La Sibérie Peuples Sauvages

 

 

 

 

 


 
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Les Kourykans


Parmi les nombreuses tribus de Sibérie Orientale du premier millénaire apr. J.-C., le peuple Kourykan se distingue par son niveau de culture et son influence politique. Du VIe au Xe s. il était le peuple le plus puissant et le plus important de Transbaïkalie. Les Kourykans peuplaient les rives du Baïkal, celles de l'Angara, les régions en amont de la Lena.
Les Kourykans s'occupaient principalement de l'élevage de bétail. Ils étaient réputés pour leurs chevaux grands et puissants ainsi que les représentent plusieurs peintures rupestres. En plus des chevaux ils élevaient aussi des chèvres et des chameaux.
Les Kourykans furent les premiers agriculteurs de Transbaïkalie. Les vestiges des grands champs cultivés sont restés marqués près de leurs campements. L'araire était le principal outil ; des chevaux ou des bœufs servaient d'attelage. Ils pratiquaient l'irrigation des champs et des espaces de fenaison. Des vestiges de leurs systèmes d'irrigation sont encore visibles, par exemple, dans la steppe de Koudinskaya et dans la vallée de la Kouda.
Les Kourykans savaient fondre le fer pour fabriquer des armes. La fonte se préparait dans des fourneaux en pisé ou dans des fosses. On répandait le minerai dans le fourneau en couches successives saupoudrées de charbon de bois. Le métier de forgeron était largement répandu. On utilisait le fer pour fabriquer des pointes, des couteaux, des lances, des haches, des cottes de mailles et bien d'autres objets.  La cueillette jouait un grand rôle dans l'économie des Kourykans. Ils récoltaient diverses plantes sauvages pour les consommer.
Les Kourykans menaient un mode de vie semi-nomade et possédaient des colonies. Ils habitaient des huttes de terre. Celles-ci étaient carrées ou rondes, le sol et les murs recouverts d'écorces de bouleau, le toit d'écorces de mélèze. Ils construisaient aussi des habitations au moyen de perches dressées verticalement enduites d'argile mélangée avec de la paille. Près de ces habitations, ils aménageaient des fosses pour conserver les aliments. Les Kourykans protégeaient également leurs villages par des remparts et des fosses.
Les Kourykans possédaient une culture développée pour l'époque : ils connaissaient l'écriture. Des écrits en turc ancien sur des poteries, sur des os découverts dans des grottes baïkaliennes ainsi que sur les roches près de Verkholensk le prouvent. L'art chez les Kourykans connut un grand développement que nous pouvons apprécier par les peintures Chichkinskié (en amont de la Léna), dans la vallée de Ounga et sur l'île d'Olkhone. D'après l'académicien A.P. Okladnikoff, au XIe s. un groupe de tribus mongoles s'installa dans les territoires de l'Angara, de la Léna et du nord du Baïkal. Ces immigrations mongoles fusionnèrent avec les Kourykans et donnèrent naissance aux ancêtres des Bouriates actuels.


Les Bouriates
 
Une migration de peuples eut lieu en Sibérie entre les Xe et XIIe s. C'est à cette époque qu'apparaissent dans notre région, les ancêtres des Bouriates. Au moment de l'arrivée des Russes, les Bouriates et les Evenques constituaient la majorité de la population.
Beaucoup de tribus nomades peuplaient les rives du Baïkal. Les Bouriates se divisaient en tribus et en clans, lesquels étaient en mauvais termes les uns avec les autres. Les Bouriates s'occupaient principalement d'élevage de bétail. Ils se déplaçaient continuellement d'un campement à un autre, à la recherche de pâturages pour le bétail, de lieux propices à la chasse et la pêche. Ils élevaient des chevaux, des bovins, des chèvres et des brebis. Le cheval représentait la richesse principale de la famille bouriate. Il procurait la viande et le lait, servait de principal moyen de locomotion, et était plus facile à nourrir dans les pâtures tout au long de l'année. Nombre de Bouriates possédaient d'importantes hordes de chevaux.
L'élevage du bétail revêtait avait un aspect primitif. Avant l'arrivée des Russes la fenaison n'était pas pratiquée, on ne prévoyait pas de provisions de fourrage pour l'hiver.
Les Bouriates pratiquaient également l'agriculture. Ils savaient cultiver le millet, l'orge, mais en raison de déplacements incessants ne pouvaient pas cultiver de grands champs. Par endroits, ils réutilisaient les vieilles fosses des Kourykans pour irriguer leurs plantations. Mais en somme, leur agriculture restait primitive.
Leurs activités auxiliaires se partageaient entre la chasse et la pêche. On chassait l'ours, le cerf et les animaux à fourrures (zibeline, renard, écureuil). Ils organisaient aussi des chasses collectives, auxquelles prenaient part quelques centaines de chasseurs. Ils chassaient au moyen d'arcs et les flèches et, pour les gros gibiers, utilisaient les " rogatiny ", sorte de longues perches munies à leurs extrémités de lames à doubles tranchants.
Les Bouriates apprirent des Kourykans l'art de la forge. Ils travaillaient fort bien le fer et fabriquaient armes et ustensiles. Nombre d'entre eux excellèrent en la matière et furent par ailleurs de très bons joailliers. Des couteaux, des pièces de décoration pour les selles habilement ouvragées sont parvenues jusqu'à nous.
Parallèlement se développaient des activités ménagères : Les femmes fabriquaient le feutre dont on couvrait les yourtes, travaillaient les peaux des animaux pour en faire ensuite des chaussures et des vêtements. Les hommes installaient l'ossature de la yourte, construisaient des charrettes, cousaient l' harnachement des montures et fabriquaient des armes. 

Autrefois les Bouriates vivaient en tribus. A la tête de chaque tribu se tenait un prince. Le pouvoir se transmettait de génération en génération. La majorité des habitants d'une communauté étaient apparentés.
La terre était à la disposition de tous et n'était pas délimitée par les différentes familles. Mais les champs et les pâturages étaient grossièrement délimités. De même, le bétail faisait partie de la propriété privée. Un groupe de riches princes dirigeants se tenait à la tête de la tribu dont dépendaient des " knyaztsy ", princes subalternes. Les dirigeants exploitaient les pauvres. Il en résulta que vers le XVIIe s. les Bouriates évoluèrent d'un régime de communauté primitive vers celui du féodalisme.
 
 
Les Bouriates possédaient aussi des esclaves, le plus souvent des prisonniers de guerre. Mais l'esclavage se développa fort peu.
A cette époque ancienne, existait chez les Bouriates la " vengeance de sang ", et au XVIIe s. on sanctionnait par une amende " anza " toute personne tuée. Le non payement immédiat de cette amende pouvait amener à l'exécution sanglante. L'anza s'appliquait pour toutes sortes de crimes. Parfois l'affaire s'arrangeait grâce à un serment prêté à l'endroit sacré.


Les Evenques

Les Evenques peuplaient la zone de la taïga qui s'étend de la rivière Irtych jusqu'à la mer d'Okhotsk, y compris les territoires de la Léna, de l'Angara et du Baïkal. Ce peuple fut le plus nombreux de Sibérie. Dans notre région, ce peuple nomade vivait dans les territoires du nord (actuels Bodaïbo, Katchougue, Kirensk...). Ils s'occupaient d'élevage du renne, de chasse et de pêche. Aux environs d'Irkoutsk vivaient des Toungoussy (appellation locale des Evenques) qui élevaient chevaux et bovins.
Les Evenques vivaient dans une structure sociale de clan à la tête duquel se tenaient des " Zaïssans ". Le régime du clan subissait déjà des changements : on répartissait les domaines de chasse, le butin du chasseur appartenait à la famille de celui-ci et non au clan entier comme ce fut le cas lors des chasses collectives. Au moment de l'arrivée des Russes, les Evenques éleveurs pratiquaient déjà la propriété privée du bétail, les riches se différenciaient des autres. D'autre part, les chamans jouaient un grand rôle dans la direction de clan. Avec les riches ils dirigeaient des réunions claniques considérées comme l'organe suprême de direction.
Le renne occupait une grande place dans la vie des Evenques. Il était le moyen de locomotion et de transport, la source de viande et de lait. Sa peau servait de vêtement et de revêtement des " tchouns ", habitation conique construite au moyen de perches recouvertes de peaux ou d'écorces. Les rennes ne demandaient pas de soins particuliers et se nourrissaient dans les pâtures. En plus de l'élevage du renne, la chasse occupait une part importante des activités des Evenques. Ils n'avaient pas leurs pareils pour pister le gibier et tendre des pièges. Le chasseur partait au fond de la taïga et pouvait marcher sur la neige épaisse grâce à ses raquettes plusieurs jours durant, passant les nuits couché à même la neige ! Les Evenques savaient attirer le gibier à l'aide de pipeaux spéciaux. Ils pensaient que les animaux étaient animés d'une conscience ; comme ils craignaient beaucoup ces esprits, ils tentaient de les amadouer par des offrandes. En été les Evenques se consacraient à la pêche.
Ils se nourrissaient généralement de viande, de poisson et de lait. Ils préparaient des provisions de viande de renne séchée. Lors de leurs déplacements cette viande était emballée dans des " soumy ", sorte de sacs dans lesquels, par frottements, elle se transformait en poudre. On obtenait un bouillon épais en mélangeant cette poudre à de l'eau bouillante. Le sang frais ou cuit ainsi que la moelle, le coeur et le foie étaient considérés comme des mets des plus délicats. Le poisson était consommé cru ou gelé, parfois séché au soleil. Le sel et le pain étaient fort peu connus des Evenques.


Les Tofalars

Dans la partie nord des monts Saïan vit un peuple très ancien et peu nombreux, les Tofalars. Ils sont très proches des Touvintsy (population de Touva) par la morphologie et la langue. Les Tofalars ne connaissaient ni l'agriculture ni l'élevage du bétail avant l'arrivée des Russes. Ils habitaient des huttes d'herbe, s'occupaient de chasse, de pêche et de cueillette; ils s'habillaient de peaux de bêtes.
Au XIIe s. les Tofalars vivaient en clans dirigés par un " stareychina ", un chef âgé et sage. De temps en temps des réunions étaient organisées pour répartir les terrains de chasse entre familles. Cette époque vit le régime de " communauté primitive " s'étioler, ainsi que l'apparition des premiers riches et premiers pauvres. Mais l'émergence d'un système féodal se produisit moins vite que chez les Bouriates. Les Tofalars étaient chamanistes. Etre chaman pour eux n'était pas un privilège réservé exclusivement aux hommes, les femmes pouvaient également y accéder. Les chamans jouissaient d'une grande influence et en tiraient grands profits, surtout lors des traitements des malades. En 1648, les cosaques russes construisirent un fortin, Oudinski, dans le pays des Tofalars. Dès lors les Tofalars nouèrent des relations commerciales avec les Russes auxquels ils empruntèrent les outils et les vêtements. Des Russes ils reçurent des armes, la poudre, le plomb et le pain. Aujourd'hui en Tofalarie, vit près de 500 Tofalars, un peuple qui malheureusement est en voie de disparaître


Coutumes de Sibérie

Les coutumes et les traditions de la population locale trouvent leurs racines dans le patrimoine culturel des ethnies qui peuplaient le territoire de la Transbaïkalie avant l'arrivée des Russes. Certaines coutumes sont en fait les échos d'anciens rites chamaniques et bouddhistes, dont le contenu et la signification religieuse ont été perdus avec le temps. Cependant il reste des traditions rituelles encore respectées qui persistent de nos jours. Plusieurs croyances et tabous ont des racines communes originaires d'Asie Centrale, c'est pourquoi ils sont identiques chez les Bouriates et chez les Mongols. Parmi eux le culte à l'« Obo », très répandu, le culte des montagnes, la vénération du « Ciel Eternellement Bleu ». Près de l'Obo il est impératif de s'arrêter et de faire, avec déférence, des cadeaux aux esprits. Si on ne s'arrête pas près de l'Obo et si on ne fait pas d'offrandes, on s'attire la malchance. Selon la croyance bouriate, chaque montagne et chaque vallée a son esprit. L'homme sans esprits n'est rien. Il fait amadouer les esprits, qui sont omniprésents, pour qu'ils ne nuisent pas à l'homme, mais lui accordent leur aide. Les Bouriates ont pour coutume de prier les esprits du territoire. Cette tradition a pour nom « bryzgat ». En règle générale, avant de boire de l'alcool, on verse de petites gouttes sur la table à l'aide de l'annulaire, puis on les fait jaillir en l'air. Attendez-vous, lors du voyage, à devoir vous arrêter dans les lieux les plus inattendus afin de rendre hommage de cette façon aux dieux locaux. 
 
Au nombre des traditions principales, on trouve la vénération sacrée de la Nature. Il est interdit de nuire à la Nature, de tuer les jeunes oiseaux, les jeunes arbres près des sources, d'arracher les fleurs et les plantes si ce n'est pas par nécessité. Il est interdit de jeter des ordures et de cracher dans les eaux sacrées du Baïkal, de laisser des traces de son activité : feu allumé, ordures... Il est interdit de laver son linge près des « Archans », les sources sacrées, de profaner les lieux sacrés par de mauvais actes, de mauvaises pensées ou paroles. Il est interdit de crier fort et de s'enivrer sur les lieux sacrés.
 
                                        

Il faut manifester une vénération particulière à l'égard les personnes âgées. Il est interdit d'offenser les vieillards. Offenser les plus âgés représente un péché équivalent â celui de tuer un être vivant.
L'attitude respectueuse envers le feu de son foyer trouve son origine dans les coutumes anciennes. On attribue au feu un effet purifiant et magique. La purification par le feu était un rituel nécessaire, imposé aux invités pour qu'ils n'apportent aucun mal. A un moment de l'histoire, les Mogols exécutaient irrémédiablement les ambassadeurs russes uniquement en raison de leur refus de passer entre deux feux avant l'entretien avec le khan ! La purification par le feu reste largement répandue de nos jours lors de pratiques chamaniques. Il est interdit d'introduire un couteau dans la flamme du feu, d'effleurer le feu de n'importe quel objet pointu ainsi que d'en retirer la viande avec un couteau. Projeter des gouttes de lait dans le feu est aussi considéré comme un péché. Il est interdit de jeter dans le feu des ordures et des chiffons, de transporter le feu dans la yourte ou les maisons voisines.
Il existe certaines règles de visite, quand on entre dans une yourte bouriate. Il ne faut pas marcher sur le seuil, ce n'est pas poli. Autrefois, l'invité qui marchait sur le seuil était considéré comme un ennemi qui manifestait ses mauvaises intentions à son hôte. Les armes et les bagages restaient à l'extérieur. Il était interdit d'entrer dans la yourte avec une charge. Un tel homme aurait été suspecté d'être un voleur. La partie nord de la yourte est plus respectée et on y reçoit les invités. Il ne faut donc pas y prendre place sans y être convié. La partie est de la yourte (à droite de l'entrée qui est orientée au sud) est réservée aux femmes, tandis que la partie ouest l'est aux hommes. Cette séparation a été conservée jusqu'à nos jours.
Pour servir le thé, la maîtresse de maison tend des deux mains le bol à l'hôte en signe de respect. L'hôte doit le recevoir de la même façon pour montrer son respect à la maison. Pour souligner le respect lors des salutations on tend les deux mains jointes et les poignées de mains se font également des deux mains. 

Lors de la visite d'un temple bouddhiste (un Datsan), il convient de le contourner d'abord dans le sens de la course du soleil et de faire tourner tous les moulins à prière. A l'intérieur du temple il faut se déplacer dans le sens des aiguilles d'une montre. Il est interdit de se rendre au centre du temple pendant le service et de prendre des photos sans autorisation. Il faut éviter les mouvements brusques et agités, de parler fort. Il est également interdit d'entrer en short dans un temple bouddhiste.
Quand on assiste à un rite chamanique il ne faut pas essayer de toucher les vêtements, le tambour et les autres attributs chamaniques. Le chaman lui-même n'enfilera pas l'habit d'un autre chaman, ou seulement après avoir procédé au rite de purification nécessaire. Une croyance locale affirme que certains objets liés à la magie portent en eux une quantité de force. Il est strictement interdit de nommer les prières chamaniques (les dourlagas).
Les chasseurs sibériens respectent toujours la coutume de laisser dans la cabane de chasse une certaine quantité de sel, d'aliments, d'allumettes, une réserve de bois afin que les suivants trouvent de quoi se nourrir et se chauffer à leur arrivée.
Si vous allez dans un bania avec des Russes (le sauna russe, mais qui n'a rien à voir avec le sauna européen) préparez-vous à subir une chaleur intense, à être fouetté au balai de bouleau (composé de branches de bouleau et utilisé pour dégager les pores) et... en hiver, à plonger dans l'eau glaciale ou à vous rouler dans la neige.
En entrant dans une maison ou un appartement, il est d'usage d'enlever ses chaussures et de les laisser sur le seuil. Habituellement la table pour les invités est richement garnie, agrémentée de plats chauds accompagnés de salaisons variées et de hors-d'oeuvre. Il est certain que la vodka y occupera une place de choix. Et même si vous n'avez pas faim, il ne faut pas quitter la table sans avoir goûté quelque chose.

Les Tchouktches
 
De l’extrême nord-est de la Sibérie et en partie dans le cercle arctique, s'étendent les terres habitées par le Tchouktches ou Luoravetlan comme les appellent les Russes. Le nom d'origine par lequel les Tchouktches se sont toujours désignés est lyg'oravetlyat (les vrais hommes) qui, après la conquête, a été russifié en Luoravetlan.
La plupart des Tchouktches sont concentrés dans le territoire national de Tchoukotka de la région de Magadan, quelques-uns résident dans les territoires autonomes koriaks.
Il y a quelques décades, les Tchouktches furent fixés et organisés par le gouvernement d’Union Soviétique. Le recensement indiquait que ce groupe avait maintenu son niveau de 12000 personnes à travers le 20ème siècle. Cela peut représenter un déclin par rapport à des périodes antérieures mais il n’existe aucune comparaison chiffrée de cette époque.
La région tchouktche est marquée par un climat très dur, la température moyenne dans l’année est de –12°C. La neige et les glaces fondues persistent durant le court été arctique avec une température moyenne de 10°C.
L’environnement varie dans la région mais en général c’est la toundra qui domine. Elle ouvre la voie aux immenses forêts du Nord.
L'arrivée des Tchouktches dans cette région, les relations qu'ils eurent avec les autres peuples du nord-est de la Sibérie et ceux du nord de l’Amérique, est des problèmes sur lesquels les recherches sont à faire ?
La langue tchouktche, par laquelle le groupe se définit, est une partie de la famille tchouktche/kamtchatkan du groupe paléosibérien. Cette famille est regroupée avec les langues arctiques comme l’esquimau et l’aléoutien.
Physiquement et culturellement les Tchouktches ont des affinités avec les Koriaks, les Esquimaux et d’autres groupes voisins.
En résumé, la question des origines est liée à l’étude du mouvement des populations en Sibérie et à la traversée du détroit de Béring.
Avant la récente réorganisation par le gouvernement, les Tchouktches étaient divisés en deux groupes, basés sur une stratégie adaptée. Le plus important était celui des éleveurs de rennes, toujours en mouvement dans la toundra avec ses troupeaux. L’autre groupe, les Tchouktches maritimes, vivaient dans des campements plus stables le long des côtes et dépendaient principalement de la chasse aux mammifères marins (baleine, morse, phoque).
Les deux groupes enrichissaient leur subsistance par la cueillette de baies et plantes sauvages, les chasses aux mammifères terrestres et aux oiseaux sauvages ainsi que la pêche. Ces modes d’adaptation ont marqué certains traits de la culture et de la conduite sociale.
Le cycle annuel d'activités, la nourriture et les techniques différait d’un groupe à l’autre. Les enfants des éleveurs nomades fabriquaient les outils, les vêtements, les tentes, les traîneaux etc. Les rennes étaient leur nourriture et servaient de moyen de transport.
Le peuple maritime utilisait le produit des mammifères marins pour la nourriture et les thèmes de leur culture. Ils voyageaient avec des traîneaux à chiens ou des bateaux
Les échanges entre les deux groupes assuraient les voyageurs de la toundra des produits de la côte (comme la graisse de baleine pour le combustible), quant aux populations de la côte elles profitaient des produits du renne.
Contrairement aux premiers rapports, les études linguistiques récentes indiquent qu’ils avaient aussi des dialectes différents entre ces deux groupes. Néanmoins ils étaient des groupes mutuellement exclusifs. Une partie de la population flottait entre les deux groupes, soit par mariage soit par migration. Il y avait quelques camps Tchouktches localisés de façon à ce que les membres pratiquent une stratégie mixte d’éleveur de renne et d’exploitation des ressources de la côte.
Les campements étaient composés de familles avec ou sans liaisons entre elles, chacune avec sa propre tente. Avant, les Tchouktches maritimes avaient des habitations semi enterrées en mottes de terre.
Chez les nomades du renne, 2 ou 10 tentes constituaient le camp de base et ce dernier était souvent déplacé. Le groupe maritime, avec sa subsistance mieux localisée, avait des camps de 2 à 20 tentes, dans lesquels il retournait pour des voyages saisonniers.
Les camps étaient fluctuants et il y avait des mouvements importants entre eux. Les camps voisins s’engageaient à rendre des visites et à aider les autres occasionnellement. En dehors de la tendance au regroupement pour exploiter le même territoire d’une année à l’autre, aucun droit de territoires formels n'était décidé par le groupe ou des individualités.
Aucun groupe n’avait de chef formel. Les décisions étaient prises sur la base de la suggestion et du consentement. Bien entendu il y avait de grandes différences entre individus (mesurées par le nombre de rennes ou de bateaux en propriété dans le groupe) mais cela ne n'entraînait aucune autorité. Les disputes en restaient au niveau des parties impliquées, souvent aidées par les proches.
Dans le cas d’un meurtre, la réparation se faisait par la vengeance ou par l’acceptation d’une somme d’argent.
Les querelles étaient généralement résolues amicalement, parfois   le déplacement d’une des parties dans un autre camp s'imposait.
La descendance était calculée bilatéralement bien que les Tchouktches expriment des sentiments plus proches de la ligne paternelle. La terminologie parentale était du type esquimau.
Au-delà de l’interdiction d’appartenir à la famille proche, le choix du partenaire de mariage était ouvert à la famille et en dehors, indépendamment du fait qu’il soit du groupe des chasseurs de rennes ou du groupe maritime. Les mariages intergroupes avec les peuples amis tels que les Koriaks, Chouvants, Esquimaux, Toungouses, Lamoutes et Youkaghuirs, étaient reconnus comme ceux des Tchouktches.
La dote ou les services étaient pratiqués, les jeunes couples dressaient leur propre tente généralement dans le camp de l’époux mais ce n’était pas une obligation. Quelquefois la famille de l’époux voulait que le couple vive avec eux, et dans ce cas, la dote était annulée.
La polygamie était pratiquée mais limitée aux hommes capables d’entretenir plusieurs femmes. Plusieurs scientifiques ont étudié les Tchouktches et ont rapporté qu’il existait des mariages en groupe. Plutôt que de vrais mariages de groupe cela devait être une hospitalité de la femme, comme chez les Esquimaux,
Les divorces n’étaient pas compliqués et pouvaient être à l’initiative d’un des deux époux. L’existence de l’infanticide est discutée dans la littérature mais tous s’accordent à dire que les vieux, les infirmes et les dépressifs lourds avaient le droit de requérir la mort auprès de leur famille.
Les veuves et les orphelins étaient pris en charge par les parents et le lévirat était généralement pratiqué.
L’héritage suivait usuellement la ligne paternelle et la distribution envers les frères était équitable.
Le monde cosmologique des Tchouktches comprenait des esprits du bien et du mal. Les événements futurs étaient annoncés par différentes méthodes incluant les rêves d’interprétation et le port de scapulaires. Le rôle des chamanes était tenu par un homme ou une femme, et les pratiques courantes (divination, sorcellerie) incluaient des performances ventriloques et des manifestations particulières.
Les Tchouktches ne s’engageaient pas dans de grandes guerres. Certaines batailles minimes et des raids avaient lieu, avec la capture d’ennemis qui devenaient esclaves.
Au début du 16ème siècle, avec l’arrivée des Russes, les Tchouktches firent l’expérience des premiers contacts avec le monde extérieur. Les marchands, les chasseurs, les immigrants, les exploitants et les missionnaires de différents pays jouèrent un rôle dans cette période de contacts.
L’introduction des armes à feu et la demande commerciale des peaux ont affecté la tendance normale de la chasse Tchouktche. Dans le même temps, la pression des chasseurs Tchouktches et étrangers sur les mammifères marins causa presque la disparition de ces animaux.
L’alcool et les nouvelles maladies firent des dégâts. Des tributs furent extorqués aux populations autochtones et les Tchouktches furent massacrés dans un déchaînement de violence.
Après la révolution russe, le gouvernement soviétique gagna le contrôle de la péninsule Tchouktche et exclut toute influence extérieure au territoire. Depuis ce temps-là, la Tchoukotka a subi un processus de soviétisation, aussi le gouvernement les a éduqué et organisé en collectivités fixes. Les éleveurs de rennes des temps modernes vivent en collectivités. Le troupeau est la propriété commune plutôt qu’individuelle, et les Russes ont introduit des méthodes modernes de reproduction et de gestion.
Les groupes maritimes sont organisés dans des collectivités de chasse et de pêche et ont été fournis en équipements modernes pour ces tâches.
Article d'après Eleanor C.Swanson
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LA RENCONTRE DES PETITS PEUPLES DU GRAND NORD

Marine Le Berre-Semenov et les Yakoutes
 
 

Les peuples premiers du grand Nord  sont à l'honneur du prochain festival des 24Heures du Livre du Mans du 11 au 13 octobre. Marine Le Berre-Semenov nous emmène à la rencontre des Yakoutes, l'une de ces ethnies minoritaires du nord de la Sibérie, que la chute du régime soviétique a révélé dans la même volonté de renaissance qui habite, depuis les années 70, les Aborigènes d'Australie et les Amérindiens…
 
 
 
Quels liens entretenez-vous avec la Sibérie ?
J'ai découvert la Sibérie à la fin de ma première année d'études de langue et de civilisation russes à l'INALCO (Langues'O), en participant à une expédition de biologistes organisée dans le delta du fleuve Léna en Yakoutie, en tant qu'interprète. Par la suite, j'ai été amenée à y retourner très souvent, car l'un des participants de cette expédition est devenu mon mari… En 1995, j'ai passé une bonne partie de l'année en Yakoutie, et découvert la culture de vie sous le plus rigoureux et plus long hiver de tout l'hémisphère nord (-50°C en décembre janvier). A mon retour en France, j'ai décidé de me spécialiser dans l'étude de cette région et de ses peuples autochtones - Yakoutes, Evènes, Evenks, Dolganes, Youkaguirs - auxquels j'ai d'abord consacré un mémoire de DEA. A l'heure actuelle, je termine une thèse, dont la préparation m'a amené ces trois dernières années à me rendre dans des régions très isolées de la Yakoutie, à la rencontre des "petits peuples du Nord". Sur le plan humain, ça a été l'expérience la plus enrichissante de ma vie, et un véritable déracinement, l'occasion d'entrevoir une tout autre manière de penser et de vivre…

Est-ce que vous pouvez nous décrire l'imaginaire (ou environnement traditionnel ?) de ceux de que l'on appelle les "petits peuples du Nord" ?
La Sibérie est connue pour ses températures extrêmes en hiver, ses nuées de moustique en été, ses étendues immenses et sauvages, hostiles à l'homme et utilisées depuis des siècles par l'Etat russe comme terre de bagne et de déportations. Et pourtant, bien avant que la Sibérie ne devienne russe, des populations ont su acquérir et développer nombre de techniques, de savoir faire, d'aptitudes et de réflexes pour survivre dans les conditions naturelles et climatiques de la taïga et de la toundra. L'élevage du renne constitue traditionnellement, pour la majorité de ces peuples, un mode de vie (nomade), une économie, une culture, voire une civilisation englobant l'ensemble des premières nations de la zone circumpolaire - Eskimos, Saames, Nénètses, Evenks, Tchouktches, etc. Différents types de chasses (ongulés, animaux marins, animaux à fourrure, etc.) de pêches, et enfin la cueillette de baies et de végétaux sauvages viennent compléter le tableau des activités traditionnelles des peuples du Nord.
C'est aussi l'expérience de la survie dans une nature synonyme à la fois de vie et de mort, de bien-être et de mal-être, qui a forgé le monde intérieur de ces peuples. Dans la cosmogonie des peuples du Nord, l'univers comme tout ce qui le compose est bipolaire, partagé entre le visible et l'invisible, le matériel et l'immatériel. Le chamanisme traduit avant tout le souci de réguler les rapports entre les humains et le monde occulte (ancêtres, esprits, démons, divinités, ou autres) par l'intermédiaire de personnalités dotées de capacités hors du commun - les chamanes.

Quelle est la part de l'écrit dans le travail de mémoire des différents peuples dont la culture, on le sait, est menacée. Peut-on les comparer aux aborigènes ou aux indiens d'Amérique ?
Par "petits peuples du Nord", on entend un ensemble de groupes ethniques numériquement très petits (moins de 30 000 représentants), présents en Sibérie depuis des siècles, parfois des millénaires, en tous les cas bien avant l'arrivée des Russes. Comme dans le cas des Amérindiens ou des Aborigènes d'Australie, ces peuples ont été fortement ébranlés par l'incursion des Européens dans leur espace vital à partir du XVI-XVIIe siècle, qui a conduit certains d'entre eux au bord de l'extinction. Les Youkaguirs, l'un des peuples les plus anciens du nord-est de la Sibérie, se comptaient par milliers au début de la conquête : ils ne sont aujourd'hui plus que quelques centaines.

 
Au XIXe siècle, de nombreux voyageurs, savants et révolutionnaires exilés en Sibérie se sont penchés sur l'étude des peuples du Nord, de leurs cultures, langues, traditions, croyances et modes de vie. Au XXe siècle, le travail de mémoire s'est poursuivi et enrichi des apports d'une élite autochtone naissante. Citons les noms de Youri Rytkhéou, écrivain tchouktche, ou d'Anna Nerkagui, écrivaine nénètse, tous deux traduits en français. Dans les villages autochtones, les anciens sont les derniers porteurs de la mémoire du passé, des langues vernaculaires et de nombreuses traditions qui menacent de s'éteindre avec eux. Les écrits d'hier et d'aujourd'hui immortalisent des patrimoines culturels oubliés ou menacés et offrent aux nouvelles générations une base pour renouer avec leurs racines. La chute du régime soviétique a révélé chez les peuples du Nord la même volonté de renaissance qui habite, depuis les années 70, les Aborigènes d'Australie et les Amérindiens…

Comme dans les contes africains qui participent activement à la transmission de la mémoire et à l'édification du peuple, est-ce qu'il y a un équivalent en Sibérie ?
Les littératures orales sont en effet un élément important des patrimoines culturels des peuples du Nord. Ces littératures sont composées de contes, de mythes, de devinettes, proverbes, etc., riches en références symboliques et cognitives. L'épopée héroïque est un genre commun à bon nombre de ces peuples. On peut citer l'épopée des Yakoutes (encore appelés Sakhas), ou Olonkho, qui retrace la lutte des habitants du monde intermédiaire, les hommes, symbolisant le Bien, contre les forces du Mal incarnées par les occupants du monde souterrain - démons et spectres. L'épopée héroïque est aussi un mythe fondateur, retraçant les étapes et conditions de la formation du peuple qui transmet ce récit de génération en génération. Les littératures orales des peuples du Nord sont riches de nombreux mythes sur la création des hommes, de la terre, des montagnes, des animaux, bref, de tout ce qui compose leur environnement traditionnel.
 
Jusqu'au début du XXe siècle, la tradition orale a assuré la transmission d'une mémoire et d'une sagesse populaires contenues dans ces littératures. Cette tradition a commencé à se perdre dès que les conditions de son fonctionnement ont cessé d'être exclusives : le pouvoir soviétique a introduit de nouveaux modes de communication - journaux, livres, radio, école, télévision - et mis en place les éléments de la minorisation et de la dévalorisation des langues vernaculaires, remplacées par le russe, langue "universelle" (à l'échelle de l'ex-URSS).

En quoi la période tsariste (plutôt soviétique, ou alors, le colonialisme ?) peut avoir influencé la vision du monde des peuples de Sibérie ?
Le régime tsariste et le pouvoir soviétique ont tour à tour tenté d'éradiquer le chamanisme et tout ce qui s'y rapporte. Le premier l'a fait pour mieux asseoir la religion orthodoxe, imposée aux autochtones comme une marque suprême d'appartenance à la "grande civilisation". Le second cherchait à désacraliser le mode de pensée des Boréens qui se montreraient ainsi plus réceptifs à la propagande athée et matérialiste du nouveau régime. Restée très disparate sous les tsars, la répression des chamanes a été menée très efficacement dans les années 30 du XXe siècle. Les chamanes ont été supprimés en tant que classe parasite, au même titre que les koulaks, et tout ce qui  leur était associé est dès lors devenu tabou pour des populations très marquées par la violence de cette campagne. Les chamanes sont donc officiellement sortis de la vie des peuples sibériens, mais les représentations et les traditions animistes de communication directe des hommes avec les forces invisibles ont été dans l'ensemble conservées.
Les chamanes ont fait leur réapparition publique après la chute du régime soviétique. On assiste ces dernières années en Sibérie à un phénomène de néo chamanisme, coloré et médiatique, qui n'exclut pas qu'ait lieu, parallèlement, un renouveau chamaniste plus fidèle aux règles de discrétion et de silence exigées dans un domaine traditionnellement très périlleux…

Quelle est la part du sacré dans la vie des peuples de Sibérie ?
Chez les peuples de Sibérie, le feu, source et symbole de vie, est probablement l'élément le plus sacré. Il convient de l'honorer aussi souvent que possible et de ne surtout pas l'offenser. Chez certains peuples, la tradition voulait qu'on ne jette pas d'objet coupant ou tranchant dans le feu. Aujourd'hui encore, en arrivant quelque part, avant de partir, ou encore en toutes sortes d'occasions, les Sibériens nourrissent le feu avec de la vodka, du pain, ou toute autre nourriture. L'eau et la terre font l'objet des mêmes attentions. Les Evènes, éleveurs de rennes nomadisant dans les monts de Verkhojansk, laissent des offrandes à l'abord de chaque nouveau col de montagne. En Yakoutie, les chasseurs honorent Bajanaj, esprit des forêts récompensant le bon comportement des hommes par du gibier. Dans la mythologie des peuples du nord, le monde est tripartite. Les arbres, les rivières, les montagnes, sont des lieux où se connectent parfois les Trois Mondes, où passent les voies empruntées par les chamanes.
Les Yakoutes honorent des arbres sacrés par des petits dons qu'ils accrochent aux branches. La Sibérie regorge de lieux sacrés ou maudits - vallées, monts, lacs, îles, etc., liés à quelque événement du passé immortalisé par la mémoire populaire : naissance, vie ou enterrement d'un chamane, malheur, événement surnaturel…
http://www.manuscrit.com/Edito/invites/Pages/SeptVoya_EstOuest.asp
Allez voir le site vous aurez d’autres renseignements sur les peuples premiers


à lire
 
Témoignages de fidèles du Centre d'Études Arctiques
Éric Navet
http://transpolair.free.fr/sciences/cea/temoignage_navet.htm

ENVIRONNEMENT ET PEUPLES AUTOCHTONES DE L'ARCTIQUE
http://www.thearctic.is/articles/overviews/homeland/franska/