Eileen Wanu Wingfield Aborigène Australienne se bat pour ses terres

Eileen Wanu Wingfield
Aborigène Australienne se bat  pour ses terres

 

Le désert du Kokatha au sud de l’Australie, est habité par les esprits et par les Aborigènes. Pendant dix ans, de 1953 à 1963, l’armée britannique y a effectué ses tests nucléaires. Puis, le gouvernement australien a voulu y installer une décharge de produits radioactifs. Mais une vieille femme a dit non, parce qu’elle voulait sauver l terre de ses origines.


Elle avait peut être 25 ans quand la bombe a explosé. Peut-être plus. Elle ne sait pas exactement. On n’a pas d’acte de naissance quant on naît aborigène dans le bush australien, là où, sans se soucier du nombre d’indignées présents dans la région, l’armée britannique a effectué entre 1953 et 1963, douze essais nucléaires à ciel ouvert. Il faut dire qu’en ce temps là et jusqu’en 1967, les aborigènes étaient répertoriés « faune et flore » et non comptés dans les recensements de la population.
Eileen Wanu Wingfield
a survécu aux tests, mais elle se souvient. Elle se souvient aussi que beaucoup n’ont pas survécu. Quel que soit son age, son visage est celui d’une vieille femme aux traits épais, masculins à la peau burinée, aux cheveux gris. L’expression est grave, le geste lent, mais elle a le regard perçant d’un chef indien. Qui pourrait croire que cette octogénaire, portant des robes à fleurs bariolés, à tenu tête au gouvernement australien, l’obligeant en 2004, à renoncer à son projet d’installer une décharge nucléaire chez elle, dans le Kokatha.

Eileen Kampakuta Brown (left) and Eileen Wani Wingfield (Image: Robert Roll)

 

 Pour ce combat, elle a reçu à San Francisco, avec une des ses congénères, Eileen Kampakuta Brown, le prestigieux prix Goldman pour l’environnement. C’est pour tant une grand mère comme les autres. Depuis quelques années, elle vit avec à nombreuse famille dans un petit pavillon aux briques rouges, à Port Augusta, au sud de l’Australie. Du papier aluminium collé aux fenêtres en guise d’isolation, les photos de ses petits et arrières petits enfants accrochées aux murs pour décoration, des ampoules pendues à leur fil pour tout luminaire. Accoudée à la table de la cuisine, trop petite pour accueillir sa grande « tribu », elle raconte son histoire, sans chronologie. Avec Eleein, le temps n’a pas de prise, pas de date : hier pour le passé, demain pour l’avenir.

« Quand nous avons appris que le gouvernement australien entendait construire une décharge de déchets radioactifs sur nos terres, on a tous crié irati wanti (le poison, on n’en veut pas). Le désert, c’est notre pays. Nous y vivions bien avant l’arrivée des blancs. Nous savons que le poison des déchets radioactifs descendra dans la terre et se rependra dans nos sources. Nous buvons cette eau. Les animaux boivent cette eau. Nous serons tous empoisonnés. »

 

Eleein a donc mobilisé sa communauté. Avec six autres vieilles femmes aborigènes, elle a crée, en 1990, à Cooper Pedy, un conseil de vieille femmes ; le Kupa Piti Kungka Tjuta. Elles sont parties à Melbourne en train pour rencontrer des écologistes. La plupart de parlaient pas un mot d’anglais. Elles disaient suivre leur tjukur, sorte de loi mythique qui raconte l’histoire des sept sœurs ayant crée le pays en le  traversant. Une croyance du Dreamtime , le temps du rêve aborigène, celui des origines, lorsque les esprits qui habitaient le monde se sont matérialisés pour peuple la terre, former les vallées, les rivières ; les montagnes et léguer aux tribus leurs lois et leurs rites. Ces ancêtres du Temps du Rêve marquent de leur empreinte des sites sacrés, toujours vénérés. Ne pas respecter ces lieux et ces lois expose à toutes malédictions.

En dépit de leur age, les sept femmes ont parcouru des milliers de kilomètres. Elles sont intervenus aux jeux olympiques de Sydney, ont investi la chambre des députés, multiplié les meetings, créé un site Internet (iratiwanti.org, voir ci-dessous). Les Dieux étaient avec elles : une majorité ‘Australiens s’est opposée à la construction de ce lieu de stockage (voir plus loin). Ils semblaient découvrir aussi qu’il y avait un peuple vivant dans le désert. Eileen était la plus virulente. « Ma terre  n’est pas une décharge, gronde t elle. Mais si tu veux comprendre, il faut aller là bas. »

 

 

Là bas c’est Woomera (http://fr.wikipedia.org/wiki/Camps_de_Woomera ), une zone désertique d’Australie, volée aux indignées, à 500 Kms au nord d’Adélaïde. Le gouvernement Australien entendait y installer une décharge. C’est là bas, déjà, que les fusées et des missiles britanniques, australiens et européens furent testés de 1947 à 1980  (www.woomera.com/.)

 

Avec, un plus à l’ouest, Maralinga et Emu Field, sites des essais nucléaires  britanniques  (http://www.laradioactivite.com/pages/07_nucleaire/03_retombees_atm.htm ). Depuis une superficie aussi vaste que la Grande Bretagne soit 130 000 kilomètres carrés est classée zone interdite. C’et là bas aussi que sont exploités des mines d’uranium. C’est là bas encore que se trouve l’effroyable camps de réfugiés ou étaient parqués, derrière un  double mur barbelés, des hommes venus de tous le pays. (http://www.johnkeane.net/pictures/jk/jk_maralinga/jk_maralinga2.htm ) il est fermé, depuis peu, à la suite d’émeutes et de nombreux suicides. Woomera : l’enfer sans purgatoire.

Pour rejoindre cette terre maudite, il faut emprunter la Stuart Highway. La route nationale, longue de 3000 kilomètres, traverse l’Australie d’Adélaïde (au sud) à Darwin (au nord). Une ligne droite interminable.
Eleein évoque sa jeunesse, elle n’a pas fréquentée l’école, ce qu’elle sait lui vient des anciens. Son père travaillait dans une ferme vouée à l’élevage des moutons. Comme tous les aborigènes, il ne recevait pas d’argent pour son labeur, mais un peu de nourriture. Pas suffisamment pour nourrir sa famille. Il fallait alors compléter sa pitance dans la brousse. Elle se souvent avec gourmandise de la saveur des fourmis à miel, à l’abdomen acidulé, des mangkatas, sorte de pêches sauvages et des bandicoots (petits marsupiaux) , des emeus et de kangourous qu’ils chassaient. Sans arme, mais avec l’aide d’un chien, un dingo, toujours nourri le premier. Sa famille marchait des jours entiers, parfois des semaines, dans le désert rouge, pour rejoindre les points d’eau. Sa mère portait le plus jeune enfant.

«  Un jour, un éclair a fendu le paysage. Tandis qu’un immense champignon de fumée noire et rouge emplissait le ciel, la poussière s’est répandue dan tout le pays. Des groupes s’approchaient pour voir l’explosion. Le matin, beaucoup d’entre nous ne pouvaient plus ouvrir les yeux. Et tout a changé, les femmes faisaient des fausses couches, les enfants naissaient prématurément ou difformes. Certains ont perdu la vue, d’autres ont perdu la vie, développant des cancers à cause des radiations."

 

Eleein propose une halte bienvenue. Elle marche entre les saltbush  (buisson de sel)

 

Au loin apparaît une suite de montagne. « Ce sont les sept sœurs, chuchotte-t-elle. Elles voyageaient dans le pays et, là ou elles s’arrêtaient, elles laissaient un minéral : uranium, fer, opale, cuivre, or ….. »

Plus à l’écart ont aperçois une autre montagne. « C’est la plus jeune des sœurs. Elle s’est éloignée, mais un homme la suivait. On ne peut pas aller là bas, c’est un endroit réservé aux hommes. Il est dangereux. Seuls les hommes savent pourquoi. »

 

A Windabout, un lac salé, à perte de vue  des étendues d’eau recouvertes d’une fine pellicule de sel. Une porte entrouverte sur le Dream team.
 Plus loin Roxby Downs, petite ville paumée dans cet out-back australien vit au rythme de l’extraction de l’uranium de la mine d’Olympic Dam, la plus grande du monde.
(À voir sur google  earth Olympic Olympic Dam Mine (BHP) ) ) Il est dit qu’elle renferme le tiers des réserves mondiales.
« Les anciens savaient ou se trouvait l’uranium. Ils savaient aussi qu’il fallait s’en éloigner. On ne devait pas s’asseoir à certains endroits, sinon on mourait. Les blancs ont donné de l’alcool aux Aborigènes ou un peu de farine pour connaître l’emplacement des sites. »

L’uranium est utilisé comme combustible dans les réacteurs nucléaires. Il sert aussi à la réalisation d’armes nucléaires. Son exploitation expose humains, faune et flore aux effets de la radioactivité.
 

Pour Eleein, chassées avec les siens de sa terre, l’exploitation de cette mine marque le début de son combat. C’est à cette époque, dans les années 70, qu’elle fait l’apprentissage de la contestation en rencontrant des militants écologistes. Ses discours parlent des lois des ancêtres, du culte que les Aborigènes vouent à la nature et des persécutions qu’ils subissent. Les priver de leurs terres, c’est les priver de leur raison d’être.
 

De son savoir ancestral, Eleein puise un mélange de douceur et de puissance. On a anéanti son peuple, détruit sa terre, nié sa culture, pillé son savoir. Mais sa force lui vient d’un autre martyre. Les yeux baissés, le ventre tenaillé par la culpabilité, ce n’est qu’à la fin voyage qu’elle racontera le vol de ses enfants

« C’est arrivé de nulle part. Simplement, ils sont venus et ils ont pris tous mes enfants. Ils disaient qu’ils mourraient de faim. C’est un mensonge. Mon mari travaillait à la ferme, on pouvait se nourrir. »

 

Elle n’a jamais accepté, jamais pardonné. De 40 000 à 100 000 enfants aborigènes ont ainsi été retirés à leurs parents par les services sociaux du gouvernement, pour être placés dans des familles blanches ou des institutions spécialisées. Des enfants volés qu’il fallait « blanchir » assimilé coûte que coûte. Ce drame n’a pris fin que dans les années 60.
Les sept sœurs de la légende l’ont elle remerciée à leur manière ? Quarante trois ans après, Eleein a retrouvé le dernier de ses enfants enlevés, une fille grâce à la médiatisation de son action.

Certes d’autres esprits, chagrins ceux là, soutiendront qu’Eleein a bénéficié dans son combat de la défiance des Australiens pour le nucléaire et d’un contexte repentance vis-à-vis des aborigènes.

 

Ellein continue de prêcher pour le désert.

 

D’après un article de MARTINE BETTI-CUSSO du figaro du 19 août 2006


Voir le diaporama 
http://www.lefigaro.fr/images/20060726.WWW000000320_sur_la_route_de_woomera.html

 

Pour ceux qui comprennent l’anglais :

Campagne des femmes aborigènes contre le nucléaire
http://www.eniar.org/news/news-issues/enviro.html

 

Photos

http://nla.gov.au/nla.pic-an23514284


Des prix pour sept Défenseurs de la nature
AFP
Édition du mardi 15 avril 2003

San Francisco-- Sept défenseurs de la nature d'Australie, des
Philippines, d'Espagne, du Pérou, du Nigeria et des États-Unis ont
reçu hier à San Francisco le prestigieux prix Goldman de
L’environnement.
Chaque personnalité distinguée
Recevra 125 000 $ dans le cadre de
Ce prix décerné depuis 14 ans à
L’initiative du philanthrope Richard
Goldman. Le Nigérian Odigha Odigha
a été récompensé pour la défense
des forêts de son pays, le Philippin
Von Fernandez pour sa contribution à
l'établissement d'une loi interdisant l'incinération d'ordures. Le
physicien espagnol Pedro Arrojo-Agudo a été distingué pour sa
campagne contre la construction d'un barrage, les Aborigènes
Australiennes Eileen Kampakuta Brown et Eilenne Wani Wingfield

25/04/2003 http://www.ledevoir.com/2003/04/15/25546.html?273

Australie la victoire des Vielles femmes Aborigènes

 

J’adore les histoires de vieilles dames, de celles qui, sous une apparence d’impuissance et de vulnérabilité, ont conservé toute leur vivacité, toutes leurs facultés intellectuelles, et qui, encore pleines de bon sens, d’énergie et d’enthousiasme n’ont aucune envie de se laisser mener par le bout du nez, même par un gouvernement.
 
Quand, en 1998, le gouvernement australien annonça qu’il voulait créer une décharge pour les déchets nucléaires à Woomera, c’est-à-dire dans le territoire de leur tribu, les Kupa Piti Kungka Tjuta, ou « vieilles dames aborigènes » de Coober Pedy, South Australia se sont réunies et elles ont décidé d’en empêcher la construction. Eileen Kampakuta Brown, Eileen Wani Wingfield, Emily Munyungka Austin, Eileen Unkari Crombie, Ivy Makinti Stewart, Tjunmutja Myra Watson et Angelina Wonga ont toutes plus de soixante-dix ans, elles ne savent ni lire ni écrire, et elles n’ont ni argent ni revenus, c’est-à-dire rien de ce qui est nécessaire pour faire une campagne de pression. Mais le charisme, l’intelligence, l’expérience et la conviction ne peuvent-ils pas les remplacer ?
 
« Nous, nous connaissons cette terre. (…) Le gouvernement parle de quelque chose qui empoisonnera la terre. Il s’agit d’un poison, et nous, nous n’en voulons pas. » L’argument officiel était qu’il n’y a rien de mieux qu’un désert pour construire, en toute sécurité, une décharge pour les déchets nucléaires à basse radioactivité. Mais nos vieilles dames ont répondu : « Peu importe s’il s’agit d’un désert, ce qui compte, c'est que c'est à lui que nous appartenons. (…) Le désert n’est pas aussi sec que vous croyez. Le gouvernement ne voit-il pas qu’ici il y a de l’eau ? Sans eau, il n’y a pas de vie. Ici il y a un grand fleuve souterrain. Nous, nous savons que le poison de la décharge radioactive pénétrera dans le sol et arrivera jusqu’à l’eau. Et nous, cette eau, nous la buvons. 
L’expérience de l’arrogance, du manque de considération, nos vieilles dames l’ont acquise très jeunes, et elles savaient bien de quoi elles parlaient quand elles ont commencé leur lutte. Dans les années 50, elles avaient été les protagonistes d’un des épisodes les plus criminels de l’histoire nucléaire mondiale, celle des expériences nucléaires de la Grande-Bretagne, à ciel ouvert, dans le désert australien, avec l’accord implicite des tribus laissées dans l’ignorance.  Les vieilles dames se souviennent : « Nous étions toutes nées quand le gouvernement a utilisé notre région pour la Bombe. Certaines vivaient à Twelve Mile, près de Cooper Pedy. La fumée était drôle et tout était poussiéreux. Puis tout le monde est tombé malade. D’autres se trouvaient à Mabel Creek et eux aussi, ils sont tombés malades. D’autres encore vivaient à Wallatinna. D’autres sont partis. » Le gouvernement australien et les militaires avaient agi comme si ce désert était inhabité. Angelina Wonga raconte : « Nous avons vu une explosion au sud. Nous nous étions dit « Hé, qu’est-ce que c’est ? ». Puis nous avons vu le vent qui poussait tout ça vers l’endroit où nous étions assis. Personne n’avait été averti, personne. C’est comme ça que mon père et ma mère sont morts. J’ai enterré ma grand-mère. J’étais resté seule. »  Leur lettre continue : « Maintenant, on vient ici pour nous dire, à nous pauvres noirs : « Oh ! Il n’arrivera rien, personne ne vous tuera ». Mais tout se passe encore comme au temps des bombes ».
 
Les vieilles femmes aborigènes n’avaient plus confiance dans les discours du  gouvernement. Elles disaient que la radioactivité contaminerait la Great Artesian Basin, la grande réserve d’eau qui se trouve sous le désert.  Et elles avaient raison : les détails techniques de la décharge projetée à Woomera n’ont jamais été communiqué, mais le Bureau of Science a dû reconnaître que le projet ne pouvait pas empêcher à la radioactivité de rejoindre les eaux souterraines. Les verts australiens se sont décidés : « les greeny nous aident avec des lettres, ils écrivent, leurs ordinateurs, ils nous ont aidé à parler au monde ». Elles ont commencé à faire des tournées dans tout le pays : Canberra, Sydney, Lucas Heights où il y a l’unique réacteur nucléaire expérimental australien (seule raison du gouvernement pour soutenir la nécessité d’une grande décharge nationale pour les déchets.)
 
Et en juin dernier le tribunal fédéral de Canberra a donné raison au gouvernement du South Australia, suite à son recours contre « l’acquisition  urgente et obligatoire » de terrains de la part du gouvernement central. Le gouvernement australien a dû renoncer, de façon définitive, au projet de construction d’une décharge nationale de déchets nucléaires près de Woomera, dans le désert sud. Pour nos vieilles dames, quelle  belle victoire ! 
http://impassesud.joueb.com/news/322.shtml

 

Eileen Kampakuta Brown : aborigène fondatrice du Conseil des vieilles femmes aborigènes. L’organisation a beaucoup lutté contre un projet du gouvernement d’une décharge de déchets radioactifs, cinquante ans après les essais nucléaires de l’armée britannique dans le désert du sud de l’Australie.)

 

Eileen Wanu Wingfield : l'aborigène qui prêche pour le désert

http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2006/08/31/01006-20060831ARTWWW90393-eileen_wanu_wingfield_l_aborigene_qui_preche_pour_le_desert.php

 

 Les Aborigènes  aujourd’hui

 

Décimés, chassés de leur terre depuis l’arrivée des premiers colons qui se sont appropriés les territoires considérés comme terra nullius (terre inhabitée), les aborigènes ont payé un lourd tribut à la colonisation britannique.
Estimée entre 300 000 à 1 million à l’arrivée des premiers colons à la fin du XVIII e siècle, le nombre d’aborigène est tombé à 70 000 en 1921. En 2001 ils étaient 460 000, soit 2,4% de la population australienne. Leur espérance de vie est de quinze à vingt ans inférieure à celle de leurs compatriotes blancs. Le taux de mortalité infantile est deux fois supérieur à la moyenne nationale, le taux de chômage quatre fois plus élevé, leurs revenus deux fois plus bas. De nombreuses communautés sont minées par la drogue et l’alcool    ;