LES INDIANISTES EN FRANCE 1

 Par Virginie FIRCOWICZ (étudiante en ethnologie) en 1995

à l'Université Paul Valéry, Montpellier III

Ma première approche des Indianistes se fit grâce à des revues leur étant consacrées ainsi qu’aux Westerners (ces derniers veulent récréer la vie des cowboys, des pionniers, soldats et trappeurs de l’Ouest américain). A travers ces revues, j’ai découvert l’intérêt prédominant des Indianistes pour les Indiens du passé - auxquels sont consacrés de nombreux articles relatant souvent des événements importants -, leur culture traditionnelle et leur mode de vie en harmonie avec la nature. L’artisanat tient une place importante, de nombreux articles y sont consacrés avec des explications détaillées et pratiques sur la fabrication d’objets traditionels indiens et werterners. Indianistes et Westerners se retrouvent plusieurs jours par an dans des "camps" appelés"councils" ou "rendez-vous", où les tipis côtoient les tentes des Westerners. Durant ces councils, de nombreuses activités proches de celles des anciens cowboys et Indiens sont organisées. Visiblement, les Indianistes recherchent dans cette vie de camp au milieu de la nature, la détente et le dépaysement loin des villes.

A travers les livres, qui sont souvent des romans, et des films commentés dans ces revues, on constate que la vision que les Indianistes ont des Indiens est parfois proche de celle des ces westerns hollywoodiens présentant l’Indien comme un être bon, sage et courageux. L’Amérindien vu par les Indianistes semble être un Indien un peu idéalisé.

A partir de cette première approche bibliographique, j’ai voulu étudier modestement ce phénomène, qui consiste en quelque sorte à s’approprier volontairement une culture autre qu’on ajoute à la sienne comme si cette culture venait compléter un manque ressenti dans la première, pour en comprendre son origine et les motivations des Indianistes.

Il semble que les premiers Indianistes apparurent en France après la venue du cirque de Buffalo Bill qui suscita un vif intérêt et fit se développer et naître une nouvelle littérature concernant les Indiens et le Far West.

L’indianisme évolua ensuite en fonction des informations sur les Indiens et donc des nouvelles visions de certains Occidentaux à leur égard. Il connu une recrudescence dans les années 1970 avec "l’idéologie hippie" prônant un retour à la nature, l’amour de son prochain et la vie en communauté.

Aujourd’hui, il existe différents groupes d’Indianistes, certains vivent toute l’année en communauté sous un tipi, d’autres (dont font partie les personnes qui gentiment ont bien voulu répondre à mes questions) se consacrent avant tout à l’artisanat à travers lequel ils veulent recréer l’authenticité de la vie d’autrefois et se retrouvent durant les councils souvent en famille. Lors de ces rassemblements, ils portent tous des costumes indiens qu’ils ont eux-mêmes confectionnés et s’efforcent d’utiliser les objets nécessaires à la vie quotidienne des Indiens d’autrefois.

Parmi eux se trouvent des Indianistes que nous qualifierons de "mystiques" parce qu’ils cherchent à s’investir avant tout dans "la religion indienne". Ces derniers Indianistes, contrairement à ceux qui vivent toute l’année sous un tipi, se considèrent comme étant français à part entière et expliquent qu’ils sont devenus Indianistes en suivant des parcours individuels différents. Leur intérêt pour les Indiens se déroule de façon privée mais les manifestations publiques existent pour certains d’entre eux qui acceptent, par exemple, de se faire filmer ou de participer à des animations "indiennes" lors d’une foire.

Le savoir indianiste est puisé en grande partie dans des livres, mais aussi dans des musées ou grâce aux rencontres inter-indianistes et parfois avec des Indiens visitant l’Europe. Un petit nombre d’Indianistes se sont efforcés d’apprendre la langue anglaise et sont allés rencontrer les Indiens contemporains dans les Réserves. D’autres refusent cette démarche "ne voulant pas détruire leurs rêves"... Les techniques de fabrication, de reproduction, d’objets traditionnels indiens tiennent une grande place dans ce savoir qui les incitent à chercher les matériaux dont ils ont besoin, avec une volonté minutieuse de reproduire un objet le plus authentique possible, dans les endroits les plus divers.

Et en conséquence, les Indiens d’aujourd’hui, s’ils intéressent les Indianistes, ne les passionnent pas. Les Indianistes considèrent que les Indiens contemporains ont été trop acculturés par la société globale euro-américaine, et ne correspondent plus à ce que recherche la plus grande partie des Indianistes, à ces Indiens idéalisés du passé. Seuls quelques rares Indianistes font les efforts nécessaires : apprentissage de la langue anglaise, voire de la langue indienne, sacrifices financiers, pour finalement franchir le pas et aller rendre visite aux Indiens contemporains. Précisons car c’est très important que lors de la visite d’Indiens en France, le réseau indianiste est toujours prêt à les accueillir à bras ouverts.

I : INDIENS ET INDIANISTES DANS LES REVUES SPECIALISEES

C’est à travers les différents thèmes abordés dans les articles de quelques numéros des revues Round Up et Western News que j’ai dans un premier temps découvert certains des points d’intérêts des Indianistes : l’époque qui les attire le plus, les aspects de la culture indienne qui les intéressent en priorité, leur façon d’être indianiste... Mais j’ai aussi noté des absences telle que les religions indiennes dont il est rarement fait mention.

1. Intérêt prédominant pour les Indiens du passé

La majorité des articles traitant des Indiens ou d’événements les concernant portent sur le passé. Les Indianistes semblent s’intéresser quasi exclusivement aux Indiens des siècles passés et surtout pendant l’apogée de la culture dite des Plaines, c’est-à-dire environ de 1750 à 1890. La culture des Plaines est apparue au XVIIIe siècle quand son agent catalyseur le cheval se répandit au Nord à partir des établissements espagnols du Nouveau Mexique. A cette époque des Indiens appartenant à différents groupes linguistiques vinrent dans les Plaines et ceux qui étaient des agricultueurs devinrent des semi-nomades chasseurs de bisons. Le cheval leur permit de tuer davantage de bisons et donc de s’enrichir en biens matériels. De nombreuses différences culturelles de ces différents peuples s’estompèrent vers 1800. Et dès les années 1860/1870, les cultures des Plaines sont sur le déclin à cause de l’arrivée des pionniers. Cette "glorieuse période" fut de courte durée et quelque peu distincte de la vie culturelle des Indiens habitant dans ces régions avant l’arrivée du cheval et des armes à feu.

Un certain nombre d’articles sont consacrés à des batailles fameuses, telles la bataille de la Little Big Horn et celle qui a opposé en 1866 le capitaine Fetterman au chef sioux Red Cloud. On remarque la grande admiration de l’auteur1 pour ce chef sioux et aussi son amertume pour ce qui lui advint par la suite lorsqu’il finit sa vie dans le bidonville de la Réserve. Un autre article sur la fuite des Cheyennes conduits par le chef Dull Knife vers la Tongue River a le même ton d’admiration pour le courage et la persévérance de ce peuple2.

Ces articles relatent des faits historiques qui concernent les conflits entre les Indiens, les colons et l’armée américaine. Les thèmes abordés sont assez proches de ceux des westerns, tout particulièrement ceux en faveur des Indiens. Le côté "glorieux", tragique et bien connu de ces faits séduit sans doute les lecteurs indianistes. Cependant on remarque que certains auteurs indianistes ont fait l’effort de lire des ouvrages en langue anglaise pour corriger les erreurs encore véhiculées par des ouvrages médiocres quelque peu anciens que les éditeurs français s’obstinent toujours à republier.

On constate également qu’à travers toutes ces revues, les dessins et photos sont tout à fait caractéristiques des Indiens traditionnels des Plaines, presque des stéréotypes : des chefs indiens avec la coiffe appropriée...

A côté des Indiens du passé, les Indianistes montrent pour Buffalo Bill et son Wild West Show une certaine admiration pour ce personnage controversé qui, néanmoins, contribua à faire connaître les Indiens d’Amérique du Nord à travers le monde.

Les Indiens d’aujourd’hui sont rarement présents dans ces revues et, lorsque c’est le cas, la plus part du temps c’est souvent en référence au passé, à la vie traditionnelle qui disparaît, comme par exemple dans cet article sur les Indiens Crees de la Baie James3. Les Crees sont décrits comme s’ils vivaient presque de façon traditionnelle, avec les "mêmes" rites, coutumes et la "même" façon de se nourrir qu’autrefois. Et le récit de cette vie quelque peu idéalisée, nous semble-t-il, s’oppose brusquement à l’invasion de la modernité, l’implantation d’une gigantesque centrale hydroélectrique, qui risque de bouleverser l’équilibre et de la société créée et de l’environnement écologique. Le passé traditionnel positif est irrémédiablement menacé par la vie moderne destructrice.

Il en va de même dans le récit de la rencontre d’un indianiste avec James Holy Eagle, présenté comme étant un des petits fils du chef Sitting Bull, vainqueur du général Custer. Bien que Holy Eagle soit présenté comme un personnage important et intéressant, c’est encore le passé, par le biais de l’ancêtre glorieux, qui transparaît à travers cette biographie de James Holy Eagle.

Dans les exemplaires de revues que nous avons pu consulter seul un article traitait vraiment des Indiens contemporains, mais l’auteur n’était pas un indianiste4. Il rapportait sur ses expériences et ses rencontres faites aux Etats-Unis et dénonçait les problèmes auxquels sont confrontés les Indiens dans la société globale. L’auteur a rencontré des Indiens désirant revivre "traditionnellement", au moins quelques jours par semaine sous des tipis. Le ton du récit est largement militantiste, les critiques envers la société blanche sont nombreuses et virulentes, face aux Indiens "virtueux et victimes des vices de cette société qu’ils cherchent à fuir".

A travers tous ces articles, la vision des choses est donc toujours plus ou moins la même. La "société indienne traditionnelle" est valorisée, voire parfois idéalisée, et toujours mentionnée alors que la société moderne l’est peu et quand c’est le cas, elle est l’objet de critiques très vives.

Importance de l’artisanat

Dans chaque numero de revue, il y a au moins un article consacré à l’artisanat indien. Très souvent, il s’agit de fiches techniques, avec de nombreux dessins et croquis, expliquant la fabrication d’un objet ou d’un habit traditionnel selon les techniques exactes qu’utilisaient les Indiens d’autrefois avec des commentaires sur l’origine ou sur l’utilisation de l’objet en question. Le souci d’authenticité apparaît clairement. L’inspiration vient souvent d’un objet "d’époque" appartenant à un collectionneur privé. Les précisions sur les matériaux et les techniques sont telles qu’on perçoit le désir de recréer exactement de la même façon les objets.

Une encyclopédie de l’indianisme, écrite par l’Indianiste André Chesneau (1967), confirme cet intérêt primordial pour la fabrication d’objets de l’artisanat indien. Cet ouvrage explique les différentes techniques de broderie (en perles et en piquants de porc-épique, les "quills"), la fabrication d’armes, de calumets et de tipis, etc. Les techniques de danses, de combats, pour faire le feu etc., sont plutôt brièvement expliquées.

Par ailleurs dans ces revues, il n’y a que de très rares informations sur les rites, les croyances et les valeurs indiennes. Ces aspects des cultures indiennes tiennent-ils donc si peu d’importance pour les Indianistes ?

Les "Rendez-vous" indianistes

Ces camps des "rendez-vous" ou "councils" qui regroupent les différents clubs indianistes et westerners, ont lieu en pleine nature et durent de trois jours à une semaine environ. Les Indianistes y côtoinent des "cowboys" , des "trappeurs" ainsi que des  "soldats sudistes et nordistes", habillés avec des vêtements de l’époque et participant à des activités sous formes de concours : "tir avec dégainé rapide", tir à l’arc, lancer de haches et de couteaux, lasso, etc..

Les Indianistes logent dans des tipis, installés en cercle avec parfois une "loge médecine" construite pour la circonstance au milieu (comme lors du 25e Council de Cologne en Allemagne en juin 1976 ou celui de Belgique en août 1976). Au cours de la journée, ils vaquent aux besognes quotidiennes : approvisionnement en eau, stockage du bois, préparation des repas, mais aussi préparations de leurs participations au concours de tir à l’arc, aux danses et chants indiens accompagnées de tambour qui font partie intégrale de leurs activités. Des colloques, des réunions de travail et d’échanges de connaissances ont lieu tout du long du council. Des stands - les "Trading Posts" - vendent des objets ou des matériaux nécessaires à l’artisanat.

On s’amuse bien lors des Councils. A celui dans la Forêt Noire en Allemagne, de "jeunes braves indiens" ont dérobés durant la nuit les drapeaux du "camp des Blancs" qui ne les avait apparemment pas rétirés au crépuscule comme le veut la tradition... De fameux spectacles et concerts de chants, musiques et danses indiennes et "country" ont lieu dans une ambiance de fête.

Les councils ont visiblement une réglementation assez stricte : par exemple, la tenue "traditionnelle indienne ou western" est de rigueur car l’apparence vestimentaire occupe une place très importante. Selon les terrains, une structure plus ou moins aménagée existe. Comme par exemple au 27e Council allemand l’entrée était payante car des sanitaires, un "saloon" et une "cantina" confortables avaient été aménagés. La revue Round Up avait même organisé un voyage en autocar. Il y a donc des aménagements "artificiels" et modernes dans ces camps.

un indien sioux (torse nu) et des indianistes français et belges dans le camp indien du Council des Indianistes et Westerners en Allemagne. La dame en chemise rouge et le jeune homme en bluejean ont épousé des conjoints sioux et vivent au Sud Dakota (photo Danièle Vazeilles 1979)

Respect de la nature, recherche de détente et de dépaysement loin des villes

Le gôut des Indianistes pour la nature est évident. Leur intérêt pour les Indiens des Plaines, peuples très proches de la nature, le démontre. De nombreux articles décrivent les plantes et leurs propriétés naturelles (cf. Western News). Les camps se déroulent en pleine nature, dans des sites plus ou moins sauvages. Les Indianistes proclament que les camps, non seulement répondent à leurs besoins de rapports humains étroits entre amoureux d’une certaine façon de vivre, mais aussi à leur besoin de vivre près de la nature, avec des chevaux, etc. Ils viennent donc chercher l’air pur et un dépaysement certain dans un cadre verdoyant loin des villes et des contingences de la vie moderne.

Visions de l’Indien à travers les films et la littérature

Les livres et films commentés à la fin de chaque numéro de la revue Round Up révèlent bien l’intérêt des Indianistes pour le passé, que ce soit par exemple Le massacre de Fall Creek, roman de Jessamyn West ou Pieds nus sur la terre sacrée de T. C. Mc Luhan, sur l’histoire et la renaissance de la civilisation "authentiquement indienne" où "l’homme est en harmonie avec la nature dans laquelle la terre devient sacrée" ; ou bien dans les westerns sur la conquête de l’Ouest. L’Indien y est plutôt représenté comme le "bon sauvage", gentil, sage et courageux...

II : LES INDIANISTES EN FRANCE

Pendant l’année 1991-92, j’ai pu rencontrer, grâce à mon professeur d’Ethnologie, quelques Indianistes qui ont bien voulu répondre à mes questions. Grâce aux informations recuillies auprès d’eux je vais essayer de présenter l’indianisme en France.

Des premiers Indianistes à nos jours

J’avais pensé que les premiers Indianistes se recrutèrent parmi les personnes qui s’étaient intéressées aux Indiens après avoir assisté à une représentation du cirque de Buffalo Bill auquel participèrent de nombreux et véritables Indiens, dans des numéros assez semblables à ceux qu’on visionne dans de nombreux westerns : attaques de diligences, combats entre Indiens et cow­boys...

Mais selon un informateur indianiste, dont le grand-père, intéressé par le Far West, assista à deux reprises au Wild West Show de William Cody, on ne peut considérer ces personnes comme de "véritables" Indianistes. En effet, à l’époque, ils n’avaient pratiquement aucun accès à "aucune information véridique sur les Indiens, les revues de voyage étant avant 1900 franchement anti Sauvages, colonialistes et missionnaires". Quand aux romans et aux livres sur les Indiens, ils étaient rarement lus. Le grand-père de cet Indianiste se représentait les Indiens, qu’il nommait Peaux Rouges - terme encore utilisé jusqu’en 1968 - comme des "diables rouges" cruels, sauvages, rusés, prestigieux certes à ses yeux, mais qu’il fallait "civiliser". Son petit-fils indianiste explique que son grand-père était un "peau-rougiste"... Par contre, son fils (père de l’informateur), né en 1901 et ayant vu à l’âge de quatre ans le spectacle de Buffalo Bill, fut séduit et "marqué à vie" par les Indiens. Si le grand-père était de la génération de la conquête de l’Ouest qui donne raison aux Blancs "civilisateurs", le père de l’informateur est de celle qui voit les "Peaux-Rouges" non comme des opposants à la glorieuse conquête mais comme des victimes ayant perdu leur liberté. Dans cette famille, il y a plusieurs générations successives d’Indianistes, son fils en étant un également, dont l’indianisme évolue en fonction du contexte général de l’information accessible sur les Indiens d’Amérique du Nord.

Selon un autre informateur, l’indianisme qui avait diminué, se redéveloppa dans les années 1970-1975. Nous pouvons en partie expliquer ce dernier développement comme étant la conséquence des aspirations de cette époque, par le désir du retour à la nature, de vivre en communautés et le rejet de la société moderne de consommation. Aux Etats-Unis, de jeunes "hippies" se tournèrent vers les Indiens traditionnels, ceux vivant dans les Réserves, qui semblaient correspondre par leur mode de vie et conception spirituelle de la nature à leur idéal (cf. Tahca Ushte & R. Erdoes 1972). Cet Indianiste, qui l’est depuis les années soixantes, a pour sa part noté une évolution dans les fabrications d’objets grâce à une documentation plus abondante. En ce qui le concerne, ce sont les visites de musées, ses études des objets de collections particulières et ses rencontres avec de "vrais" Indiens qui lui ont permis d’élargir ses connaissances et d’évoluer dans ses confections d’objets artisanaux.

Actuellement,selon un autre Indianiste qui fait partie de ceux qui se réunissent dans les councils et qui tente d’ailleurs de dresser un annuaire des participants aux camps, les Indianistes sont environ 250 en France, mais en fait ce nombre dépend des Indianistes dont il s’agit. En fait, il est difficile de donner un chiffre car les critères de définition varient et ne sont fixés par personne. Celui qui se contente de lire des livres sur les Indiens, celui qui porte simplement un costume d’Indien, sont-ils des Indianistes ?

Des différentes catégories d’Indianistes

L’indianisme peut se vivre de différentes façons. On pourrait presque dire qu’il y a autant d’indianismes que d’Indianistes puisque chacun le vit selon ce qu’il cherche, selon ses goûts et ses intérêts. Je vais tenter de les classer de manière générale à partir des principales caractéristiques de ceux que j’ai pu connaître lors de mes rencontres à travers les ouvrages et mes enquêtes orales.

Parfois, l’entrée dans un groupe d’Indianistes peut se faire par amitié ou par hasard. Certains sont d’anciens Westerners ayant été séduits par les costumes indiens. Cependant celui qui veut faire partie d’un groupe d’Indianistes, s’engage à acquérir et développer des connaissances sur les cultures indiennes et à confectionner des objets indiens. S’investir dans la fabrication d’ojets indiens engage la personne sur la voie d’une plus grande ouverture sur l’autre et permet de mieux comprendre "l’esprit indien". Chacun doit se choisir un statut et une époque donnée qui orienteront les fabrications artisanales qui devront correspondre à cette époque.

L’argent, à cause du côut des matériaux de confection et le temps, car il faut du temps pour perler, broder avec des piquants de porc-épic ou tanner les peaux, peuvent être un frein à l’indianisme. Mais on peut se contenter de fabriquer un objet par an. Obtenir une documentation sérieuse pose des problèmes ; la plupart des livres traitant de la confection des objets indiens sont en langues anglaise ou allemande. Des Indianistes m’ont confié que certains Indianistes refusent de partager leurs connaissances... Certains improvisent donc ou imitent plus ou moins ce qu’ils ont l’occasion de voir ; parfois ils croient avoir confectionné des objets indiens authentiques ; certains franchissent le pas et improvisent ou créent des "objets indiens nouveaux". D’autres croient achèter des objets indiens authentiques sur des marchés locaux - ce qui arrive parfois - mais souvent il s’agit d’objets bon marchés "made in Hong Kong" achétés en toute bonne foi par des voyageurs aux Etats-Unis ou au Canada, ou carrément il s’agit d’artisanat sud-africain !

Une des grandes passions des Indianistes est donc la confection des objets indiens avec des techniques et des matériaux se rapprochant le plus possible de ceux utilisés par les Amérindiens. La majorité des matériaux sont d’origine naturelle : des fils en tendons de boeuf ou en boyaux de mouton pour coudre et broder ; le cuir, que certains tannent eux-mêmes après l’avoir récupéré près des abattoirs ou chez un boucher, ou sur des animaux trouvés écrasés sur les bords des routes ou donnés par des amis chasseurs ; idem pour les plumes, les os. Les peintures sont des mélanges de substances minérales et végétales. On peut acheter certains de ces matériaux dans les "trading posts" des "rendez-vous", surtout en Allemagne où l’indianisme devient de plus en plus commercial et où on peut se procurer des matières premières introuvables ailleurs.

1. Les Indianistes des Councils

Tout d’abord, la catégorie qui me semble la plus importante, et dont faisaient partie les Indianistes que j’ai rencontrés, est constituée de personnes désirant recréer la vie indienne d’autrefois en fabriquant de la manière la plus authentique possible des objets indiens et en tentant de vivre comme des Indiens en se retrouvant périodiquement dans des camps en pleine nature. C’est donc principalement à travers leur artisanat qu’ils cherchent à recréer la culture des Indiens des Plaines, mais aussi en partageant périodiquement, ensemble, en petit groupe, un univers convivial "à l’indienne". Apparement, ils s’intéressent peu à la religion, aux rites et aux mythes des Indiens. Mais il faudrait poursuivre l’enquête en allant vivre avec eux dans les camps.

2. Les Indianistes dits "mystiques"

Cependant d’autres Indianistes, qu’on appelera "mystiques", terme employé par les "Indianistes des councils", s’investissent surtout dans les croyances indiennes (religion et philosophie). Je n’ai pu en rencontrer. Certains d’entre eux viennent aux councils, ils y pratiquent la loge à sudation (sweatlodge), fument le calumet entre eux, mais se mêlent parfois aux autres. Leur garde robe indienne est en général moins élaborée, mais certains sont de très bons artisants. Quelques-uns, selon mes informateurs, "se croient réellement des Indiens".

3. Ceux qui vivent sont des tipis

En ce qui concerne ces personnes mes seules sources sont des articles les concernant parus dans des journaux5. Ils vivent toute l’année en famille sous un tipi, de façon isolée ou en petit groupe. Ils semblent s’habiller de façon plus ou moins traditionnelle selon les individus et leur groupe, comme on peut le voir sur les photos de la "tribu" de "Cheval Debout". Ils sont parfois "mystiques" comme par exemple Faucon Blanc qui se dit être la réin­carna­tion d’un chef de tribu iroquois, dont il porte le nom et "cultive les totems". Le nom de Cheval Debout lui aurait été révélé par une vision et serait "Cheval debout en ascencion sur un léger filet de nuage avec un cavalier invisible". Le principal désir de ces "Indianistes" est de "vivre en Indien totalement au milieu de la nature en harmonie avec elle".

On le voit il y a plusieurs types "d’Indianistes". Sans doute, et nous en sommes très conscientes, certains d’entre eux refusent sûrement d’être classés sous ce terme.

 

à suivre..............................