apartheid, les derniers Bochimans  individus – ont été localisés presque par hasard dans des fermes et des camps de la région de Tietfontein.
L’avocat Roger Chennells, qui travaille pour le South African San Instutute, créé en 1996, fait le siège du gouvernement Khomani, la restitution d’une vaste
psud-africain afin d’obtenir, au profit des  portion de territoire de la province du cap Nord. Je l’ai accompagné jusqu’au village de Welkom, perdu au milieu des dunes rouges du Kalahari méridional, ou Khomani s’étaient rassemblés à son instigation pourpde nombreux Bochimans  choisir les chefs de la communauté. Les débats, qui étaient fort animés, se sont déroulés entièrement en Afrikaans, tandis que Chennells tentait patiemment d’expliquer à l’assistance le principe du vote, pratique totalement étrangère aux traditions autochtones.
L’un des élus, Petrus Vaalbooi, a demandé à l’assemblée : « Si la lionne met bas, m’aiderez vous à dérober son petit ? » C’était sa façon d’avertir ses semblables que la partie n’était pas gagnée.
Par suite de cette mobilisation, quelques mois plus tard, au début de l’année 2000, le gouvernement sud-africain a officiellement rétrocédé aux Khomani une parcelle de territoire au sud de la réserve.
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S’il ne reste plus en Afrique du Sud que cette minuscule communauté de Bochimans indigènes, l’ancien pays de l’apartheid abrite le plus important regroupement de Bochimans du monde, dans un lieu appelé Schmidsdrift. Plus de 4 300 d’entre eux, originaires d’Angola et de Namibie, y sont aujourd’hui parqués, à une heure de route à l’ouest de Kimberley, chef lieu de la province de Cap Nord. C’est un endroit ingrat qui respire la désolation. Des rangées de tentes militaires (1 900 au total) sont dressées sur un terrain incliné, rocailleux et battu par  les vents, à proximité des rives du Vaal. Ces tentes ont été reparties entre deux groupes, les ! Xu et les Khwe, qui se détestent cordialement, formant ainsi deux quartiers séparés. Depuis 1990, ce camp, en principe temporaire, abrite un ancien bataillon bochiman de l’armée sud-africaine. Celui- ci a été dissous en 1994, après la fin de l’apartheid, mais les Bochimans ont refusé de partir ; ils n’ont nulle part ou aller.

Paradoxalement, Schmidtsdrift est probablement la communauté Bochimane la plus riche. La plupart des anciens soldats continuent à percevoir des pensions, et on y trouve à la fois une école primaire et un collège, ainsi qu’un hôpital doté de tout le personnel qualifié ; Mais la consommation d’alcool et de marihuana trahit la déliquescence et la détresse de cette communauté.

A l’hôpital, un médecin de l’armée me confit que des enfants âgés d’à peine 12 ans sont déjà alcoolique, et que la tuberculose est la première cause de mortalité. Quand ils tombent malades, les Bochimans ont recours à la médecine traditionnelle, et ils se rendent à l’hôpital seulement quand celle ci ne donne pas de résultats. Mais il est alors souvent trop tard.
La   sirène de l’école indique l’heure du déjeuner, et plus de 1 600 enfants se mettent en rang pour recevoir leurs repas – une soupe épaisse servie dans des bols et un morceau de pain. C’est la seule nourriture de la journée pour un grand nombre d’entre eux, et c’est un moyen de s’assurer qu’ils continuent à assister aux cours. Pas de classe, pas de soupe.
Le chef du conseil traditionnel ! Xu, à Schmidtsdrift et le sergent Mario Mahongo, un Bochiman ! Xu. Comme de nombreux hommes du camp, Mahongo a commencé sa carrière militaire pendant la guerre pour l’indépendance de l’Angola, en combattant aux cotés des colons portugais. « Entre nous et les Noirs, me confit-il, il y a toujours eu conflit. Ils utilisaient mon peuple comme des esclaves. Oyant cela, les portugais, quand ils sont eux aussi entré en conflit avec les Noirs, nous ont dit : « unissons-nous, nous avons un objectif commun » »
Apres le départ d’Angola e l’armée portugaise, en 1975, les Sud Africains ont recruté les Bochimans pour combattre alors les rebelles indépendantistes en Namibie. Quand l’histoire s’est répétée et que la Namibie est, à son tour, devenue indépendante, les Bochimans, par crainte des représailles, ont fui à nouveau, mais cette fois, en Afrique du Sud.
« Nous aimerions retourner à une époque ou il n’y avait ni frontières ni clôtures, poursuit Mahongo. Mais ici, en Afrique du Sud, ce n’est même pas la peine d’y penser. Toutes les terres sont divisées en parcelles et clôturées. Au moins, en Angola, il reste quelques étendues sauvages. En Namibie aussi. Mais pas ici. Mon coeur est encore en Angola – mais ce pays est maintenant une terre étrangère pour mes enfants. Ma région natale est encore et toujours ravagée par la guerre, et ça fait des années que cela dure.
Une bonne partie de notre culture, poursuit-il, est perdue à jamais – les vieilles histoires que racontaient les mères et les pères qui allaient dans la savane puis revenaient dire aux autres ce qu’ils avaient vu. Le problème maintenant est que, comme personne ne quitte plus les camps et ne fait plus rien, nous n’avons plus d’histoires à raconter à nos enfants. Nous n’avons rien à transmettre. Dans l’ancien temps, nous fabriquions des instruments de musique pour accompagner nos chants, aujourd’hui, il nous suffit d’aller en ville, d’acheter une cassette et de l’écouter.

Batisda Salvadore, officier de liaison pour l’Association !Xu & Khwe, me fait visiter le camp. Son père était portugais et sa mère !Xu. «  Comme les gens du gouvernement pensent que tous les Bochimans sont strictement identiques, ils nous mettent ensemble, dit-il. Mais il y a deux tribus différentes ici, et nous ne nous entendons pas. La situation est conflictuelle car les Khwe mangent davantage que les !Xu et ils courtisent nos femmes. Certains d’entre nous pensent que ce ne sont pas de vrai  Bochimans. »
De fait, les Khwe ressemblent plutôt aux Bantous. Ils sont plus grands et la couleur de leur peau est plus sombre, et ils n’ont pas ce type légèrement asiatique des !Xu, qui correspond à l’idée que se font les Occidentaux des Bochimans « Purs »
Je descends jusqu’à la rivière en compagnie de Salvadore. Sur la rive opposée, c’est un autre monde – des fermes possédées par des Blancs, impeccablement entretenues, avec des champs de luzerne irrigués. Alors que je m’apprête à quitter Schmidtsdrift, Mahongo vient me dire au revoir.

 

 «  Ayez pitié de nous, pauvres Bochimans, me supplie-t-il. Ayez pitié de nous, qui devons surmonter tant de difficultés en Afrique du Sud. Nous les bochimans, étions le premier peuple ici, alors comment se fait-il que nous soyons aujourd’hui toujours les derniers pour obtenir quoi que ce soit ? Quand ils comprennent que nous sommes un peuple pacifique, les gens nous piétinent. Nous devons trouver la force de nous faire une place dans ce monde. Autrement, il ne restera bientôt plus rien de nous. Nous disparaîtrons tous. Et, avec nous, nos souvenirs. Seules nos peintures seront là pour vous rappeler que nous avons existé. »

 

Mais cette supplication semble déjà appartenir à un passé révolu.
 


Reportage de Peter Godwin pour  National Géographic de Février 2001
http://www.nationalgeographic.fr/

J'ai fait des recherches sur le Net pour avoir des informations plus récente. pas grand chose sinon de la pub pour les voyages.

Voici quelques articles qui completent ce dossier :

www.ourplanet.com/.../pages/seven.html.

La pharmacie du désert
http://www.hoodia-europe.com/arte.htm

L'artisanat traditionnel
www.uniterra.ca/uniterra/fr/partenaires/parte...

Les Sans sont quelque 27 000 à vivre en Namibie et au Botswana. Egalement appelés Bochimans, ils représentent de nombreuses petites tribus qui parlent différents dialectes de la famille khoîsane, une langue « à clics ». Ce sont aussi les plus anciens habitants de l'Afrique australe, puisqu'ils y vivent depuis deux ou trois mille ans. Chasseurs-cueilleurs, ils survivent grâce à leur connaissance approfondie de l'environnement. Ils sont capables d'identifier des centaines de plantes et d'évaluer l'âge d'un animal à partir de ses excréments. Ils savent trouver de l'eau dans les troncs d'arbres et l'extraire de plantes souterraines.

photo : TopFoto/ImageWorks

http://www.ourplanet.com/tunza/issue0202fr/pages/seven.html

 à suivre......