Peuples indigènes des Philippines

Peuples indigènes des Philippines

De nombreuses îles, de

Nombreux peuples

Je suis né ici. Il n’y avait pas encore de colons. C’était notre
terre et les vallées étaient couvertes de forêts. Comme nous
n’étions pas très unis, nous avons été dupés par les
compagnies forestières et les colons qui nous ont pris nos
meilleures terres. Le temps viendra où nous n’aurons plus
un seul lopin de terre.Unissons-nous et défendons
ensemble notre terre ancestrale, et s’il le faut, nous
mourrons pour elle.’
Un ancien subanen
12%, soit 8 millions des 67 millions de personnes qui
forment la population des Philippines, appartiennent à des
groupes indigènes minoritaires. En fait, la différence entre
‘indigènes’ et autres Philippins est le résultat de l’histoire
coloniale.
Les Philippines furent colonisées par l’Espagne au XVIe
siècle. Partout où ils purent le faire, les Espagnols imposèrent
le catholicisme romain et une économie féodale cruelle. Ce
sont eux qui ont ‘créé’ en tant que telles et nommé les îles
Philippines. Avant leur arrivée, les quelque 7000 îles de
l’archipel formaient une mosaïque de cultures diverses.
Aujourd’hui encore, plus de 70 langues sont parlées et de
nombreux peuples maintiennent leurs traditions propres. En
1898, les Etats-Unis achetaient les Philippines à l’Espagne.
Sous l’administration américaine, les zones ‘tribales’ furent
rapidement placées sous contrôle central. Mais 300 ans de
domination espagnole avaient laissé leur marque.
Aujourd’hui, c’est la culture coloniale qui imprègne la société
majoritaire des Philippines, tandis que ceux qui ont gardé
leurs traditions indigènes sont marginalisés.
Les Philippines sont divisées en de nombreuses îles, chacune
barrée de hautes montagnes et couverte de dense forêt
tropicale. Pendant plusieurs générations, des communautés
isolées se sont adaptées aux conditions locales. Dans la
gestion de la forêt tropicale, bien des leçons peuvent être
tirées de ce savoir indigène. Les Hanunoo Mangyan, par
exemple, ont longtemps maintenu un système d’agriculture
sur brûlis dont une étude des Nations unies a montré qu’elle
constituait un mode d’utilisation durable et hautement
efficace des terres de montagne. Aujourd’hui, la plupart des
terres basses sont occupées par des Philippins hispanisés, les
peuples indigènes occupant les montagnes intérieures.
Les Negritos/Aeta
A travers l’archipel, on trouve de petites concentrations de
Negritos. Il s’agit d’un peuple distinct des autres, plus proche
physiquement d’autres Negritos de Malaisie et des îles
Andaman que des Philippins malais. Ils sont de plus petite
stature et ont des cheveux bouclés. Les Aeta ont souffert de
préjugés et d’une discrimination plus forte qu’aucun autre
groupe indigène.
Les Negritos pourraient être les habitants les plus anciens
des Philippines. Ils vivent traditionnellement, dans la forêt,
de chasse et de cueillette aussi bien que d’agriculture sur
brûlis. Ils cultivent principalement le riz et le maïs. Ces
dernières années, la déforestation, les pressions sur la terre
et les conséquences dévastatrices de l’éruption du volcan du
Mont Pinatubo ont placé les Negritos dans une situation très
difficile.
Peuples indigènes des Philippines
De nombreuses îles, de
nombreux peuples
Les peuples Moro
Dans le sud et l’ouest de l’archipel se trouvent des
peuples distincts, chacun avec ses traditions propres,
mais unis par la foi musulmane. (L’Islam a précédé le
christianisme aux Philippines d’au moins 400 ans.) Les
zones musulmanes sont restées totalement
indépendantes de l’Espagne, mais elles sont finalement
revenues aux Américains. La situation faite, depuis lors,
aux Moro a conduit beaucoup d’entre eux à continuer à
lutter pour l’indépendance. Un fort mouvement
séparatiste a mené une guerre de 25 ans. Les pires
atrocités ont été commises à l’encontre les
communautés musulmanes par l’armée philippine.
Droits territoriaux
Les sociétés philippines sont connues pour leur système
de droit sophistiqué. Cependant, la législation de l’Etat
n’a pas reconnu les droits traditionnels des indigènes sur
leurs terres ancestrales et a préféré celles de ses maîtres
coloniaux. Le gouvernement a toujours prétendu que les
territoires indigènes relevaient du domaine public.
Menaces
• Dans les années 1930, de vastes parcelles de terres
tribales de Mindanao furent cédées par le gouvernement
à des compagnies fruitières. La plus grande fut accordée
à la Corporation Del Monte contre un loyer symbolique;
d’autres compagnies suivirent dans les années
• Dans les années 1970, la Banque mondiale a financé
de grands projets d’infrastructures. Les terres
autochtones ont été choisies pour la construction de
barrages hydroélectriques et de stations d’énergie
géothermique. Des sites sacrés, des zones de forêt et
d’agriculture très importantes ont été polluées ou
détruites.
• Les Philippines sont riches en or, en cuivre et autres
minerais. En 1995, un nouveau code minier fut adopté,
promu par la Banque mondiale, la Banque pour le
Développement de l’Asie et le Programme de
développement des Nations Unies. Son but est d’ouvrir
les Philippines aux compagnies minières étrangères.
Déjà, des compagnies ont obtenu plus de 10 millions
d’hectares pour l’exploration (soit 33% de l’espace total
de terres).
• A l’origine, la presque totalité des 30 millions
d’hectares des Philippines étaient couverts d’une forêt
luxuriante. Aujourd’hui, la forêt ne recouvre plus que
18% du pays. De désastreuses inondations en résultent,
presque chaque année. Les organisations indigènes
défendent l’idée que la forêt survit mieux, non pas dans
les régions inhabitées, mais là où elle est occupée et
défendue.
• Les violations des droits de l’homme par les militaires
sont une menace constante.
• L’inquiétude internationale croissante pour
l’environnement est paradoxalement ressentie par
certains peuples indigènes comme une menace
supplémentaire. Les financements internationaux
attirent de grands intérêts vers la protection des forêts
restantes et des zones non exploitées. Les agences
gouvernementales et les organisations non gouvernementales
se disputent ces fonds et le contrôle
sur des zones qui sont en fait les terres ancestrales des
peuples indigènes. Les droits ancestraux des
communautés indigènes sur leurs terres sont ignorés.
Luttes indigènes
Les peuples autochtones des Philippines ont mis sur pied
une forte résistance à cette ‘agression
développementaliste’. Dans les années 1970, la Banque
mondiale s’est vu infliger l’un de ses plus graves revers
des mains d’un peuple indigène lorsque les Kalinga et les
Igorots Bontok bloquèrent avec succès la construction
de quatre barrages sur le fleuve Chico. La résistance
autochtone a joué un grand rôle dans l’opposition à la
Peuples indigènes des Philippines
Isneg
Itneg
Kalinga
Balangaw
Bontok
Kankanai
Ifugao
Ibaloi
Ikalahan
Gaddang
Igorots (Peuples de la Cordillera)
Ilongot
Atta
Agta
Dumagat
Sulod
Magahat
Korolanos
Ati
Ata
Bukidnon
of Negros
Aeta et groupes dispersés
Tao-Buhid
Iraya
Hanunnuo
Alangan
Ratagnon
Bangon
Gubatnon
Tadyawan
Mangyan de Mindoro
Mamanwa
Tagkaolo
Higaonon
Banwaon
Manobo
Dibabawon
Bukidnon
Bagobo
Mandaya
Mansaka
Karaga
Kaagan
Sarangani
Tiruray
Kalagan
Talaandig
Tasaday
Sanduka
Tboli
Ubo
B’laan
Subanen
Lumad de Mindanao
Tagbanwa
Batak
Moros (Jama Mapun, Palawani, Malbog)
Peuples de Palawan
Karaga
Sangil
Maranao
Ilanun
Magindanao
Yakan
Samal
Badjau
Tausug
Kalibugan
Peuples Moro
Les Igorots (peuples de la Cordillera)
Plus d’un million d’Igorot, répartis en 10 groupes,
occupent les montagnes du nord de Luzon. Leur
territoire reste largement intact. Ceci est dû pour partie
à leur réputation de guerriers, mais c’est aussi le résultat
de leur économie, fondée sur la riziculture en terrasses
vieille de plusieurs siècles. Ces admirables terrasses
représentent une spectaculaire illustration du savoirfaire
indigène. Elles sont en même temps le cœur
spirituel et économique de la culture Igorot. En 1995,
l’Unesco a retenu certaines parties de ces systèmes de
terrasses au nombre des sites relevant du Patrimoine
culturel de l’humanité.
Les Lumad, Mangyan, Tagbanwa
Jusqu’à une date récente, les îles de Mindanao, Mindoro
et Palawan étaient encore couvertes d’une dense forêt.
Les peuples autochtones pratiquaient la rotation des
parcelles cultivées qui nuisait fort peu à
l’environnement. Aujourd’hui on s’aperçoit de plus en
plus de la valeur de ces systèmes complexes
d’exploitation du sol, ainsi que de la variété des riz et
d’autres plantes qu’ont su conserver ou développer ces
peuples. Cela n’a hélas pas empêché les colons, les
plantations et les compagnies commerciales de les
exproprier de leurs terres ancestrales. Ces régions ont un
grand besoin d’une protection légale des droits
territoriaux indigènes.
De nombreuses îles, de nombreux peuples
© Survival 1998.
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45 rue du Faubourg du Temple, 75010 Paris.
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Vous pourrez bientôt retrouver ces fiches
d’information sur notre site internet :
http://survival.wcube.fr
Survival International est une
organisation mondiale de soutien
aux peuples indigènes. Elle défend
leur volonté de décider de leur propre
avenir et les aide à garantir leur vie,
leurs terres et leurs droits
fondamentaux.
Fut modifiée en 1987, après la chute de celui-ci,
promesse fut faite, pour la première fois, d’une
reconnaissance des droits territoriaux indigènes.
Des intérêts acquis au Congrès philippin ont, à
plusieurs reprises, freiné les tentatives pour
traduire cette reconnaissance dans la législation,
mais en 1997, une loi sur les droits territoriaux
fut enfin votée. Cependant les peuples indigènes
doutent que cela puisse résoudre l’injustice dont
ils sont victimes de longue date.
Les peuples indigènes des Philippines ont développé
leur propres organisations pour défendre
leurs droits. Suite à la promulgation du récent
code minier et des lois sur l’environnement, elles
appellent à un soutien international.

 

LES POPULATIONS
A - LES MINORITES
B - LES PROBLEMES DES MINORITES

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A - LES MINORITES
1) LES POPULATIONS MOBILES
a) Les chasseurs-collecteurs partiellement agriculteurs
b) Les chasseurs-agriculteurs
2) LES AGRICULTEURS SUR BRULIS
3) LES RIZICULTEURS-ESSARTEURS

Le concept de National Cultural Minorities est utilisé aux Philippines pour distinguer les groupes non Chrétiens et non Musulmans de la majorité hispanisée.

Les minorités nationales forment 5% de la population. On peut les diviser en 7 groupes : les populations Moro, les Lumad et tribus montagnardes non Moro de Mindanao, les tribus de Palawan, les Mangyan de Mindoro, les tribus Caraballo, et les populations indigènes de la Cordillera du nord-Luzon (Fox 1974).

Officiellement on compte 52 groupes principalement au Nord-Luzon et à Mindanao. Ils sont en fait beaucoup plus nombreux. Les riziculteurs n'ont souvent pas été comptés.


 

 

Chasseurs-collecteurs

Essarteurs

Agriculteurs-riziculteurs

Palawan

1 ethnie : 300

3 ethnies : 26.586

n. chiffrées

Mindanao

4 ethnies : 38.500 ?

20 ethnies : 1.018.763

n. chiffrées

Negros

2 ethnies : 100 ?

1 ethnie : ?

 

Mindoro

 

7 ethnies : 33.000

n. chiffrées

n-e Luzon

7 ethnies : 40.200

7 ethnies : 412.375

8 ethnies

TOTAL

14 ethnies : 79.100

38 ethnies : 1.490.724

 

 

 

1) LES POPULATIONS MOBILES
Plusieurs ethnies, connues sous le nom de <<Négritos>>, sont caractérisées par des activités de chasse importantes, et un style de vie extrêmement mobile.

On en distingue deux grands types économiques : les chasseurs-collecteurs (partiellement agriculteurs) et les chasseurs-agriculteurs à plein temps.

a) Les chasseurs-collecteurs partiellement agriculteurs
NE Luzon Agta {Casiguran, Aeta}, Pakak Gaddang

Les Agta et les Casiguran sont insérés dans un système d'échanges avec les agriculteurs voisins, principalement Palanan, depuis des siècles ; ils ont ainsi fourni aux paysans des produits de base -rotin, copal-, des poissons et de la viande, ainsi que de la main d'oeuvre et des services; dans de nombreux cas, ils ont mêlé la chasse et la collecte avec une horticulture rudimentaire, leur servant d'appoint saisonnier, de temps en temps.

Les Pakak Gaddang[1] vivent dans les hautes terres. Ils continuent la culture sur brûlis, leur environnement est la forêt primaire avec une flore et une faune sauvage utilisée comme ressource supplémentaire de nourriture.

Palawan Batak

De plus en plus, les Batak exploitent le copal sauvage pour le vendre, achetant du riz avec l'argent obtenu, ce qui entraîne un net déclin de la collecte.


On trouvera des informations sur ces groupes SS IV-A et B


 

b) Les chasseurs-agriculteurs
Negros Ata du sud, Ata du nord


On trouvera des informations sur ces groupes SS IV-C


 

Mindanao Mangwangan, Mamanwa, Tasaday (sous groupe Manobo Cotabato)

Les Tasaday : Il s'agit d'un groupe mis en valeur d'une manière considérée par de nombreux spécialistes comme excessive voire artificielle; cependant si l'on doit contester leur <<découverte>> et leur soi-disant isolement, on peut tenir pour légitime l'existence dans ce massif forestier mal connu, de groupes de chasseurs nomades, associés aux essarteurs.

Luzon Pinatubo Ayta

Ce groupe qui était déjà agriculteur, dans une zone déforestée, a vu son territoire détruit par l'éruption du volcan Pinatubo en 1991. Depuis, les Ayta sont réfugiés dans des camps, sans moyens de subsistance. Une partie de ces Négritos a été déplacée au nord de l'île de Palawan.

 

2) LES AGRICULTEURS SUR BRULIS
Agriculture itinérante de riz pluvial (ou <<riz de montagne>>) par essartage, horticulture complétée par la chasse ou par la pêche; dans les zones de montagnes.

Luzon

Les essarteurs se situent dans les forêts autour de la Cordillera Central, au nord et au sud-est

du nord au sud Apayao (= Isnag), Gaddang, Ilongot

Dans cette même zone du nord de Luzon, quelques populations christianisées pratiquent également l'agriculture sur brûlis dans la forêt :

Ibanag, Malaweg, Paranan

Palawan Palawan, Tagbanwa, Tau't Batu

Mindoro <<Mangyan>> (nom générique des autochtones)

du nord au sud Alangan, Tadyawan, Taubuid (= Batangan), Buhid, Hanunòo

Mindanao

Les groupes d'essarteurs traditionnels se situent dans les massifs montagneux, d'accès difficile. Plusieurs grandes populations sont désormais massées dans les vallées et le long des côtes, sous l'influence de l'administration, mais des groupes ou des familles de ces ethnies persistent à vivre dans les montagnes.

- nord-ouest Subanon

- sud-ouest Tiruray, Tboli, Manobo-Cotabato, Blit, Ubo, Blaan

- centre Ata, Bukidnon, Manobo (nombreux sous--groupes : Bagobo, Ilianen, Tagabawa, Tigwa...)