Bochimans d’Afrique du Sud : Un peuple Perdu 2

Peindre les Esprits

L’art rupestre ouvre une fenêtre sur le monde des Bochimans

De David Lewis-Williams

 

Il y a environ trois cent cinquante ans, les Européens ont découvert l’art du peuple San ou Bochiman, en Afrique austral. Ils le tenaient alors pour primitif et fruste, à l’instar de ceux qui le produisaient. Ce n’était que de la « peinture de Bochimans », des récits peints ou gravés figurant des chasses, des combats ou des scènes de la vie quotidienne.. Ces dernières années, des études plus rigoureuses ont conduit à une tout autre vision. Pour les San, ces fresques n’étaient pas seulement des représentations de la vie : elles en étaient les dépositaires. Quand les chamans peignaient un éland (ce n’est pas une faute d’orthographe c’est le nom d’une antilope)

http://lithos-perigord.org/article.php3?id_article=181

 

Ils ne se contentaient pas de rendre hommage à un animal sacré, ils affirmaient son essence. En 1993, dans une caverne des montagnes de Drakensberg, en Afrique du Sud, mes collègues Geoff Blundell et Sven Ouzman ont découvert un spectacle que je n’avais jamais vu en quarante ans d’études de l’art san – une fresque de 6 m de long, aux nombreuses figues superposées qui nous offre un nouvel aperçu du monde spirituel des Bochimans.

 

http://www.places.co.za/html/1537.html

http://gorp.away.com/gorp/publishers/menasha/africa/his_dra.htm

http://www-users.york.ac.uk/~ad15/SApolitics-contents.htm

 


Ce ne sont pas des “images” au sens occidental du terme. Ce sont des choses en elles-mêmes, elles ont leur propre pouvoir, leur propre existence

 

Peindre à travers le voile

 

Pendant des années, les chercheurs ont utilisé pour analyser l’art rupestre l’approche que j’appelle « observation plus intuition » : on regarde une peinture, et on tente d’en saisir le sens. Mais si l’on ne comprend pas ceux qui ont produit cet art, la méthode conduit d’évidence à une interprétation erronée. De prime abord, cette fresque  évoque un fouillis d’antilopes et de silhouettes approximatives. Mais elle obéit à une grammaire et à une syntaxe que nous commençons à peine à décoder.
Notre compréhension fondamentale de l’art san provient des travaux ethnographiques de Wilhelm Bleek et Lucy Llyod, réalisés dans les années 1870. Pendant plus de vingt cinq milles ans, les chasseurs cueilleurs ont arpenté les montagnes du Drakensberg et une grande partie de l’Afrique australe. Au XVIIIe et XIXe siècles, leur culture fut balayée par les immigrants européens, qui les nommaient avec mépris « Bochimans » (de nombreux anthropologues préfèrent « San », un terme khoïsan signifiant « étranger ») Bleek et Lloyd interrogèrent des San qui connaissaient la peinture et ses rituels. Ils apprirent que cet art se concentrait, comme l’écrit Bleek, sur « les idées qui émouvaient le plus profondément l’esprit Bochiman et le remplissait de sentiments religieux ».
Ce qui explique l’omniprésence de l’éland : il était le réceptacle du pouvoir spirituel, l’animal favori du principal dieu san. Contemplant ces oeuvres, on s’interroge : l’animal crée-t-il une atmosphère propice au divin ? La roche, en effet, ne constituait pas simplement une toile de fond, mais une voile entre le monde matériel et le monde spirituel ; peindre aidait à traverser ce voile. Sur de nombreux sites d’art san, une ligne rouge ondule à l’intérieur et à l’extérieur de la roche, reliant les lieux physiques entre eux comme au monde spirituel.

 

Un monde spirituel en ébullition

Bien que les Bochimans aient cessé de peindre il y a un siècle, certains groupes continuent de pratiquer, dans le désert du Kalahari, des rituels de transe évoquant la peinture san. Au cours de ces cérémonies, les femmes battent des mains et chantent, tandis que les hommes dansent autour du feu jusqu’à ce que leur « puissance » - leur pouvoir spirituel – commence à « bouillir » en eux. Tandis qu’il pénètre dans le monde spirituel, le chaman se tord de douleur, saignait parfois du nez. Il se transforme parfois en animal afin de guérir les malades, faire pleuvoir ou contrôler le gibier. Dans l’art san, les humains ont souvent une allure surréelle. Les artistes ne pratiquaient certainement leur art qu’après la transe. Puis, s’ils étaient semblables aux chamans actuels, ils racontaient longuement leur expérience. « Voilà ce à quoi je ressemblait dans le monde des esprits. », auraient ils pu dire au terme de celle-ci, tandis qu’ils peignaient leur passage vers l’autre dimension

http://www.in-spirit.co.za/bushman.htm

http://lithos-perigord.org/article.php3?id_article=181

 

 


A lire :

 

L'Art Rupestre : Une étude thématique et critères d'évaluation
www.icomos.org/studies/rupestre.htm.

 

Livre :

 

L'art rupestre en Afrique du Sud

D. Lewis-Williams

beau livre (relié). Paru en 03/2003

Le récit d'un voyage entrepris en 1873 dans les montagnes du Drakensberg est au cœur de ce livre et en constitue le fil conducteur. J. M. Orpen, qui dirigeait l'expédition, obtint d'un San (Bochiman) des explications extraordinaires concernant les peintures rupestres spécifiques à ce lieu. Les élands magnifiques, les danses de transe, les "animaux de la pluie" et toutes les représentations picturales si originales de cet art rupestre, difficiles à comprendre jusqu'alors, révèlent une expérience et une croyance religieuses profondes, d'ordre chamanique.
Pour la première fois, ce livre examine en détail ces explications, à la lumière des connaissances nouvelles sur les San. Il replace cette aventure et cet art dans les turbulences et les tragédies de l'histoire, au moment où les coutumes séculaires d'un peuple méconnu se heurtèrent à l'avancée des colons.

(à la FNAC)

poème d’un anonyme bochiman:

« Ô étoile qui vient, là-haut

Fais moi déterrer un nid de fourmi

Avec ce bâton

Ô étoile qui vient là-haut

Je te donne mon coeur

Donne moi ton coeur. »

http://gerard.schwinte.free.fr/2002_namibie.htm

 

l