La civilisation oubliée des Moches ou Mochica 1

Étendue du territoire Moche sur la carte du Pérou : en rouge le territoire initial, et en rose le territoire à l'apogée des conquêtes

Lorsque vous allez au Pérou A quelques km au Sud de Trujillo, et en dépassant le village de Moche, une piste, à gauche, mène à deux pyramides, comptant parmi les plus grandioses vestiges de la civilisation Mochica. Certaines sont richement décorées, on pense qu’elles servaient aux cultes ainsi que de tumulus pour une civilisation très avancée. La tombe royale de Sipan démontre qu’il y avait une civilisation égalée à celle des grecs. Des bijoux rares très travaillés démontrent que cette civilisation était très élaborée.

 

Au 7eme siècle ces villes furent abandonnées et le peuple a disparu dans le désert

Que lui est il arrivé ?

Aucunes preuves écrites n’existent et de nombreux archéologues  se sont posés des questions à ce sujet.

On a découvert au milieu de déserts d’autres travaux d’architecture « des aqueducs »  de la a penser que l’eau était emmené dans les cités leur permettant de vivre.

Lors de différentes fouilles les archéologues se penchèrent sur la signification des dessins sur les poteries « des rituels » et qui apportent quelques indications sur leur façon de vivre. Sur certaines poteries des batailles entre deux hommes dont l’un perd la coiffe, qui tombe. et dont le perdant à la tête tranchée  « sacrifice rituel ? »

En 1995 un chercheur canadien Steve Bourget découvre dans la Huaca de la Luna des ossements humains. Il consultera un spécialiste qui analyse les os John Verano. En  analysant les squelettes il découvrit qu’ils avaient eu la gorge violement tranchée et des entailles diverses sur plusieurs os du corps. Il suggéra qu’ils avaient étaient dépecés   à des fins rituelles ou pour des cérémonies religieuses.

 

Qui pouvait exigé un rituel Humain ?

 

Revenu sur le site Steve Bourget découvre  des corps antérieurs plus profondément enfouis    dans l’argile et que les premiers corps ont été remonté à la surface par la pluie alors qu’il ne pleut pas dans le désert.

On pense alors à un rituel pour que leur Dieu leur apporte la pluie.  On découvre aussi un monde cruel mais pour la survie du groupe.

 

En 1980 un climatologue  Lornie Thompson, va faire une découverte. En allant dans les Andes pour étudier les glaces, glaces qui sont la mémoire du climat. Il découvre que si le temps en montagne est sec, il est très pluvieux sur la cote avec une humidité très importante (el Nino) .Il remonte jusqu’à la période des Mochicas 560 avant J.C.  et s’aperçois que la météo était devenue complètement folle (date de la disparition des Mochicas). Un régime pluvieux très important de 565 à 650 après J.C., inondations dévastatrices suivi d’une sécheresse de 30 ans sans une goutte de pluie.
D’ou la disparition des Mochicas ???? Si Thompson dit vrai dans quelle proportion peut on s’y fier ???
Toutes les pyramides ont des marques de traces d’eau.

Steve Bourget va faire une autre découverte sur le site de Huancaco, les murs ont été coupés par des rivières de boue. En utilisant le carbone 14, il pourra prouver que cela date bien de la période des Mochicas. D’autres fouilles prouvent que 600 après J.C. il y eu bien 30 ans de sécheresses  grâce au sable qui recouvrait les sites.

Quand on sait que cette civilisation se basait sur la culture du climat  (sacrifices humains pour faire venir la pluie) tout s’effondre et les hommes doutent, les bases de cette société s’effondrent.

A la fin de 1990 Tom Dillehay fait volet en éclat la thèse de Steve  Bourget en allant sur un site non exploré avec John Warner  qui date le site  par un procédé photographique  et le date de 650 à 700 après J.C. Alors tout est remis en cause. Les Mochicas ont survécus. Ils disparaîtront définitivement au 8eme siècle.
Alors que l’on ne connaissait aucune activité belliqueuse chez eux .IL semble que les Mochicas ont connu des guerres mais contre qui ? une hypothèse le peuple affaibli a été envahie par des voisins ? mais aucune preuve n’a été trouvée.
Alors pourquoi se défendre en construisant des cités avec des murailles ?
Dillehay a supposé alors qu’il s’agissait d’une guerre civile pour les terres. Après avoir survécu aux inondations et à la sécheresse Et se seraient donc entretués.

Nous savons aujourd’hui que les Mochicas n’ont pas complètement disparus, nous les retrouvons dans l’art qui survie dans les Montagnes ou comme avec une de leur danse qui mime la bataille entre les deux hommes à la coiffe.

Vous trouverez par le suite des explications plus détaillées et plus explicites sur les Mochicas

Qui étaient les Moche?

 

Cette civilisation féodale et raffinée s'ancre dans les 800 premiers siècles de notre ère, le long de la côte nord du Pérou. Le nom qu'on lui a donné provient de la petite vallée où coule la rivière Moche, et où on a découvert les sites les plus significatifs. Mais la petitesse de la vallée ne rend pas justice au territoire couvert par ce peuple et à l'immensité de ses réalisations.

Sur un territoire long de plus de 400 kilomètres, incluant la province de Lambayeque où l'on a mis à jour le Señor de Sipán (voir texte principal), les monticules gigantesques de terre surgissent dans les champs, les plaines et même à l'orée des villes actuelles.

De nombreux centres urbains étaient fortement peuplés. Les pyramides de la Pampa Grande, de la province de Lambayeque, rassemblaient une population que l'on estime à 10 000 personnes. En marge des temples et du centre administratif, des habitations simples et aérées constituaient de gros villages.

Les Moche possédaient un vaste réseau routier et une riche agriculture. Ils ont su transformer la terre aride de la côte nord péruvienne en un vert royaume grâce à de vastes réseaux d'irrigation. Leur fertile agriculture se composait de maïs, d'haricots, d'avocats, de piments et même des cacahouètes. Cette diète se diversifiait avec des produits de la mer (crabes, mollusques, crevettes, poissons) et de la viande (lamas, canards, cochons d'inde, etc.)

Cette civilisation maîtrisait la métallurgie, l'orfèvrerie et la céramique. En l'absence d'écriture, les vases portraits témoignent de la vie quotidienne mais surtout des cérémonies religieuses. En trois dimensions, ils donnent à voir de manière très réaliste les guerriers au combat, les prêtres officiant, les esclaves au travail, jusqu'à la torture de prisonniers ou à une sexualité débridée. Et les artisans les produisaient "à la chaîne" en recourant à des moules.

Les joyaux et les objets funéraires en métal précieux et pierreries témoignent d'une brillante maîtrise. Les Moche ont mis au point une technique électrochimique de plaquage de l'or sur différents métaux. Cette innovation, utilisant des minéraux corrosifs en solution, offre le même résultat que le système par électrolyse qui ne sera inventé, en Europe, qu'au 18e siècle.

Mais en dépit de ces innovations technologiques et son raffinement, cette civilisation a disparu, il y

a plus de mille ans, sans qu'on sache pourquoi. Deux siècles de décadence et d'innombrables catastrophes naturelles (tremblements de terre, tempêtes de sable, etc.) pourraient avoir eu raison d'une culture qui ne finit plus d'étonner les archéologues.

Un peuple de bâtisseurs

Les mains dans le dos, il baisse la tête. Il sait que la mort est proche, que bientôt on le décapitera. Le sang de ce prisonnier sera alors recueilli dans une coupe et exhibé à la foule réunie sur la place centrale. Le sang sera bu par le prêtre et quelques gouttes seront versées sur le sol, garantissant la fertilité pour le peuple Moche.

À la lisière de la ville de Trujillo, à 570 km au nord de Lima, la Huaca de la Luna est l'une des plus célèbres pyramides Moche. Ce centre funéraire et religieux fait face au centre administratif et commercial, la Huaca del Sol (Soleil).

Entre les années 400 et 600, ces deux huacas (édifice religieux ou sacré) formaient la capitale de la civilisation Moche. La Huaca del Sol constitue à elle seule le plus grand édifice préhispanique d'Amérique du Sud avec ses 40 mètres de haut sur 340 mètres de long. Et malgré une destruction partielle, elle dévoile encore sa massive structure d'adobe réalisée avec 100 millions de briques de terre séchées au soleil.

L'édification de pareils temples nécessitait une société hautement hiérarchisée ayant atteint un grand degré d'organisation. Comme en témoignent par ailleurs leurs célèbres céramiques, les Moche avaient atteint un grand développement architectural, artistique et technologique, n'ayant rien à envier aux Romains qui, au même moment, voyaient leur l'Empire s'effondrer en Europe.


La place des sacrifices

Le visiteur entre directement dans la Huaca de la Luna, par une petite ouverture, sur la place des sacrifices humains. Il y a 1500 ans, les rares personnes à y pénétrer utilisaient plutôt une large rampe d'accès qui les menait directement au sommet.

Ce complexe architectural d'adobe comprend trois plates-formes et quatre places. À son apogée, la plate-forme principale mesurait 100 mètres de large sur les fronts nord et ouest. La façade nord revêt encore des murales polychromes dédiées à la plus grande divinité Moche, Ai Apaec –le "Degollador", littéralement le Coupeur de tête– qui était le Dieu des montagnes.

Les fresques reprennent indéfiniment sa tête monstrueuse mais le représentent aussi entier, arborant un couteau dans une main et une tête décapitée dans l'autre. D'autres figures géométriques composent également des motifs à têtes d'oiseaux, de poissons ou de serpents stylisés.

Cet édifice tel qu'on le voit aujourd'hui est le résultat de différentes constructions superposées, sur plus de 600 ans. Suivant un calendrier cérémonial, chaque vieux temple était enterré pour ériger à son sommet le nouveau, plus ample et plus élevé.

Pour couvrir l'ancien temple et élever de nouveaux murs, il fallait des milliers de briques d'adobe. Cette corvée mobilisait des ouvriers des communautés proches. Chaque brique exhibait un signe distinct signifiant que la famille avait "payé" son tribut.

À l'heure actuelle, on a découvert six édifices superposés cachant les sépultures d'une partie de l'élite qui gouvernait alors la ville et l'État Moche. Déjà, en 1899, l'archéologue allemand Max Uhle avait mis à jour, à proximité de l'enceinte, plus de 30 tombes. On lui doit beaucoup des connaissances acquises sur cette civilisation, ainsi qu'au Péruvien, Rafael Larco Hoyle.

Le mausolée d'or

Célébrité péruvienne depuis sa découverte en 1987, le Señor de Sipán possède depuis peu un nouveau mausolée: le musée de Tumbas reales de Sipán héberge les fabuleux trésors de la civilisation Moche, appelée également Mochica. Une civilisation raffinée, occultée par la renommée des Incas, mais à laquelle les Incas doivent sans doute beaucoup.

Arraché aux griffes de pilleurs de tombes, plus intéressés par ses bijoux que par sa valeur historique, le Señor de Sipán reposait dans l'une des pyramides tronquées du site archéologique de Sipán, au cœur de la région dont il était le gouverneur. Ses trésors d'or et d'argent témoignent de la gloire qu'il connaissait déjà de son vivant. Il était honoré comme un demi-dieu... il y a 1700 ans !

Ce gouverneur présente pourtant de modestes proportions pour nous –1 mètre 67. Et il avait moins de 40 ans lorsqu'il est mort. Mais sa demeure funéraire impose par son faste et la richesse de ce dont elle témoigne sur cette culture. Plus de 400 joyaux d'or, d'argent et de pierreries sont actuellement conservés dans les vitrines blindées du musée!

Aux environs de l'an 300, le Señor de Sipán gouvernait le règne Moche. Et si l'on se fie aux différents objets empreint de symbolisme de sa tombe, il occupait la plus haute place dans la structure sociale et politique de son temps. Il présidait ainsi toutes les cérémonies sacrées. L'analyse du squelette a confirmé son statut privilégié: une bonne santé, malgré des signes d'arthrite. Une absence de travail physique et une diète spéciale.

Différents musées du Pérou possèdent une réplique de la tombe du Señor de Sipán, tel celui du Musée de la Nation à Lima. Le musée de Lambayeque, inauguré par le président Alejandro Tolédo en août 2002, s'avère pourtant le lieu de la véritable rencontre. Triple rencontre, car on y découvre aussi le Sacerdote, personnage religieux central de la culture Moche et le vieux Señor de Sipán, au faste comparable à celui de son descendant.


Le seigneur du nord

À l'intérieur, tout commence par une courte présentation multimédia reproduisant la cérémonie funéraire. À grand renfort de musique, le cortège offre une première vision de l'habillement et du décorum des Moche. Pour nous familiariser un peu plus avec cette culture préhispanique, qui a fleuri pendant les huit premiers siècles de notre ère le long de la côte nord du Pérou, cette première salle offre un tour d'horizon autour de la céramique, les bijoux et l'iconographie des Moche.

À mesure qu'on s'enfonce dans ce mausolée moderne, on se rapproche de la tombe du Señor de Sipán, telle qu'elle a été découverte par l'archéologue péruvien Walter Alva en 1987. Au fil des trois étages, du haut vers le bas, se dévoilent les trésors emprisonnés dans les vitrines : boucles d'oreilles circulaires d'or et de turquoise, bijoux de narines d'or et de platine, colliers pectoraux de perles de coquillages, casques d'argent, couteaux et lances de cuivre, étendards de cuivre doré sur toile, ornements de platine, qui témoignent du haut degré de maîtrise de l'orfèvrerie et de la métallurgie qu'avait atteint ce peuple, un millier d'années avant les Incas.

Les Moche sont également réputés pour leur maîtrise de la céramique, comme le montrent les centaines de pièces anthropomorphiques retrouvées dans les tombes. En trois dimensions, cette production "naturaliste" témoigne, en l'absence d'écriture, de scènes quotidiennes et de rituels religieux. Les vases portraits, en rouge et jaune, représentent ainsi de manière très expressive des personnages, des animaux, des plantes et même des aliments.

Des artistes hors pair

Le clou du musée reste la reconstitution de la tombe du Señor de Sipán. Garni de ses biens et de provisions pour le voyage, le gouverneur est enterré la tête au sud et son visage se dissimule sous des bijoux d'or, couvrant principalement ses yeux et sa bouche. Autour de sa dépouille reposent les corps de deux femmes, de gardiens, d'un enfant –que l'on présume être son fils– de deux lamas et même un chien.

Le long d'un mur, des vitrines exposent les découvertes réalisées dans une autre tombe, celle du Sacerdote. Ce personnage central de la culture Moche officiait les cérémonies religieuses et sacrées. Il porte lui aussi de riches atours dont une couronne symbolisant son statut, où figurent une chouette avec les ailes ouvertes et une coupe des sacrifices.

Dans une autre salle, on rencontre l'un des ancêtres, surnommé le Vieux Señor de Sipán. Mise à jour en 1990 dans la même pyramide funéraire, mais cinq niveaux en dessous du Señor de Sipán, cette dépouille royale s'avère elle aussi richement parée. Et sous son masque funéraire, on découvre un massif ornement nasal, de nombreux colliers en or finement stylisés, illustrés par exemple de figures félines, symboles de pouvoir et de dignité.

Pour finir la visite, nous sommes conviés à une cérémonie. Des mannequins, revêtus de leurs plus beaux atours, s'animent au son d'une flûte et d'ocarina. La civilisation moche reprend vie, l'espace d'un instant, avec magnificence. Et bientôt, le visiteur se retrouvera sous le soleil éblouissant du Pérou, gardant le sentiment d'avoir remonté le temps.

Par Isabelle Burgun

Mochicas: le mystère des sacrifices

 

Les analyses génétiques ont tranché. Les Moches, ou Mochicas, qui ont érigé une civilisation brillante en Amérique du Sud il y a 1500 ans, sacrifiaient bel et bien d'autres Moches... mais pas les leurs

Un peuple hautement civilisé. Mais qui vénérait un dieu au nom qui fait froid dans le dos, Ai Apaec le coupeur de tête ! Humiliés, pelés vivants, décapités, démembrés, vidés dans un bain de sang ou abandonnés à l'appétit vorace des vautours, tel était le destin de ceux qui étaient choisis pour le sacrifice.

A lire aussi:

Un dossier sur les Mochicas

Les scènes de tortures décrites sur les poteries et les fresques murales sont si violentes que certains experts pensèrent d'abord qu'il s'agissait d'une ruse pour dissuader d'éventuels ennemis. Mais les analyses réalisées sur les squelettes ont prouvé que les sanglantes tortures étaient bien réelles. Restait donc à savoir qui étaient ces victimes: des ennemis capturés? Ou, à l'inverse, l'élite locale, ce que laisserait supposer les représentations de combattants Moches vêtus de façon somptueuse, où l'un triomphe sur l'autre sans l'achever. Le sacrifice serait, dans cette hypothèse, l'aboutissement d'un combat rituel destiné à honorer les dieux.

Fin du suspense grâce aux révélations publiées récemment dans la revue Current Anthropology par Richard Sutter et Rosa Cortez de l'Université de Chicago. En comparant principalement les racines dentaires - un caractère physique fortement influencé par la génétique - des autres

populations de la côte Nord du Pérou avec celles d'ossements retrouvés dans une pyramide de la capitale Moche (ainsi que d'autres caractéristiques du squelette pour confirmation), les chercheurs ont conclu que les victimes étaient bel et bien des Moches mais venus de vallées voisines. Des victimes de conflits locaux et territoriaux?

Caroline Lepage

Le 8 septembre 2005

http://www.sciencepresse.qc.ca/archives/2005/cap0509053.html

photos de leur art

losmochicas.perucultural.org.pe/ galeria56.htm

le site de Sipan

amerique-latine.com/ ala/fr/Sipan.html.

les tombes royales de Sipan

 

L'ancien Pérou, riche en or, est généralement associé à l'histoire des Incas. Rares sont ceux qui savent que cet empire imposant mais éphémère (1467 à 1532) a donné naissance à plusieurs cultures grandioses, dont celle des Moches sur la côte Nord du Pérou. Cette civilisation naît au Ier siècle avant Jésus-Christ pour s'éteindre au XVIIIe siècle de notre ère.
Les Moches sont donc contemporains des Mayas.
Il y a moins de 20 ans, on fit à Sipan, situé à environ 800 km au nord de Lima, une trouvaille fortuite spectaculaire : la tombe intacte et non pillée d'un souverain Moche. De nombreux archéologues la comparent à la tombe du pharaon Toutankhamon découverte en Egypte, en 1922,

par Howard Carter. L’importance du mobilier funéraire avec lequel celui que l’on appelle « le Prince de Sipan » a été inhumé permet, pour la première fois, de récolter de nombreuses informations sur la culture et la société des Moches ainsi que de préciser les connaissances existantes. Outre la somptueuse tombe du Prince découverte sous une pyramide
en adobe (brique d'argile séchée), les fouilles ont mis à jour huit autres tombes dont celles de l’ancien Prince, d’un prêtre et d'un gouverneur. L’état actuel des connaissances sur l'organisation politique, sociale et économique de la civilisation Moche, sur sa religion et son art en fait une des grandes cultures d'Amérique.
Le trésor en or des souverains de Sipan constitue  des plus belles
et plus importantes trouvailles  : des attributs du pouvoir dont des étendards
en cuivre doré, des symboles d'autorité comme des sceptres et des parures, des masques, des grelots et des bijoux, le plus souvent en or pur fréquemment rehaussé de pierres.
Ce rêve doré est accompagné decéramiques Moches  . Cet art en argile, alliant sculptures ou vases peints, offre un aperçu de la faune et de la flore, des représentations mythologiques, de la vie quotidienne de la société
Moche
- de l’homme simple à la cour princière.
Cet ensemble nous montre, par exemple, comment les pêcheurs bravent le Pacifique sur de petits bateaux en forme de canoës en roseaux fagotés appelés « caballitos del mar ». Il évoque l’art de la chasse au cerf pratiqué par les nobles munis de filets et accompagnés de traqueurs; un art dont la cérémonie de sacrifice débutait par un combat rituel entre guerriers. Il illustre l’art du vêtement de cette société fortement hiérarchisée, sans dissimuler la misère. Cette « bibliothèque en terre », patrimoine d’une société sans tradition écrite, n'occulte pas non plus
les scènes érotiques. On remarquera en particulier une série de portraits individuels
naturalistes.

Les Moches et leur culture

Les Moches
La culture des Moches est née et s'est développée du 1er au 7e siècle après Jésus-Christ, plus
d'un millénaire avant les Incas. Comme d'autres cultures péruviennes précoces, elle doit son
nom à un fleuve, le Río Moche. Cette communauté complexe vécut sur l'étroite bande côtière,
longue de 600 km, du nord du Pérou, entre la région de Piura, au nord, et la vallée de
Huarmey, au sud. Elle reposait sur une culture commune, issue d'une série de petits royaumes
ou de principautés locales.
La sécheresse de leur pays contraignit les Moches à procéder à des aménagements d'irrigation
artificielle : l'eau des cours d'eau et rivières s'écoulant dans les hauts plateaux des Andes fut
ainsi déviée vers la plaine et les champs. Grâce à cette gestion progressiste et performante de
l'eau, les Moches connurent des excédents de production agricole, ce qui leur permit de
bénéficier d'une assise économique pour le moins solide, encore enrichie par les produits de la
mer. Les
principaux végétaux alimentaires cultivés par les Moches n'étaient autres que le
maïs, la pomme de terre, le manioc, les haricots, la courge, la patate douce et les cacahuètes,
ainsi que les arbres fruitiers. Le coton fut également planté en vue d'une production textile,
tandis que l'on cultiva également le roseau et la canne pour la construction et les bateaux de
petites dimensions.
Les médecins de l'époque étaient parfaitement au fait des vertus curatives des plantes, et ce,
dans le cas de nombreuses maladies de toutes sortes. Quant aux troubles psychiques, ils les
guérissaient au moyen de rituels aujourd'hui encore pratiqués par les chamans ou curanderos
(des groupes spéciaux de guérisseurs opérant dans les Andes).

La hiérarchie sociale

La structure sociale des Moches était organisée de manière très rigoureuse.
1 Le souverain/monarque à la tête des structures de pouvoir locales et bénéficiant d'une
autorité à trois niveaux, à savoir, militaire, religieux et étatique, et qui s'exprimait par les
symboles des rayons lumineux ou du soleil, ainsi que du chiffre dix, éléments que l'on
retrouve sur les principaux bijoux et joyaux.
2 Le prêtre, aux fonctions uniquement religieuses, et dont la position était étroitement liée au
culte lunaire et au chiffre neuf.
3 Les commandants en chef des armées et/ou « chevaliers », reconnaissables à leurs
vêtements, à leurs armes et à leurs emblèmes. Leur importance est clairement mise en avant
par les nombreuses représentations illustrant des guerriers, des scènes de bataille, etc. Les
conflits se déroulant dans le désert étaient en réalité des duels aux règles fort strictes et

prenant l'allure de véritables rites.
4 Les dignitaires civils, le personnel auxiliaire des prêtres, ainsi que les « soldats » ou
« gardes/vigiles », qui se tenaient aux côtés des fonctionnaires de haut rang décrits
précédemment.
5 Les artisans et les spécialistes, qui appartenaient vraisemblablement à certaines familles ou
castes.
6 Le « petit peuple », qui remplissait différentes fonctions dans le cadre du processus de
production.
7 Les Yanas ou serviteurs, qui étaient soumis à toutes les autres catégories sociales.

Avant la découverte des tombes de Sipán, on ne connaissait que trois catégories sociales.
Celles-ci se distinguaient les unes des autres par la forme de leurs tombes, ainsi que par les
accessoires y correspondant.

Architecture

Les Moches érigèrent de puissantes et massives constructions en briques d'argile séchées à
l'air libre (adobes). Ces constructions avaient la forme de pyramides émoussées, dont les
accès se composaient de longues rampes. Des plates-formes et de vastes abords de places
faisaient également partie intégrante des plus importants de ces sanctuaires, qui déterminaient
la vie religieuse des Moches. Ces constructions, fort hautes, témoignent des connaissances
précises qu'avaient les Moches des lois de la physique et des matériaux de construction. Les
briques étaient assemblées les unes avec les autres sous la forme de panneaux ou de colonnes,
de manière à créer une superposition de couches. Des joints réguliers assuraient quant à eux la
flexibilité et la stabilité indispensables, ces constructions étant effectivement amenées à
devoir supporter des variations de température considérables, de même qu'il leur fallait
pouvoir résister aux fréquents tremblements de terre et autres secousses telluriques. Les
briques portaient très souvent différents types de marquage, qui constituaient sans doute des
signes de contrôle de la contribution apportée par des groupes ou des clans familiaux.
La grande majorité de ces sanctuaires disposaient d'un crépi en terre glaise, orné en relief, sur
fond rouge ou jaune, ou encore, décoré de représentations, en couleurs, de dieux, de scènes mythiques ou de rituels.

Le petit peuple vivait quant à lui dans des localités assez similaires aux villes ou dans des
habitations – de simples huttes en paille et roseau, petites et rustiques (les kincha), regroupées
en villages de type rural.

La mort et l'inhumation

Pour les Moches, animés d'une réelle joie de vivre, la mort ne constituait assurément pas une
fin en soi. Pour eux, les personnes décédées vivaient effectivement dans une autre sphère du
monde, tout en conservant les conditions de vie et les droits qui avaient été les leurs de leur
vivant, ce qui explique qu'on les inhumait avec des aliments et autres accessoires.
Les tombes les plus simples abritaient les agriculteurs les plus pauvres. Leurs corps étaient
enveloppés dans une cape avant d'être inhumés dans une fosse toute simple. D'autres défunts
disposaient de quelques accessoires funéraires et étaient soigneusement enveloppés dans
plusieurs suaires, avant d'être déposés dans des tombes rectangulaires, ornées d'éléments en
briques d'argile ou de murs en pierre. Les personnes bénéficiant d'un statut social élevé étaient
quant à elles inhumées dans des chambres funéraires, et ce, après avoir été soigneusement
disposées dans des cercueils en forme de tube, finement travaillés. Des niches permettaient de
ranger les nombreux accessoires funéraires qui les accompagnaient dans la mort. Chaque
tombe permet donc aujourd'hui de déterminer la fonction et le statut social qui étaient celui du
défunt au sein de la société.
La découverte inattendue, en 1987, de la tombe du Prince de Sipán a considérablement
modifié les connaissances dont on disposait quant à la culture des Moches. Pour la première
fois, l'on dispose ainsi de la tombe de l'un de ses souverains, parfaitement conservée et dans
toute sa splendeur. Cette découverte fournit une foule d'informations on ne peut plus
précieuses et qui permettent de reconstruire l'histoire de ce peuple à la culture exceptionnelle.

Les Moches et l'art de la céramique
Le
principal héritage culturel des Moches, et le plus connu également, n'est autre que la
céramique, un art dans lequel excellaient assurément les Moches. Cet art atteint véritablement
une force d'expression et une perfection technique de haut niveau. Les céramiques

découvertes constituent un élément de premier plan dans la reconstruction de ce que fut cette

société. Si la céramique jouait un rôle important dans les accessoires funéraires, elle
participait également à de nombreux rites. Les artistes représentaient non seulement leurs
semblables, mais aussi leurs dieux, les animaux et les plantes, et ce, dans le cadre de mises en
scène complexes, de cérémonies, de combats, de chasses rituelles et de mythes. Les
céramiques étaient également ornées de peintures réalisées au pinceau fin. Les superbes
céramiques fines ne représentent que 5% seulement environ de l'ensemble de la production de
céramique de l'époque. La céramique usuelle, destinée à la cuisine et au transport de l'eau,
était quant à elle simple, fonctionnelle et rarement décorée.
La plupart des pièces étaient produites selon la technique de la torsade en spirale et modelées
à la main. Les tours de poterie étaient inconnus à l'époque. Cette technique a été améliorée par
la suite et donna naissance à l'utilisation de modèles permettant une production en série de
récipients identiques. La peinture était ensuite mise à cuire, dans le feu, et se composait
principalement de réalisations dans des nuances rouges ou crème. C'est le contrôle de
l'approvisionnement en oxygène dans le feu qui déterminait les nuances de couleur, du rouge
profond (oxydation) au noir (réduction). Un polissage successif permettait d'obtenir un
superbe brillant.


L'or de l'ancien Pérou

 

Les tombes royales de Sipán
Les accessoires funéraires de Sipán

Le pillage de la tombe

A la fin de février 1987, une véritable fièvre de l'or sortit le petit village de Sipán de sa
torpeur. Des dizaines et des dizaines de paysans se mirent à fouiller la terre, en quête de restes
du précieux métal, et ce, à l'endroit d'une ancienne plate-forme en briques d'argile, construite
à l'ombre de deux grandes pyramides. C'est là en effet qu'un groupe de pilleurs professionnels
de tombes avait découvert une luxueuse tombe qu'il s'était empressé de piller. La police ne
retrouva toutefois, au domicile du chef de la bande des pilleurs, que 33 pièces seulement du
précieux butin. Ces pièces furent mises en sécurité avant d'être remises à des archéologues,
afin qu'ils procèdent à leur expertise. Ces objets, d'un niveau de qualité exceptionnel, furent
déterminés comme appartenant à la culture des Moches et l'on procéda immédiatement à la
sécurisation de la plate-forme, ainsi qu'à des fouilles de récupération. Celles-ci permirent de
mettre à jour quelques pièces ayant échappé aux pilleurs de tombes, dont un sceptre d'une
longueur d'un mètre et pesant quatre kilos. Ce fut là assurément la découverte la plus
spectaculaire. Il ne faisait plus aucun doute désormais que la tombe pillée était celle d'une
personnalité importante des Moches. Et l'on supposa de plus que la plate-forme funéraire
renfermait également d'autres tombes importantes.


La tombe du Señor du Sipán
Après la découverte d'un dépôt d'accessoires, dont notamment des récipients en céramique
datant de 1137, les archéologues purent, pour la première fois, libérer la tombe inviolée d'un
souverain moche. Trois hommes, trois femmes, un jeune garçon et un garde l'avaient
accompagné dans la mort. La profusion et la qualité des accessoires funéraires – des attributs,
des emblèmes et des insignes entourant le défunt, vraisemblablement âgé de 35 à 40 ans
environ, ne laissèrent aucun doute quant au fait que l'on avait découvert là un personnage
ayant assurément joué un des rôles les plus importants en son temps. Du fait de sa
ressemblance exceptionnelle avec une personne de l'iconographie moche, caractérisant tous
les événements et cérémonies religieux et politiques importants, le défunt fut baptisé
« Señor » (« siec » dans la langue muchic). Cette fonction intervient à deux niveaux : celui de
principale instance religieuse, mais aussi politique, que l'on connaît de par les rapports socio-
politiques de la côte nord, et qui est appelée « señorío » en espagnol (de « señor » qui signifie
souverain, seigneur). Sachant que les accessoires funéraires témoignent du fait que le Señor
de Sipán avait présidé à tous les événements sacrés ou politiques, il a pu être démontré que,
contrairement à ce que l'on croyait jusque-là, les traits représentés dans le cadre des
illustrations ne sont pas purement mythiques, mais représentent également la personne
trouvée dans la tombe.

La tombe du prêtre
La découverte d'une coupe en métal, avec couvercle, dans la main droite de la personne

inhumée dans la deuxième tombe rappela immédiatement aux archéologues les calices
fréquemment représentés dans les scènes de sacrifice ou dans les scènes rituelles de libation.
Celles-ci sont traditionnellement dominées par ce qu'il est convenu d'appeler « l'être
rayonnant », le « prêtre des guerriers » ou le « Señor », la personnification vraisemblable de

ces personnes, ainsi que par une deuxième personne qui doit correspondre à la personne
inhumée dans le cercueil. Le défunt fut donc considéré comme ayant été un prêtre. Si les
accessoires funéraires trouvés à ses côtés n'étaient en effet pas aussi somptueux et aussi
nombreux que ceux du Señor de Sipán, ils révélèrent toutefois de nombreux enseignements
sur la hiérarchie de la société moche. Il est à noter que l'on n'a découvert aucune arme
offensive, ce qui laisse supposer que cette personne n'exerçait que des fonctions religieuses
uniquement et que ces fonctions n'avaient aucun rapport, aucun lien avec les fonctions
militaires ou politiques.


La tombe de «l'ancien souverain»
La troisième tombe découverte se distinguait considérablement des précédentes. Non
seulement elle était plus simple et plus petite, mais elle ne comportait en outre aucun cercueil
pas plus qu'il n'y avait d'autres tombes annexes. Seuls une jeune femme, âgée de 10 à 18 ans
environ, et un lama avaient accompagné l'homme, qui devait quant à lui avoir entre 45 et 55
ans, dans la tombe. Les accessoires étaient toutefois exceptionnellement riches et complexes.
Les très impressionnants bijoux, emblèmes et autres ornements en métal ressemblaient pour
certains à ceux du Señor de Sipán. Aucun doute n'était donc possible : il s'agissait de toute
évidence d'un homme ayant occupé une position importante dans la société des Moches. Les
différences résidaient principalement dans le fait que la tombe du Señor était moins vieille
que celle de l'ancien souverain et dans le fait également que la complexité des tombes riches
de l'élite de l'ère pré-espagnole ne faisait qu'augmenter avec le temps. Le défunt fut donc
qualifié "d'ancien souverain". La tombe de « l'ancien souverain » étant la première de la plate-
forme funéraire et celle du Señor de Sipán étant la dernière de la dynastie, elles constituèrent
pour les archéologues le point de départ et le point final de l'évolution de cette culture. Elles
illustrent non seulement le tournant opéré en ce qui concerne les rites d'inhumation de la
société moche, mais aussi les changements importants apportés aux représentations
religieuses et à la structure socio-politique.

La quatrième tombe
Dans la quatrième tombe découverte, trois personnes étaient inhumées : un jeune homme, une
jeune femme et un homme qui devait être âgé de 50 à 55 ans. La disposition des accessoires
funéraires et les aménagements découverts dans la fosse, qui semblait plus grande encore,
laissaient à penser que cette tombe était en réalité la tombe annexe d'une tombe principale.
Les défunts constituaient donc vraisemblablement la cour d'une autre personne, occupant un
rang très élevé dans la société. Les fouilles ont toutefois permis de démontrer, au bout de près
de deux années supplémentaires de recherches, que cette tombe principale n'existait pas.