Les indiens Tzotziles du Chiapas

Mexique San Juan de Chamula : Mexique

Des chamans officient dans l'église de Chamula
leur village, 10 km au nord-ouest de San Cristóbal, est le centre de pratiques religieuses uniques. Les habitants de Chamula croient que le Christ s'est relevé de la croix pour devenir le soleil. Les fêtes chrétiennes sont entremêlées de traditions plus anciennes».
«Impressionnantes» cérémonies de guérison de malades par des chamans dans l'église de Chamula

L’accueil des indiens, les Tzotziles, y est un peu froid paraît-il. Ils en ont marre d'être pris en photo, comme des étrangetés par tous ces touristes dont beaucoup viennent en tour depuis San Cristobal
 
la superbe église du village, si on peut encore appeler ça une église... L'intérieur est exceptionnel. S'il est vrai que le bâtiment a une allure d'église, il y a bien longtemps qu'aucun prêtre n'y a mis les pieds, chassés par les tzotziles. En fait, ils pratiquent leur religion dans un cadre catholique. Les saints catholiques à l'intérieur amenés par les missionnaires venus les évangéliser, sont toujours là mais représentent désormais leurs propres divinités, la réincarnation de celles-là mêmes en qui ils croyaient avant l'arrivée des missionnaires. On entre. Et on reste cloué sur place (comme Jésus!)(mauvaise blague on sait). Il n'y a plus de bancs, ils les ont virés. Ici, on s'assied par terre sur les longues épines de conifères jonchant le sol. Ca sent bon. Entre nous et le chœur, de grandes tentures très larges sont tendues dans la largeur, dessinant des "V" à l'envers.
Le long des murs latéraux, des saints, partout, à la suite les uns des autres, peut-être 30 ou 40 statues. A leur cou sont accrochés les miroirs qui reflètent les gens priant devant eux. C'est par leur propre bouche réfléchie dans le miroir que le saint leur répond. Devant eux, les fidèles allument des bougies à même le sol et s'assoient à côté pour prier jusqu'à leur extinction. Ce faisant, ils boivent de l'alcool pour se purifier ou... du Pepsi pour... roter! Car roter, ça fait sortir le mal. Le chœur est encore plus fréquenté, peut-être y a-t-il là San Juan, patron du village. On n'a pas été voir pour ne pas déranger. En fait quand on entre dans cette église, ça fait tout drôle. D'abord cette absence de bancs et d'autel, ces centaines de bougies brûlant par terre, des gens assis ça et là en désordre sur les épines de conifères leur Pepsi à la main, les sapins (des vrais) et pour compléter l'ambiance les grandes tentures flottant dans la fumée des bougies et le doux bruit des psalmodies chantonnées à voix basse par les croyants. On a un peu l'impression d'entrer dans une crèche géante qui serait installée dans une grotte.
Les Tzotziles pratiquent leurs rites religieux dans des églises de l’époque coloniale, comme celle de San Juan Chamula. On trouve dans cette église différente statues de saints catholiques, plus ou moins assimilés à des divinités précolombiennes. Les Tzotziles s’adressent à eux sans aucune solennité, et les saints sont personnellement tenus responsables des mauvaises récoltes et autres malheurs. Ils s’exposent ainsi à être mis en pénitence s’ils se comportent mal. Ils se voient alors retirer le miroir qui complète normalement leur tenue, et sont bien sûr privés d’offrandes. Les prières se font à même le sol, jonché d’aiguilles de pin et sur lequel sont alignées des dizaines de bougies. Un orchestre peut accompagner certains rites, pas réellement pour donner une couleur musicale à la cérémonie, mais plus simplement pour attirer l’attention du saint invoqué. Autrement dit, les musiciens jouent n’importe quoi, et n’importe comment. La consommation d’alcool est par ailleurs courante lors des prières ou autres rites.
 Leurs rites religieux dans des églises de l’époque coloniale, comme celle de
Rite religieux en pays maya

 

L’Etat le plus pauvre du Mexique, le Chiapas, connaît un vrai phénomène de conversion à l’Islam. Il n’est plus rare de voir des gens foulardés dans la rue de ses villages, à l’instar de San Cristobal de Las Casas où, des Amérindiens en train de prier sont également légion. Déjà, plus de 300 Tzotziles (mayas de la région) se sont convertis à l’Islam. Par les temps qui courent, le président mexicain, Vicente Fox, ne cache pas sa crainte de les voir tomber sous le charme des mouvements extrémistes. "En réalité, lit-on dans le courrier international du 7 au 12 juillet, les Indiens se désintéressent totalement de l’extrémisme politique". Et pour cause : "la plupart adhèrent à la secte musulmane des Morabites, un groupe considéré comme une ramification d’un ordre religieux marocain".
La Gazette du Maroc

 

Mais qui sont les Tzotziles ?

Le Chiapas est une région montagneuse et verdoyante située principalement sur le haut plateau central de la Sierra Madre del Sur, au nord du fleuve Usumacinta. Il y règne un climat tropical humide favorisant la forêt vierge à basse altitude, cédant la place à une végétation plus clairsemée quand on prend de l'altitude.
La capitale du Chiapas est Tuxtla Gutierrez, mais la ville la plus remarquable est incontestablement San Cristobal de la Casas . L'économie du Chiapas est essentiellement agricole, c'est l'une des régions les plus pauvres du Mexique.
C'est ici que l'on trouve les ultimes descendants des Mayas, dont les derniers Lacandons sont les plus proches parents. Les autres groupes d'origine Maya sont pour l'essentiel des Tzotzils et des Tzeltals. Les indiens Chamulas de San Juan Chamula sont des Tzotzils. On les reconnaît facilement à leur rebozo bleu vif (un grand châle utilisé comme vêtement, porte-bébé, )

Les Tzotzils (ou Tzotziles), comme les Tzeltal (ou Tzeltales), appartiennent à la subdivision tzeltalan de la grande famille linguistique maya. Leurs deux langues se sont vraisemblablement différenciées au XIIIe siècle.

Ils sont arrivés dans les terres montagneuses du Chiapas vers 100 av. J.-C. et se sont divisés en plusieurs groupes qui n'ont, semble-t-il, jamais constitué une unité au cours de leur histoire. Au nombre approximatif de 200 000, ils sont essentiellement répartis dans les villes de Chamula (la plus grosse communauté tzotzil), San Andrés Larraínzar, San Bartolomé de Los Llanos, Zinacantan et Panthelhó, et autour de celles-ci. Comme les autres peuples mayas de la région, ils ont commencé à subir la colonisation espagnole à partir de 1524. Les guerres, les maladies européennes et le travail forcé ont considérablement réduit leur population et affecté leurs traditions sociales et religieuses. Néanmoins, certains Tzotzil ont résisté farouchement à la christianisation et à l'assimilation.

Aujourd'hui, ils constituent les groupes les plus vindicatifs à l'égard de la société ladina. Esclaves, puis ouvriers agricoles, sans droits ni possessions, dans les grandes plantations de café, ils se sont révoltés à plusieurs reprises et ont fini par obtenir quelques terres qu'ils cultivent en collectivité ou individuellement. Ils pratiquent un syncrétisme religieux où la Vierge est Lune, mère du Christ / Soleil, et leurs principales ressources sont les récoltes traditionnelles de maïs, de haricots et de courges. Les femmes tissent de très beaux vêtements qui sont vendus aux touristes dans les métropoles.

Ils ont été les principaux acteurs de la révolte zapatiste de 1994.

Impossible de parler du Chiapas sans évoquer les évènements de 1994, qui ont marqué le monde entier.
Le 1er janvier 1994, 10000 hommes et femmes du Chiapas marchent vers les principales villes de l'état, avec à leur tête, le " sous-commandant insurgé Marcos ". Ce mouvement se définit comme l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (Ejercito Zapatista de Liberacion Nacional : EZLN).
La réponse du gouvernement est immédiate : il fait donner l'armée.
Cette réaction ne fera qu'attiser la détermination des insurgés. La suite est une guerre d'usure entre les Zapatistes et le gouvernement, qui n'est pas vraiment terminée, malgré le calme qui règne actuellement au Chiapas.
Le mouvement Zapatiste, qui lutte pour le droit des minorités indiennes à une vie plus décente, est assez populaire dans le pays, et bénéficie d'une compréhension bienveillante dans le reste du monde. Mais le 22 décembre 1997, un événement va bouleverser le monde entier. Les corps mutilés de 45 indiens tzotziles sont retrouvés à Acteal

La condamnation est immédiate et unanime. Les Etats Unis, la France, par la voix de 63 personnalités, l'Union Européenne, l'état Espagnol, les Nations Unies, par la voix de Kofi Anan, Amnesty International, Médecins du Monde, tous condamnent sans appel cet acte de barbarie. Le gouvernement Mexicain, accusé, sinon d'être à l'origine, du moins d'avoir laissé faire ce crime, réagit promptement en incarcérant 113 personnes.

Pour bien comprendre comment on en est arrivé là, il faut replacer les évènements dans leur contexte.
Le Chiapas est la région la plus pauvre du Mexique, 70% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, les indiens n'ayant aucun revenu monétaire sont estimés à 20%. Des richesses agricoles existent pourtant (café, banane, tabac, cacao), mais elles sont aux mains de quelques riches propriétaires, malgré
la Réforme Agraire.
Quan
d le Mexique signe l'accord de l'ALENA, alliance commerciale avec l'Amérique du Nord et le Canada, les paysans du Chiapas comprennent que leurs revenus vont encore baisser et que leur avenir est désormais très sombre.
D'autre part, le Chiapas, terre indienne, a de tous temps posé des problèmes aux autorités. Le désir d'indépendance des Indiens est viscéral, ils n'aspirent qu'à vivre sur leurs terres, avec leurs coutumes, sans devoir rendre compte à une autorité qui leur est étrangère. La tension est donc permanente entre le gouvernement et le Chiapas.
Une étincelle suffira à enflammer un conflit qui couve depuis des années.

Epilogue ? :
Le Mexique a élu, en décembre 2000, un nouveau président, Vicente FOX, qui rétablit le dialogue interrompu avec les zapatistes depuis 1996.
Le 25 février 2001, Marcos, dont le statut est maintenant quasi mythique, dépose les armes. Accompagné de 24 de ses lieutenants, toujours coiffé de son célèbre passe-montagne, il organise une gigantesque marche de 3000km à travers 12 états du sud du Mexique.
Le 11 mars 2001, Marcos est accueilli en héros à Mexico, par près de 150 000 personnes. Son succès est colossal. C'est la première fois, depuis Pancho Villa et Zapata en 1914, qu'un groupe rebelle pénètre dans la capitale, mais sans armes cette fois ci.
Il demande officiellement au Président de fermer les 7 camps militaires, de libérer les 100 zapatistes prisonniers et de faire adopter la loi donnant plus d'autonomie aux minorités indiennes.
Tenant à son image de démocrate, Vicente FOX a déjà fermé 4 camps sur 7, libéré 77 des 100 prisonniers et déposé le texte de loi devant les députés.
La fin des problèmes pour les indiens ?

http://perso.wanadoo.fr/devoyage/chiap/chiapas.htm

À lire aussi
http://carnetsvoyages.free.fr/mexique3.html

De très belles photos
http://www.lemexiqueenimages.com/PAGESSITE/SITELIEUXMEXIQUEPHOTOSINDIENS.htm

 

Chiapas, juillet 2002] Quel avenir pour les Indiens du Chiapas ?
Ce travail photo a été réalisé pendant le séjour de la Compagnie Icosaèdre au Chiapas, Mexique, en juillet 2002. Il essaie de questionner la place des Indiens du Chiapas, et plus généralement celle des minorités culturelles, dans le monde d’aujourd’hui. Comment se raccordent les peuples et les cultures de cette région à la modernité ? Quel espace de vie, quel droit à la parole, quelle émancipation leur accorde-t-on ? Tojolabales, Tzotziles, ou Tzeltales, les Indiens de cette région du sud-est mexicain, médiatisés au moment du soulèvement zapatiste en 1994, sont toujours dans l’attente de leur devenir.

Nous avons rencontré des femmes, issues de différents milieux, des artistes, des paysannes, qui ont accepté d’être photographiées, filmées, et qui nous ont raconté leur histoire, leur difficulté à faire coexister leur lutte pour le droit de leur peuple et leur lutte pour l’émancipation des femmes. Des portraits dans différents groupes ont été réalisés : les réfugiées d’Acteal qui survivent à San Cristobal, les femmes de la FOMMA, compagnie de théâtre de San Cristobal, les tisseuses de la coopérative zapatiste d’Oventic, les femmes de Bajucu et de Napite, villages perchés près de Comitan. Des interviews vidéo peuvent compléter l’exposition des portraits - soit en projection soit en retranscription. Isabel, de la FOMMA, raconte comment elle a fui son village et fondé avec d’autres femmes une compagnie théâtrale ; Maria Roselia Jimenez parle des conditions de vie dans les villages et de son combat pour la reconnaissance culturelle des Indigènes ; les femmes paysannes de Bajucu témoignent de leur quotidien.

C’est à travers leurs regards, parfois durs, parfois tendres, et ceux de leurs enfants, que l’exposition interroge cette confrontation « des mondes qui composent le monde ». Ces femmes incarnent pleinement cette revendication qui veut que le monde moderne occidentalisé reconnaisse et encourage leur permanence, l’émancipation de leur société traditionnelle et par là même l’avenir de leurs enfants. [Paris, décembre 2002]

visiter la galerie virtuelle

http://www.fluctuat.net/dossiers/chiapas/portfolio/index.html

Toutes les femmes tzotziles tissent et leur seule ressource provient de cet art. 500 femmes des différentes communautés tzotziles et tzeltales se sont regroupées pour créer une coopérative “JOLOM MAYAETIK” afin de pouvoir vendre leur production d’une façon autonome, solidaire et indépendante.

Au cours de l’année, je crée de nouveaux projets textiles que je soumets aux tisserandes lors de mes voyages. Je prends soin dans ce travail de respecter leur savoir. Bien qu’elles tissent avec les mêmes supports (métier à ceinture, coton), le tissage varie d’une communauté à l’autre. Les projets réalisés pour les communautés de San Andres Larrainzar sont différents de ceux d’ Oxchuc

Huipil de cérémonie du village de magdalena

 

Voir le site : detail du mode de tissage, symbolique etc ....

http://www.pointcarre.com/Tribune/imarticles/Chiapas/FR_general.html